Au tribunal fédéral de Chicago, une pièce maîtresse d’Empire Market vient de céder. Derrière ce plaidoyer, une architecture pensée pour l’anonymat, la crypto monnaie et la revente de données piratées.
Raheim Hamilton, 30 ans, originaire de Suffolk en Virginie, a plaidé coupable lundi dernier à Chicago d’une conspiration fédérale liée aux stupéfiants, pour son rôle dans Empire Market, grand marché du dark web actif de 2018 à 2020. Devant le juge Steven C. Seeger, il a reconnu avoir co-créé et exploité la plateforme avec Thomas Pavey, en la concevant pour aider les utilisateurs à éviter la détection et à blanchir les gains. Empire Market aurait traité plus de 4 millions de transactions, pour plus de 395 millions d’euros. La sentence est fixée au 17 juin 2026.
Une plateforme conçue pour échapper aux radars
Lundi 2 février, dans le Northern District of Illinois, la scène est sobre mais lourde de conséquences. Raheim Hamilton, 30 ans, a plaidé coupable devant le juge fédéral Steven C. Seeger, à Chicago. Le dossier le présente comme l’un des créateurs et opérateurs d’Empire Market, une place de marché du dark web qui, entre 2018 et 2020, s’est imposée comme l’une des plus vastes de son époque. À la clé, une peine plancher de dix ans de prison fédérale et un maximum théorique à perpétuité. La date de condamnation est déjà arrêtée : 17 juin 2026.
Ce qui se joue dépasse le simple aveu. Dans son accord de plaidoyer, Hamilton reconnaît, selon les termes rapportés, que lui et son coaccusé Thomas Pavey ont volontairement façonné Empire Market pour permettre à ses utilisateurs d’échapper aux contrôles, et pour faciliter le blanchiment d’argent issu d’activités illicites. Le point est central en cybercriminalité : l’outil n’est pas neutre, il est pensé comme un dispositif d’opacité, où l’ergonomie et les règles techniques servent la clandestinité.
La plateforme imposait une contrainte simple et radicale : toutes les transactions devaient passer exclusivement par des cryptomonnaies. Cette exigence, présentée comme un choix de conception, est au cœur de l’enjeu renseignement. Elle réduit les frictions, standardise les paiements, et rend la traçabilité plus complexe à première vue, tout en laissant des traces exploitables dès lors que des erreurs opérationnelles, des saisies d’infrastructures ou des recoupements judiciaires surviennent. Dans ce type de dossier, chaque paramètre technique devient une intention, et chaque intention peut devenir un élément à charge.
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Des millions de transactions et une logique de blanchiment
Hamilton et Pavey auraient opéré Empire Market de 2018 à 2020. Sur cette période, la place de marché a, selon les autorités, traité plus de quatre millions de transactions, pour un volume cumulé supérieur à 395 millions d’euros). Dans une affaire de cybercrime, ces montants ne décrivent pas seulement une réussite criminelle, ils signalent une organisation capable d’industrialiser la confiance entre inconnus, de gérer des litiges, et d’orchestrer une logistique numérique, tout en maintenant l’illusion d’un espace « sécurisé ».
Le plaidoyer s’accompagne d’un autre volet, tout aussi parlant : la confiscation. Hamilton accepte de céder environ 1 230 bitcoin, 24,4 Ether et trois propriétés situées en Virginie. Ces actifs donnent la mesure de la captation de valeur qui suit les places de marché clandestines : des cryptos accumulées, puis converties, déplacées ou ancrées dans le monde physique via l’immobilier. Le dossier évoque précisément ce pont entre le numérique et le réel, puisque l’accord mentionne des mécanismes destinés à blanchir l’argent des transactions illégales.
Le coaccusé Thomas Pavey, 40 ans, d’Ormond Beach en Floride, a plaidé coupable de la même infraction l’an dernier et attend sa condamnation. Son forfait de confiscations annoncé est encore plus spectaculaire : environ 1 584 bitcoin, deux boîtes de lingots d’or de 778 grammes, trois véhicules et deux propriétés en Floride. Là encore, l’image est nette : l’économie clandestine cherche des réserves de valeur, diversifie, et matérialise ses gains pour résister aux retournements judiciaires.
Ce dossier rappelle une règle du renseignement cyber : l’anonymat est une promesse commerciale, mais la saisie d’actifs et la preuve d’intention de conception peuvent suffire à faire tomber l’architecture.




