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« La méthode de calcul fixée pour l’incorporation des plastiques recyclés chimiquement dans les bouteilles en PET pénalise le développement de la pyrolyse en Europe », estime Jean-Yves Daclin, DG de Plastics Europe France

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Les 27 États membres ont acté, le 6 février 2026, la possibilité de comptabiliser le recyclage chimique dans les taux obligatoires d’incorporation de plastiques recyclés dans les bouteilles en polyéthylène téréphtalate (PET) et ont défini le mode de calcul afférent. Réaction de Jean-Yves Daclin, directeur général de Plastics Europe France.

Polymères & Matériaux – Les producteurs de matières sont-ils satisfaits de la décision européenne approuvant la prise en compte du recyclage chimique pour le calcul des taux d’incorporation dans les bouteilles en PET ?

Jean-Yves Daclin – Plastics Europe salue ce texte qui apporte pour la première fois une reconnaissance officielle de la prise en compte du recyclage chimique, en complément du recyclage mécanique, dans les obligations de réincorporation. Cet acte d’exécution de la directive SUP sur les plastiques à usage unique de 2019 devait néanmoins être publié avant le 1er janvier 2022. Cela fait donc 4 années de retard. 4 ans perdus pour le recyclage chimique !

En outre, le champ d’application reste limité pour le moment aux bouteilles en PET. Les règles pour 2030 ne sont toujours pas fixées. Pour mémoire, en effet, la directive SUP prévoit un taux d’incorporation de 25% en 2025 pour les bouteilles pour boisson en PET et 30% en 2030 pour l’ensemble des bouteilles en plastique. Il est raisonnable de supposer que la règle qui vient d’être adoptée soit transposée à toutes les bouteilles pour boissons. Mais si cela n’a pas été décidé tout de suite, c’est bien parce que la Commission a pris conscience qu’un travail complémentaire était nécessaire…

Il faut bien comprendre que pour l’industrie du recyclage chimique, l’enjeu majeur, ce ne sont pas les bouteilles pour boisson qui représentent des volumes relativement limités. L’enjeu majeur, c’est bien le règlement PPWR, qui concerne tous les emballages avec des objectifs de contenu en recyclé très élevés à partir de 2030 puis 2040. L’autre enjeu d’importance réside dans le Règlement sur les véhicules hors usage (VHU). Les règles de calcul qui seront appliquées dans le cadre de ces prochaines réglementations sont beaucoup plus importantes pour le développement du recyclage chimique que celles qui concernent les bouteilles.

Ce mode de calcul uniquement défini donc pour le moment pour les bouteilles en PET est-il tout de même positif pour le développement du recyclage chimique en Europe ?

Notons en premier lieu que la version officielle du texte n’est pas encore publiée. Il est toujours possible qu’interviennent des modifications, mais nos interlocuteurs nous indiquent que la version finale qui a été adoptée est très proche de la version de décembre que nous avons pu consulter. Nous attendons sa publication au Journal officiel de l’Union européenne dans les semaines à venir.

La méthode de calcul, qui est en tous cas extrêmement complexe et présente des risques d’interprétation différentes selon les États membres, s’avère favorable pour les procédés de dépolymérisation. Ceux-ci vont donc pouvoir se développer, mais ils sont essentiellement utilisables pour le PET, les polyamides (PA), les polystyrènes (PS) et les polyuréthanes (PU), et pas pour les polyoléfines – polyéthylène (PE) et polypropylène (PP) – qui représentent environ les trois quarts des gisements pour le recyclage chimique !

Elle est en revanche pénalisante pour certains procédés de pyrolyse, en particulier ceux utilisés dans des raffineries avec étapes de purification. Le texte actuel freinerait ainsi le développement de l’essentiel des capacités de pyrolyse. Pour Plastics Europe, le plus important est que la méthode ne soit pas dupliquée telle quelle pour les règlements PPWR et VHU mais fasse l’objet d’un réexamen. Encore une fois, le risque serait, dans le cas contraire, d’empêcher le développement à grande échelle de la pyrolyse en Europe et de donner un coup d’arrêt à de nombreux projets… Cela accentuerait le décalage de compétitivité qui existe déjà avec les autres régions du monde.

Concernant le Règlement sur les emballages et déchets d’emballages PPWR, quand les industriels seront-ils fixés ?

Nous ne disposons pas du calendrier exact. Nous attendons le règlement d’exécution sur lequel la Commission doit travailler courant 2026 et dont la sortie est normalement prévue à la fin de l’année. Le plus tôt sera le mieux pour donner de la visibilité aux industriels ! Nous allons travailler avec l’exécutif européen, probablement sur la base des règles de calculs de la directive SUP qui sont vraiment d’une incroyable complexité. On peut espérer que Commission et experts comprennent de mieux en mieux les problématiques en jeu et que cela aille, cette fois, plus vite.

Qu’en est-il pour le règlement VHU ?

En ce qui concerne les véhicules hors d’usage, nous réalisons que l’accord obtenu le 11 décembre 2025 dans le cadre de la procédure de trilogue est davantage une proposition qu’un véritable texte définitif. Des ajustements devraient encore intervenir. Pour le moment, les choses ne sont pas claires concernant le recyclage chimique. Des discussions sont encore prévues entre le Parlement, la Commission et le Conseil, avec des réunions programmées fin février et mi-mars. Nous espérons donc la sortie d’un texte définitif dans les semaines qui viennent.



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