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parti à la retraite, il refuse des millions d’euros et donne les parts de son entreprise à une fondation pour protéger l’emploi local

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Lu il y a 5 minutes



Refusant une vente entre 20 et 25 millions d’euros, le fondateur du groupe d’ingénierie industrielle Artzainak a transmis les 76% de parts qu’il détenait à une fondation actionnaire reconnue d’utilité publique. Un montage rare en France pensé pour protéger l’emploi local et assurer le temps long industriel.

Il a refusé un beau chèque. À 64 ans, après avoir fait valoir ses droits à la retraite à l’été 2025, Michel Etchebest aurait pu céder son entreprise. Il a choisi un autre chemin. «Les propositions étaient sérieuses, valorisées entre 20 et 25 millions d’euros», reconnaît-il. Pour le dirigeant basé à Mauléon-Licharre, en Soule, le prix n’a jamais été la principale préoccupation. «Je n’ai pas créé Artzainak pour le vendre. L’idée, dès le départ, c’était de créer et surtout de maintenir de l’emploi industriel localement», précise celui qui a été maire de cette ville du Pays basque de 2008 à 2020.

Le groupe, créé en 1985, réunit aujourd’hui une dizaine de sociétés, emploie 250 salariés et réalise près de 40 millions d’euros de chiffre d’affaires dans les secteurs de l’aéronautique, de l’automobile et du bâtiment. «Quand vous vendez, le lendemain, l’acheteur fait ce qu’il veut, avertit l’ancien dirigeant. Et le risque majeur est qu’il délocalise les activités, surtout s’il vient de loin ou très loin.»

Une fondation pour sanctuariser le capital

Pour éviter ce scénario, Michel Etchebest a mis en place une solution rarissime en France : la fondation actionnaire. La fondation Artzainak, reconnue d’utilité publique début décembre, détient désormais 76% du capital. «La fondation n’appartient à personne. C’est une personne morale qui ne peut ni vendre ni décider contre son objet».

Le projet s’inspire des modèles Bosch en Allemagne et Pierre Fabre en France. «J’avais lu un article sur Bosch, je l’avais découpé et gardé sous le coude, il y a quinze ans. Je me suis dit : tiens, c’est une façon intelligente de protéger une entreprise industrielle», raconte-t-il. La gouvernance a été confiée à dix administrateurs : le fondateur, sa fille, quatre experts de l’activité et du développement en milieu rural, des représentants de la Région Nouvelle-Aquitaine, de la CCI Bayonne Pays basque et de la Safer et un commissaire aux comptes.

Protéger l’industrie rurale sur le temps long

Un cadre juridique strict a été posé : «Les quelques dividendes perçus de la filiale industrielle vont servir à susciter, accompagner, étudier, financer toute action visant à faire de la production en milieu rural», explique Michel Etchebest. Pour lui, la question est avant tout territoriale. «Ici, on est dans une petite vallée de 13000 habitants. Chaque mois, ce sont environ 600000 euros de salaires et de charges qui irriguent le territoire grâce à l’industrie. Si l’usine part, tout disparaît.»

Il assume d’avoir renoncé à une part significative de son patrimoine. «Quand on donne à une fondation, on donne sans contrepartie. Ma fille a donné son accord, car cela impacte son héritage. Mais c’est un choix en conscience.» Pour lui, c’est aussi une question de souveraineté industrielle. «On parle beaucoup de réindustrialisation. Mais si le capital n’est pas stable, tout le reste est fragile», dit-il.

Un modèle pour les entreprises rurales

Au-delà de son propre groupe, Michel Etchebest voit la fondation comme un outil reproductible. «La fondation Artzainak peut très bien détenir 20 ou 30% d’une autre entreprise industrielle du territoire. Elle est ouverte à cela.» L’objectif est de bloquer toute logique purement spéculative. «Un acheteur pourra venir, mais il ne pourra pas faire n’importe quoi. Il y aura toujours un actionnaire patient, sans autre intérêt que la pérennité industrielle.»

Selon lui, le mécanisme pourrait concerner de nombreuses PME rurales. «Toutes les zones industrielles éloignées des métropoles sont concernées, estime-t-il. Ce n’est pas une garantie de succès, mais c’est un outil puissant pour éviter l’arrachement du territoire.» Et de conclure : «L’industrie, c’est du temps long. Et le temps long n’est pas compatible avec la spéculation.»



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