
Safran a lancé le projet d’une nouvelle usine dédiée aux trains d’atterrissage près de Casablanca (Maroc). Pour augmenter les cadences, le motoriste assume de diversifier les sources d’approvisionnements hors de l’Hexagone.
Safran veut capitaliser sur la bonne santé du secteur aéronautique. Après l’annonce de résultats financiers record pour l’année 2025, le motoriste a dévoilé son intention de construire une nouvelle usine au Maroc.
D’un coût de 280 millions d’euros, le site sortira de terre dans une zone industrielle dédiée à l’aéronautique, proche de l’aéroport de Casablanca. Opérée par Safran landing systems, l’usine fabriquera des trains d’atterrissage. «Elle nous permettra d’accompagner la montée en cadence de la production de la famille A320 et de préparer la prochaine génération d’avions court et moyen-courrier» a indiqué Ross McInnes, président de Safran dans une allocution relayée par l’Agence Maghreb arabe presse. 500 salariés y seront affectés à l’usinage de précision, l’assemblage, la certification et la maintenance.
Présent au Maroc depuis 1999, Safran y compte désormais une dizaine de sites industriels qui emploient 4800 salariés. En octobre 2025, le motoriste a choisi le pays pour tenir le rythme de production imposé par Airbus pour l’A320 en y créant un site jumeau à celui de Villaroche (Seine-et-Marne) pour l’assemblage des moteurs Leap. «Notre stratégie depuis plusieurs années est d’avoir au minimum des doubles sources sur l’ensemble des pièces, mais nous n’avions jusqu’à présent qu’une usine pour l’assemblage final des moteurs, expliquait alors à L’Usine Nouvelle Stéphane Cueille, président de Safran aircraft engines. D’où cet investissement au Maroc, pays qui reste proche des lignes européennes d’Airbus.»
«Investir en France quand c’est rationnel»
Cette stratégie se développe à l’échelle mondiale. Grâce à 6% du chiffre d’affaires (31,3 milliards d’euros en 2025) consacrés à l’investissement, 14 nouveaux sites industriels ont vu le jour dans 10 pays. Cinq nouvelles implantations sont attendues au Maroc, aux Émirats arabes unis, en Inde et en France. «On prend des décisions d’investissement en France quand c’est rationnel de le faire et on va aussi continuer d’investir hors de France», a expliqué Olivier Andriès lors de la présentation des résultats annuels du groupe. Aujourd’hui on est à l’équilibre dans notre empreinte industrielle avec 50% de nos effectifs en France, 25% en Amérique du Nord et une dynamique très forte au Maroc et en Inde.»
Pour les activités de défense, Safran investira «évidemment» dans l’Hexagone pour la production de pièces critiques liées à la souveraineté nationale mais laisse la porte ouverte pour le reste. C’est le cas en Inde où une ligne d’assemblage du moteur M88, qui équipe le Rafale, est envisagée si le gouvernement indien entérine les négociations pour l’achat de 114 chasseurs à Dassault Aviation. Le même état d’esprit est affiché si une commande de bombes guidées AASM venait d’un pays allié de la France, avec là aussi la possibilité de créer une chaine d’assemblage sur place.
Les syndicats du groupe restent attentifs au plan de charge des sites français. «Il y a une complémentarité parce qu’aujourd’hui cela répond au besoin de “ramp up” [montée en cadence ndlr], il n’y a pas de soucis et tout le monde est content car on fait du bénéfice, indique Daniel Barberot, coordinateur relations sociales Force ouvrière. Mais le risque sera là pour les sites français quand la situation va se retourner que l’on retrouvera un rythme de croisière [sur les livraisons].» Alors que le groupe de 110000 salariés a embauché 18000 personnes en 2025, le glissement de la part d’emplois en France au profit des sites étrangers est aussi redouté. «Le point d’inquiétude c’est que si l’on n’arrive pas à embaucher et intégrer de nouveaux salariés en France, ce sera autant d’activité qui ira ailleurs», constate Marc Aubry, coordinateur CFDT.
En attendant, la France peut compter sur plusieurs projets menés par le motoriste dont l’extension du site Safran Aircraft Engines du Creusot (Saône‑et‑Loire), la future usine Safran Turbine Airfoils à Rennes (Ille‑et‑Vilaine) et celle dédiée aux freins carbone à Saint-Vulbas (Ain).


