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L’avenir de la puissance aérienne en Afrique

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Lu il y a 11 minutes



La puissance aérienne est souvent évoquée en Afrique à travers le prisme des acquisitions de prestige, des avions de combat phares ou des comparaisons avec les grandes puissances mondiales. Pourtant, ce cadre obscurcit la véritable question à laquelle sont confrontés les États africains : non pas comment imiter les forces aériennes avancées ailleurs, mais comment construire des capacités aériennes qui soient abordables, durables et alignées sur les réalités réelles de sécurité et de développement du continent.

En Afrique, la puissance aérienne est importante non pas en raison de conflits graves entre États ou de projections de puissance à travers les continents, mais parce que les défis de sécurité du continent sont spatiaux, asymétriques et sensibles au temps. Les vastes territoires, les frontières poreuses, les insurrections, la criminalité transnationale et les crises humanitaires exigent tous rapidité, visibilité et mobilité. Dans ce contexte, la puissance aérienne est moins une question de domination qu’une question de portée, de conscience et de réactivité.

Ambition versus capacité : l’écart entre la réalité

Au cours de la dernière décennie, de nombreuses forces aériennes africaines ont connu un réveil stratégique. Il est de plus en plus reconnu que la puissance aérienne est essentielle à la sécurité nationale, à la dissuasion et à la stabilité régionale. Cette prise de conscience s’est traduite par des plans de modernisation ambitieux et un intérêt pour les plates-formes avancées.

Toutefois, l’ambition a souvent dépassé les capacités. Les inventaires officiels de la flotte masquent souvent une réalité plus profonde : le nombre d’avions possédés n’est pas le même que le nombre d’avions en état de navigabilité, dotés d’un équipage et entretenus de manière durable. Dans une grande partie du continent, les taux de préparation sont limités par les retards de maintenance, les pénuries de pièces de rechange, le déficit de compétences et la pression budgétaire. En conséquence, les chiffres publiés dans les journaux peuvent surestimer considérablement la capacité opérationnelle réelle.

Cet écart entre l’inventaire et l’état de préparation n’est pas simplement un problème technique. Cela reflète des contraintes institutionnelles et économiques plus profondes qui déterminent ce que les forces aériennes peuvent réalistement accomplir.

Ce que « moderne » signifie réellement dans le contexte africain

Dans le discours mondial sur la défense, la « puissance aérienne moderne » est souvent associée aux chasseurs furtifs, à la guerre réseaucentrique et aux conflits haut de gamme entre États. Pour la plupart des pays africains, ce modèle n’est ni nécessaire ni abordable.

Dans un contexte africain, la modernité doit être définie de manière fonctionnelle plutôt que technologique. La puissance aérienne moderne est celle qui correspond aux profils de mission et produit des résultats fiables. Cela comprend les plateformes de renseignement, de surveillance et de reconnaissance ; drones; avions multirôles; transport aérien et logistique ; et un commandement et une coordination efficaces avec les forces terrestres.

Les mises à niveau progressives, l’interopérabilité et la disponibilité durable comptent souvent bien plus que l’acquisition des avions les plus avancés du marché.

L’évolution, plutôt que la révolution, est la trajectoire la plus réaliste.

Dépenses de défense : combien est-ce suffisant ?

La question des budgets de défense se pose inévitablement. À l’échelle internationale, un niveau de référence d’environ 2 à 2,4 % du PIB est souvent cité comme norme pour les dépenses militaires. Cette référence est toutefois issue d’économies industrialisées fondées sur des alliances et présentant des environnements de menace et des capacités budgétaires très différents.

Pour la plupart des États africains, tenter d’atteindre ou de dépasser ce seuil risque d’évincer des priorités essentielles telles que l’éducation, les soins de santé, la sécurité alimentaire, la protection sociale et le développement économique. Le résultat n’est souvent pas une sécurité plus forte, mais des États plus faibles et des forces vides.

Un objectif plus réaliste et défendable pour une grande partie de l’Afrique serait plus proche de 1,5 % du PIB. À ce niveau, les pays peuvent financer la sécurité intérieure, le contrôle des frontières, les contributions au maintien de la paix, le transport aérien, la surveillance, la formation et la maintenance sans compromettre le développement. Fondamentalement, ce niveau de dépenses impose la priorité au prestige et récompense l’efficacité plutôt que le symbolisme.

