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ZATAZ » La Russie protège un Espagnol accusé de cyberespionnage

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Lu il y a 8 minutes


Moscou accorde l’asile à un ancien professeur espagnol soupçonné d’avoir servi des intérêts pro-russes. Entre collecte d’informations sensibles et propagande en ligne via le groupe NoName, l’affaire expose une zone grise entre influence et cyberopérations.

La Russie a accordé l’asile politique à Enrique Arias Gil, ressortissant espagnol recherché en Espagne pour « cyberterrorisme et espionnage » au profit de Moscou, selon les médias d’État. Dans une interview à TASS, l’ancien professeur d’université affirme avoir demandé l’asile en février 2025, obtenu le statut de réfugié politique et finaliser une demande de nationalité russe. Arias Gil était arrivé en Russie en août 2024 via une bourse de la Maison russe. En septembre 2025, Europol l’a inscrit parmi les personnes les plus recherchées et un tribunal espagnol a émis un mandat d’arrêt international.

De professeur à réfugié politique, un dossier qui se referme

Le récit commence comme une trajectoire académique, et se termine dans la géopolitique dure. Enrique Arias Gil, ancien professeur d’université en Espagne, dit avoir obtenu l’asile politique en Russie, d’après une interview accordée à l’agence TASS relayée par les médias d’État russes. Il affirme avoir déposé sa demande en février 2025, puis reçu un statut de réfugié politique. Désormais, il serait en train de finaliser les démarches pour obtenir la nationalité russe.

Cette protection officielle intervient alors que l’homme est recherché par les autorités espagnoles pour des faits qualifiés de « cyberterrorisme et d’espionnage » au bénéfice de Moscou. En septembre 2025, Europol l’a inscrit sur sa liste des personnes les plus recherchées, tandis qu’un tribunal espagnol a émis un mandat d’arrêt international. Des sources policières citées par des médias locaux estimaient toutefois que la Russie coopérerait peu, un pronostic qui, à la lumière de l’asile, paraît se transformer en verrou politique.

Le parcours russe d’Arias Gil est décrit comme antérieur à l’emballement judiciaire. Il s’est rendu en Russie en août 2024 grâce à une bourse de la Maison russe, un institut culturel financé par Moscou et actif à l’étranger. Ce détail compte, car il place l’arrivée sur le territoire russe dans un cadre « officiel », donc plus facile à défendre publiquement, et plus difficile à requalifier ensuite en fuite organisée.

 

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Propagande, revendications et pression, l’ombre des groupes pro-russes

La liste des chefs d’accusation éclaire le niveau de gravité retenu par la justice espagnole. Arias Gil est recherché pour des faits incluant des dommages informatiques à des fins terroristes, l’appartenance à une organisation criminelle et l’apologie du terrorisme. Il est décrit comme ancien professeur de sciences politiques et auteur d’ouvrages sur l’extrémisme, une expertise qui, dans ce dossier, prend une tonalité ambivalente : savoir analyser des radicalités ne protège pas d’être accusé d’y contribuer.

Selon les éléments fournis, Arias Gil aurait animé une chaîne Telegram en espagnol baptisée Desinformador Ruso, créée en mars 2024. Cette chaîne a publié des messages à propos de cyberattaques revendiquées par NoName057(16) et par un autre groupe pro-russe, Z-Pentest. Le choix du canal et de la langue est loin d’être anodin : il s’agit d’adresser un public hispanophone, de relayer des revendications et de fabriquer un récit de puissance. Dans les opérations contemporaines, la narration accompagne l’attaque, parfois autant que le trafic réseau.

La séquence la plus révélatrice est celle de la pression directe. Deux jours après avoir été déclaré recherché, Arias Gil a diffusé un message de défi sur sa chaîne Telegram, exigeant que les forces de l’ordre espagnoles abandonnent l’affaire dans un délai de 10 heures, sinon des informations prétendument compromettantes sur de hauts responsables seraient publiées. Ce type d’ultimatum s’inscrit dans un registre hybride : intimidation, menace de divulgation, mise en scène publique. Même sans connaître la nature réelle des « informations », le mécanisme ressemble à une opération d’influence coercitive, où l’idée de fuite sert d’arme.

Le contexte des groupes cités complète le tableau. NoName057(16) est apparu début 2022 après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Le groupe s’est surtout concentré sur des opérations perturbatrices, décrites comme relativement rudimentaires, reposant sur des volontaires et des réseaux de zombies pour saturer des sites web en Europe et en Amérique du Nord. L’efficacité technique peut être limitée, mais l’impact médiatique, lui, est souvent recherché : faire tomber un site, même brièvement, suffit parfois à produire un signal politique. Ils ont perturbé, par exemple, une trentaine d’entreprises françaises, dont La Poste, lors des fêtes de fin d’année 2025 ou encore lors de l’ouverture des Jeux Olympiques d’Hiver 2026, en Italie.

Les partisans de NoName057(16) ont déjà présenté l’affaire visant Arias Gil comme « politiquement motivée« , affirmant qu’il n’aurait fait que republier du contenu lié à leurs cyberopérations. Cette ligne de défense dessine une frontière classique, et souvent contestée, entre relais de propagande et participation opérationnelle. Or l’asile accordé par Moscou referme d’un coup une partie du débat judiciaire : il transforme un suspect européen en protégé d’État, et place la suite sur un terrain de rapports de force.

Au bout du compte, l’affaire Arias Gil illustre comment l’écosystème pro-Moscou mêle collecte de renseignement, intimidation et mise en scène, et comment la protection politique peut devenir une extension de la guerre informationnelle.

 

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