Pékin frappe un cap inédit contre la cyberfraude transfrontalière : onze membres d’un clan accusé d’orchestrer des “abattoirs” d’escroquerie au Myanmar ont été exécutés après validation judiciaire nationale.
La Chine a exécuté onze membres de la famille Ming, un clan criminel accusé de gérer au Myanmar des centres d’escroquerie en ligne à grande échelle. Selon les médias d’État, ces réseaux pratiquaient la « boucherie de porcs », une fraude fondée sur de fausses relations amoureuses menant à des investissements dans de faux systèmes de trading de cryptomonnaies ou de commerce électronique. Condamnés à mort en septembre par un tribunal de l’est de la Chine, les accusés ont été exécutés cette semaine après approbation de la Cour suprême populaire. Xinhua évoque aussi des chefs d’accusation incluant homicide volontaire, détention illégale, fraude et casinos illégaux. Pékin présente ce recours à la peine capitale comme une première contre des responsables de cyberfraude dans la région.
Un signal pénal maximal contre la “boucherie de porcs”
Le fait est brutal, et sa portée est politique autant que judiciaire. Alors que le pays prépare une loi sur l’interdiction de sortie du territoire pour les pirates informatiques : la Chine exécute onze membres de la famille Ming, décrite comme un clan criminel impliqué dans des centres d’arnaques au Myanmar. Les médias d’État posent d’emblée la qualification, « première fois » que Pékin recourt à la peine de mort contre des responsables de la cyberfraude dans cette zone. Le timing et la scénographie ne relèvent pas seulement du maintien de l’ordre. Ils marquent un choix de dissuasion maximale, assumée au sommet du système pénal.
Le dossier, selon Xinhua, ne se limite pas à l’escroquerie. Les accusés ont été reconnus coupables d’homicide volontaire, de blessures volontaires, de détention illégale, de fraude et d’exploitation illégale de casinos. La Cour suprême populaire affirme que les preuves d’activités criminelles remontant à 2015 étaient « concluantes et suffisantes ». En droit chinois, les condamnés à mort sont exécutés par peloton d’exécution ou par injection létale, rappel utile car il souligne l’irréversibilité de la réponse choisie.
L’architecture procédurale est mise en avant : condamnation à mort prononcée en septembre par un tribunal de l’est de la Chine, exécutions réalisées après approbation par la Cour suprême populaire à Pékin. La narration institutionnelle vise à fermer la porte au doute sur la chaîne de décision, tout en envoyant un message aux réseaux : l’extraterritorialité de fait, juger en Chine des crimes commis au Myanmar, peut déboucher sur l’ultime sanction.
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Du vice local au crime transnational, et ses otages
Les enquêteurs cités indiquent que la famille Ming aurait d’abord gagné de l’argent via jeux d’argent et prostitution, avant de se tourner vers la fraude en ligne quand des casinos et hôtels appartenant à des Chinois se sont effondrés en Asie du Sud-Est pendant la pandémie de Covid-19. Cette bascule n’a rien d’anecdotique : quand l’économie physique se contracte, la criminalité bascule vers le numérique, plus mobile, plus scalable, et plus difficile à attribuer.
Les autorités affirment ensuite que le clan a construit au Myanmar de vastes réseaux d’escroquerie composés en grande partie de personnes victimes de trafic, kidnappées, puis forcées de frauder sous la menace de violence. Les Nations Unies estiment que des centaines de milliers de personnes ont été victimes de trafic et impliquées dans des opérations d’arnaques au Myanmar et ailleurs en Asie du Sud-Est. L’ampleur, même sans chiffre précis par pays, donne la dimension : ce n’est plus un “cybercrime”, c’est une économie clandestine qui déplace des corps, séquestre, et transforme des victimes en opérateurs contraints.
Le texte décrit des complexes fortement gardés, où des personnes, souvent de langue maternelle chinoise, sont forcées de se faire passer pour des partenaires amoureux ou des conseillers financiers. Les cibles sont mondiales : plusieurs pays, plusieurs continents, avec des scripts multilingues visant aussi l’Europe et l’Amérique du Nord. Les revenus sont décrits comme se chiffrant en milliards de dollars chaque année, soit des milliards $ (conversion impossible ici sans taux, donc montant en euros non calculable avec les seules informations fournies).
Face à cela, Pékin dit intensifier ses efforts, en rapatriant des milliers de suspects pour les juger en Chine. Les Ming seraient les premiers chefs de réseaux basés au Myanmar exécutés par la Chine, mais d’autres dossiers seraient en cours. Le mouvement se lit aussi dans la gradation des peines : en novembre, cinq membres d’un autre clan birman, la famille Bai, ont reçu la peine capitale avec sursis de deux ans, tandis que 23 autres ont été condamnés à des peines de prison allant de cinq ans à la perpétuité.
La répression dépasse enfin le cadre chinois. En octobre, les États-Unis et le Royaume-Uni ont annoncé des sanctions contre le Prince Group, basé au Cambodge, accusé de gérer un réseau de « centres d’escroquerie » (comme le KK park)en Asie du Sud-Est. En décembre, les autorités thaïlandaises ont saisi plus de 300 millions $ d’actifs liés à des opérations associées au groupe, soit 300 millions $ (conversion impossible en euros ici sans taux). Un détail diplomatique s’invite : ces exécutions interviennent alors que Keir Starmer rencontrait Xi Jinping à Pékin, et que le Premier ministre britannique dit avoir abordé les droits humains, rappel que cybercrime et politique étrangère se percutent souvent au pire moment.



