Condamné à 20 ans, un blanchisseur lié aux arnaques crypto a coupé son bracelet électronique et disparait. Derrière sa fuite, un écosystème cambodgien d’escroqueries industrielles et de mules bancaires.
Un tribunal fédéral américain a condamné par contumace Daren Li, 42 ans, à 20 ans de prison pour complot de blanchiment lié à des escroqueries aux cryptomonnaies. L’accusé, ressortissant chinois et de Saint-Kitts-et-Nevis, avait plaidé coupable en novembre 2024. Selon l’accord de plaidoyer, au moins 73,6 million $ (67,7 millions d’euros) de fonds volés ont été déposés sur des comptes contrôlés par son équipe, dont 59,8 million $ (55,0 millions d’euros) via des sociétés écrans américaines. Li a pris la fuite en décembre après avoir sectionné son bracelet électronique.
Une peine lourde, une absence qui pèse
La scène a tout d’un paradoxe judiciaire moderne : une condamnation exemplaire, et le principal intéressé introuvable. Daren Li, 42 ans, vient d’être condamné à 20 ans de prison par un tribunal fédéral américain, mais la peine a été prononcée par contumace. En décembre, l’homme a sectionné son bracelet électronique et quitté le territoire des États-Unis, alors même qu’il avait déjà reconnu sa culpabilité.
Li avait plaidé coupable en novembre 2024 d’un complot visant à blanchir des fonds issus d’escroqueries aux cryptomonnaies et d’autres fraudes associées. Le dossier décrit un rouage central : pas seulement des “brouteurs” numériques, mais une logistique financière capable d’absorber, de fragmenter et de réinjecter l’argent volé dans des circuits plus difficiles à tracer.
Dans son accord de plaidoyer, Li a admis qu’au moins 73,6 million $ (67,7 millions d’euros) appartenant aux victimes avaient été déposés sur des comptes bancaires contrôlés par son équipe. Sur cette somme, 59,8 million $ (55,0 millions d’euros) ont transité par des sociétés écrans basées aux États-Unis.
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Le Cambodge, plaque tournante des arnaques et du blanchiment
L’affaire s’inscrit dans une mécanique bien connue des services enquêteurs : des centres d’escroquerie, un scénario émotionnel ou financier, puis une industrialisation des transferts. Selon l’accusation, Li et plusieurs complices dirigeaient un réseau international, basé au Cambodge, qui a permis de soutirer des millions de dollars à des Américains via des escroqueries sentimentales et des promesses d’investissements fictifs. Le mode opératoire renvoie aux opérations dites d’abattage de porcs, où la victime est d’abord mise en confiance, puis poussée à engager toujours plus de fonds.
Concrètement, les escrocs orientaient les victimes vers des domaines et des sites web falsifiés, conçus pour ressembler à des plateformes légitimes de trading de cryptomonnaies. Dans certains cas, ils changeaient de masque : faux service clientèle, faux support technique, fausses alertes de virus. L’objectif restait identique, déclencher un paiement urgent pour résoudre un problème qui n’existait pas.
À ce stade, le récit se déplace du social engineering vers l’infrastructure financière. Li aurait piloté le blanchiment une fois l’argent envoyé. Avec ses complices, il ouvrait des comptes bancaires américains via des sociétés écrans afin d’y déposer les fonds. Cette étape est décisive : elle transforme une escroquerie numérique en dossier bancaire, donc en traces, mais aussi en course contre la montre, car les fonds peuvent être éclatés, déplacés et dissimulés en chaîne.
Les procureurs ont demandé une peine significative, notamment parce que plusieurs victimes ont déclaré avoir perdu de très grosses sommes, parfois la totalité de leurs économies. C’est aussi ce qui donne sa portée stratégique au dossier : il vise ceux qui reçoivent et nettoient, pas uniquement ceux qui appâtent.
Li est présenté comme le premier condamné parmi les accusés considérés comme directement impliqués dans le recel des fonds volés. Huit autres complices ont plaidé coupable. Sur la chronologie, Li a été arrêté en avril 2024 à l’aéroport international Hartsfield-Jackson d’Atlanta. Un mois plus tard, un complice présumé, Yicheng Zhang, a été arrêté à Los Angeles.
En toile de fond, les autorités américaines et chinoises auraient, selon les éléments fournis, intensifié leurs efforts contre des centres d’escroquerie au Cambodge et dans d’autres pays d’Asie du Sud-Est. Le texte mentionne aussi des exécutions en Chine de membres de familles criminelles accusées de réseaux d’escroquerie au Myanmar, ainsi que l’arrestation au Cambodge de Chen Zhi, président du groupe Prince, suivie d’une extradition vers la Chine. L’épisode aurait déclenché un chaos local, avec des victimes de trafic d’êtres humains et des complices cherchant de l’aide auprès des ambassades.
Au final, la fuite de Li rappelle une réalité froide : dans les dossiers crypto, l’arrestation d’un opérateur ne suffit pas, l’essentiel se joue dans l’anticipation, la coopération internationale et la lecture renseignement des flux.
Pendant ce temps, en Chine, 11 escrocs du numérique viennent d’être mis à mort !




