
Alors que les soldats font face à des pénuries de base, les coûteuses célébrations de la Journée des forces armées de la SANDF soulèvent des questions inconfortables sur les priorités, la responsabilité et le respect.
La Journée des forces armées a été créée en 2012 pour honorer les soldats sud-africains qui ont servi depuis la Première Guerre mondiale jusqu’aux déploiements actuels. Observé le 21 février, il se veut un moment de souvenir et de gratitude nationale.
Pourtant, la manière dont la Force de défense nationale sud-africaine (SANDF) observe cette journée suscite de plus en plus d’inquiétudes. Dans sa forme actuelle, la Journée des forces armées est devenue un spectacle national coûteux, difficile à justifier dans un pays confronté à des pressions économiques et à une force de défense aux prises avec une capacité en déclin.
Chaque année, du personnel et du matériel sont transportés de partout au pays vers une seule ville hôte. Les coûts sont conséquents : transport, hébergement, sécurité et logistique pour un événement ponctuel. Du matériel militaire lourd est déplacé pour être exposé alors qu’une grande partie reste obsolète ou mal entretenue.
Cela se produit alors que les soldats ordinaires font face à une pénurie de produits de base tels que des uniformes, des bottes de combat et des équipements utilisables. Pour le public, le contraste est saisissant et inconfortable : les généraux séjournent dans des hôtels de luxe et voyagent dans des convois à lumière bleue tandis que les troupes opèrent dans des conditions visiblement contraintes.
Le bilan financier de la SANDF aggrave les inquiétudes. Cela fait plus de 15 ans qu’un audit propre n’a pas été réalisé. Le vérificateur général de l’Afrique du Sud a mis en garde à plusieurs reprises contre les dépenses irrégulières, la faiblesse des contrôles financiers et la nécessité de maîtriser les coûts. Dans ce contexte, persister dans un modèle cérémonial coûteux semble déconnecté de la réalité.
D’autres forces armées à l’échelle internationale démontrent que l’honneur n’exige pas l’extravagance. Beaucoup commémorent leurs années militaires à travers des services commémoratifs décentralisés et des défilés locaux organisés là où les unités sont déjà stationnées. Ces cérémonies conservent dignité et sens tout en maîtrisant les coûts.
L’Afrique du Sud dispose déjà d’un site national propice au souvenir : la salle commémorative du centre de mobilisation De Brug à Bloemfontein. Plutôt que de décaler chaque année la Journée des forces armées à travers le pays, la SANDF pourrait ancrer la commémoration nationale sur ce site permanent, honorant tous les soldats tombés au combat dans un espace dédié à la mémoire et à la réflexion.
Les unités et bases locales pourraient encore célébrer de manière significative. Exercer le droit de cité dans les municipalités où sont basées les unités renforcerait les liens communautaires sans encourir les coûts d’une mobilisation nationale. Une telle approche réduirait considérablement les dépenses de voyage et d’hébergement.
Les économies seraient importantes. Les fonds réorientés pourraient être utilisés pour réparer les avions cloués au sol, restaurer les capacités navales et remédier à des pénuries d’équipement de longue date. Plus important encore, ils pourraient améliorer les conditions quotidiennes des soldats qui continuent de servir dans des conditions de plus en plus tendues.
La commémoration doit élever ceux qui portent l’uniforme, et non mettre en lumière les inégalités au sein de celui-ci. La Journée des forces armées devrait symboliser le respect, l’humilité et la responsabilité, et non l’excès.
À une époque où chaque rand compte, réformer la Journée des forces armées ne vise pas à diminuer l’honneur. Il s’agit d’honorer correctement les soldats, en veillant à ce que les ressources limitées servent à la préparation plutôt qu’à l’exposition, et au contenu plutôt qu’au spectacle.


