En 2025, la délinquance impliquant des outils numériques grimpe nettement. Derrière les chiffres, un signal opérationnel ressort, l’industrialisation des arnaques et la pression diffuse sur les personnes.
Les services de sécurité ont enregistré 453 200 crimes et délits liés au numérique en 2025. Les atteintes aux biens dominent avec 280 500 faits. Les atteintes à la personne progressent aussi de 13 %, tout comme celles visant les institutions 19 %). Les attaques touchant directement les systèmes, les atteintes aux STAD, atteignent 17 600 faits. Les profils de victimes et de mis en cause éclairent les priorités de prévention et d’enquête.
Des arnaques massives, une plainte qui change de canal
Le chiffre est massif et, surtout, régulier dans sa dynamique. En 2025, 453 200 infractions peuvent être rattachées au numérique, parce qu’un outil digital sert de levier, de support ou de cible, soit + 14 % par rapport à 2024 . Cette progression s’inscrit dans une tendance longue, l’étude évoque une hausse moyenne de 12 % par an entre 2016 et 2025, mais la photographie 2025 rappelle une réalité concrète, le numérique n’est plus un « secteur » de la délinquance, c’est un accélérateur transversal.
Les atteintes aux biens restent le cœur du volume. La police et la gendarmerie comptabilisent 280 500 faits commis à l’aide d’outils numériques, en hausse de 14 % sur un an . Dans ce bloc, un détail raconte déjà une transformation du renseignement de terrain, 58 300 de ces atteintes ont été signalées par la plateforme Thésée, dédiée aux escroqueries en ligne. Autrement dit, une part croissante du signalement se fait sans passer physiquement par un service, ce qui modifie les flux, les délais, et la manière dont les enquêteurs détectent les séries.
L’étude insiste sur ce transfert partiel vers le canal en ligne. Entre 2021 et 2025, les atteintes « aux biens » augmentent de 21 % si l’on exclut Thésée, mais de 53 % si l’on additionne les plaintes issues de la plateforme. En 2025, Thésée pèse 21 % des atteintes numériques aux biens, et les plaintes via ce dispositif progressent encore légèrement sur un an (+ 3 %). L’enjeu est simple, le volume monte, mais la manière de le mesurer évolue aussi, avec des effets directs sur les priorités de traitement.
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Victimes ciblées, systèmes attaqués, auteurs plus jeunes qu’on ne l’imagine
La hausse ne se limite pas aux portefeuilles. Les atteintes numériques à la personne avancent de 13 % entre 2024 et 2025 . Elles recouvrent surtout des violences non physiques, harcèlement, injures, menaces, discriminations, ainsi que des atteintes impliquant des mineurs, dès lors que le contexte numérique est renseigné. La donnée la plus saillante tient aux profils, parmi les victimes majeures d’atteintes à la personne, les femmes représentent 65 % . Et, au sein de ce groupe, les femmes de 18 à 44 ans concentrent 49 % des victimes majeures de cette catégorie, alors qu’elles comptent pour 20 % de la population majeure, selon le rappel méthodologique inclus dans la publication. Le signal est net, l’espace numérique sert de caisse de résonance à des violences ciblées, répétitives, souvent difficiles à éteindre.
Sur le versant « haut du spectre », celui qui intéresse directement la sécurité des systèmes, les atteintes aux systèmes de traitement automatisé de données, les STAD, atteignent 17 600 faits en 2025, en hausse de 4 %. La publication décrit ces actes comme allant de l’intrusion à la destruction ou la mise hors service. Dans le détail, 17 200 relèvent d’atteintes aux biens, 350 d’atteintes à la personne, et 90 d’autres catégories, ces dernières progressant le plus vite (+ 26 % sur un an) mais sur de petits effectifs. L’image est celle d’un bruit de fond technique qui ne retombe pas, même quand la plupart des faits restent, statistiquement, des atteintes aux biens.
Côté auteurs, 100 700 personnes physiques ont été mises en cause pour une atteinte numérique en 2025. Les majeurs dominent, 86 % des mis en cause, mais la part des mineurs est loin d’être anecdotique dans certains segments. Parmi 14 200 mineurs mis en cause, 71 % le sont pour des atteintes à la personne, et 20 % pour des atteintes aux institutions. Ce basculement vers les violences interpersonnelles, quand l’auteur est mineur, dessine un enjeu de prévention autant que d’enquête, car la scène numérique sert de théâtre, de preuve, et parfois de moteur.
Dernier indicateur qui tend la corde côté renseignement, les atteintes numériques aux institutions bondissent de 19 % entre 2024 et 2025 . Dans cette catégorie, la publication inclut notamment des contenus haineux, des entraves à la justice, des infractions financières, des trafics, ou encore des faits qualifiés de terrorisme, dès lors que le numérique est impliqué.
Ici, la statistique ne décrit pas un seul phénomène, mais une convergence, propagande, coordination, pression, et opportunités offertes par les outils.
À mesure que les dépôts en ligne structurent le signalement et que les profils de victimes se dessinent, la bataille se joue aussi sur la capacité à relier les faits, détecter les séries et produire du renseignement exploitable.
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