Un tribunal allemand condamne un opérateur majeur d’une escroquerie mondiale aux faux investissements. L’affaire révèle le rôle central d’un logiciel spécialisé dans l’industrialisation de la fraude.
La justice allemande a condamné à sept ans et demi de prison un homme considéré comme un acteur central du réseau international d’escroquerie téléphonique Milton Group. Selon le tribunal régional de Bamberg, l’opération reposait sur des centres d’appels spécialisés qui convainquaient les victimes d’investir sur de fausses plateformes de trading. Entre 2017 et 2019, ces activités ont provoqué environ 8 millions d’euros de pertes directes. Le condamné aurait également développé un logiciel, PumaTS, permettant d’organiser et d’étendre ces fraudes à l’échelle mondiale.
Un réseau mondial structuré autour de centres d’appels
Un tribunal régional allemand vient de sanctionner l’un des responsables présumés d’un vaste système de fraude financière opérant via des centres d’appels internationaux. La juridiction de Bamberg, en Bavière, a prononcé une peine de sept ans et six mois d’emprisonnement pour fraude commerciale organisée.
La procédure, conduite sous dispositif de sécurité renforcé pendant onze jours, visait un individu considéré par les enquêteurs comme une pièce centrale d’une architecture criminelle transnationale. Le tribunal n’a pas rendu public le nom du condamné. Des documents judiciaires consultés par l’Organized Crime and Corruption Reporting Project identifient cependant Mikheil Biniashvili, détenteur des nationalités géorgienne et israélienne.
Les magistrats ont établi qu’entre janvier 2017 et mai 2019 l’homme dirigeait depuis l’Albanie un centre d’appels frauduleux. À son maximum d’activité, la structure employait environ 600 personnes. Les opérateurs téléphoniques, spécialement formés, se présentaient comme conseillers financiers auprès de particuliers.
Le mécanisme reposait sur une stratégie de manipulation progressive. Les victimes s’inscrivaient initialement en ligne sur des plateformes prétendant proposer des investissements boursiers. Des employés du centre d’appels prenaient ensuite contact afin d’instaurer une relation de confiance et encourager des dépôts financiers toujours plus élevés.
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Selon le tribunal, l’argent transféré n’était jamais investi sur les marchés financiers. Les fonds étaient simplement captés par les organisateurs du dispositif. Les victimes, majoritairement situées dans les pays germanophones, ont subi des pertes estimées à environ 8 millions d’euros, soit 9,4 millions de dollars.
Dans l’énoncé du jugement, le président du tribunal, le juge Götz, a décrit un mécanisme reposant sur une tromperie méthodique. Les victimes, a-t-il déclaré, ont été manipulées de manière particulièrement agressive afin d’obtenir des versements toujours plus importants.
Le logiciel PumaTS au cœur de l’industrialisation de la fraude
L’enquête judiciaire montre que le rôle du condamné ne se limitait pas à la direction d’un centre d’appels. Les magistrats ont également retenu sa responsabilité dans la conception d’un outil informatique devenu central dans l’écosystème de cette fraude.
Le logiciel, baptisé PumaTS, fonctionnait comme une plateforme complète de gestion des victimes et des transactions. Cet outil permettait aux équipes commerciales de suivre chaque cible, d’enregistrer les échanges téléphoniques et de coordonner les dépôts sur les fausses plateformes de trading.
Ce type de logiciel constitue un élément clé dans la professionnalisation des escroqueries financières contemporaines. Il transforme des opérations artisanales en structures quasi industrielles capables de gérer des milliers de victimes simultanément.
Selon le jugement, Biniashvili a cessé ses activités opérationnelles dans le centre d’appels albanais en 2019. Il a cependant continué à diffuser le logiciel auprès d’autres organisations criminelles. Cette diffusion aurait permis la reproduction du modèle frauduleux dans plusieurs pays.
Le tribunal estime que les opérations menées à l’aide de PumaTS ont généré environ 42 millions d’euros de pertes supplémentaires, soit près de 49 millions de dollars. Ces dommages ont été imputés au rôle du développeur dans la mise à disposition de cet outil technologique.
Outre la peine de prison, les magistrats ont ordonné la confiscation de 2,4 millions d’euros, soit environ 2,8 millions de dollars, considérés comme issus des activités frauduleuses.
Le prévenu a reconnu les faits dans le cadre d’un accord de plaidoyer pendant l’audience. Il a également présenté des excuses aux victimes lors de sa déclaration finale devant la cour.
Arrêté en Arménie en 2023, il a été extradé vers l’Allemagne l’année suivante. Depuis son transfert, il était maintenu en détention provisoire dans l’attente du procès.
Les investigations journalistiques de l’OCCRP avaient déjà mis en lumière l’existence d’un réseau international de centres d’appels frauduleux opérant notamment en Géorgie, en Albanie et en Ukraine. Derrière des marques commerciales variées, ces structures étaient connues en interne sous les appellations Milton Group ou Morgan Limited.
Cette affaire illustre la mutation des escroqueries financières, désormais organisées comme de véritables infrastructures technologiques transnationales surveillées de près par les services d’enquête spécialisés.