Le défi stratégique n’est donc pas de dépenser davantage pour la défense, mais de dépenser mieux.

Institutions et capacités : le véritable fondement de la défense

Une capacité de défense durable est le résultat de la force institutionnelle et non un substitut à celle-ci. Les avions et les systèmes d’armes ne peuvent pas compenser une gouvernance faible, des achats fragmentés ou des bases de compétences sous-développées. En fait, les acquisitions haut de gamme révèlent souvent les faiblesses institutionnelles plutôt que de les résoudre.

Le renforcement des capacités internes constitue donc la véritable première ligne de défense. Cela inclut des relations civilo-militaires professionnelles, des systèmes de passation des marchés transparents, une budgétisation prévisible et un investissement dans le capital humain. Sans ces fondations, même les forces bien financées ont du mal à rester opérationnelles.

La croissance économique joue ici un rôle décisif.

Une économie en croissance élargit l’assiette fiscale, stabilise les finances publiques et soutient le développement des compétences techniques et industrielles. Les pays qui tentent d’acheter la sécurité sans d’abord développer leur économie ont tendance à importer non seulement des armes, mais aussi de la dépendance.

Industrie locale, compétences et dépendance réduite

La souveraineté en matière de défense n’exige pas une autosuffisance totale, mais elle exige une capacité nationale significative. Localisation même partielle – comme les installations de maintenance, de réparation et de révision ; logistique; et la formation technique – peuvent améliorer considérablement l’état de préparation et la résilience.

Le développement de l’industrie et des compétences locales réduit la vulnérabilité aux ruptures d’approvisionnement, aux sanctions et aux pressions politiques extérieures. Il ancre également les dépenses de défense au sein de la société en créant des emplois qualifiés et des retombées civiles dans les secteurs de l’aviation, de l’ingénierie et de la logistique.

La dépendance ne peut pas être éliminée uniquement par la diversification des fournisseurs ; elle est réduite par le renforcement des capacités nationales, même progressivement.

Coopération en Afrique : le rôle des institutions

Compte tenu des contraintes budgétaires et de capacités, la coopération n’est pas facultative : elle est essentielle. Aucun pays africain n’a besoin d’une force aérienne à spectre complet. Les défis partagés exigent des solutions partagées.

Les institutions telles que l’Union africaine ont un rôle important de facilitation et de coordination à jouer, notamment en établissant des normes, en facilitant la coopération et en soutenant la formation conjointe, le maintien de la paix et l’interopérabilité entre les forces aériennes africaines. Même si l’UA n’est pas conçue pour fonctionner comme une alliance de défense collective, elle peut soutenir la coordination, l’établissement de normes, la formation conjointe, les cadres de maintien de la paix, les mécanismes d’alerte précoce et les normes d’interopérabilité.

Les attentes doivent toutefois être réalistes. Une alliance de type OTAN nécessite une perception uniforme des menaces, une confiance politique élevée, une symétrie économique et des engagements contraignants en matière de défense – des conditions qui n’existent pas actuellement en Afrique ou dans les pays du Sud. Plutôt qu’une structure de défense collective unique, l’Afrique est mieux servie par une coopération modulaire, régionale et fonctionnelle : des installations de formation partagées, des centres de maintenance mutualisés, des capacités conjointes de transport aérien et ISR et des coalitions spécifiques à des missions.

L’Afrique n’a pas besoin d’une alliance de défense unique ; elle nécessite une coopération à plusieurs niveaux alignée sur les réalités régionales.

Une vision pragmatique pour l’avenir

En fin de compte, l’avenir de la puissance aérienne en Afrique ne dépendra pas de celui qui acquerra les avions les plus avancés. Elle sera façonnée par les pays qui bâtiront des institutions durables, développeront leur économie, investiront dans les compétences et coopéreront intelligemment avec leurs voisins.

Une puissance aérienne capable de voler, de s’adapter et de durer est en fin de compte plus précieuse qu’une puissance aérienne qui semble impressionnante sur le papier. En ce sens, la voie à suivre pour l’Afrique ne consiste pas à imiter, mais à concevoir des capacités de défense qui reflètent ses propres réalités – et ses priorités.

Le Dr Joan Swart est psychologue légiste et analyste militaire spécialisée dans les études de sécurité, la géopolitique et les affaires stratégiques, avec un accent particulier sur l’Afrique. Elle termine actuellement un doctorat à l’Académie militaire de l’Université de Stellenbosch.



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