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le plan à 12 milliards de dollars de Donald Trump pour stocker des métaux critiques pour les industriels aux Etats-Unis et diminuer leur dépendance à la Chine

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Lu il y a 7 minutes


Les Etats-Unis ont annoncé, lundi 2 février, le lancement d’un fonds de 12 milliards de dollars pour stocker des métaux critiques pour l’industrie et diminuer leur dépendance à la Chine. De nombreux industriels et négociants sont déjà partenaires.

Traumatisé par la crise des terres rares et les menaces de fermeture du robinet chinois, Washington continue de chercher des parades pour réduire sa dépendance dans les métaux critiques. Lundi 2 février (dans la nuit à l’heure de Paris), Donald Trump a sorti de sa manche un nouvel outil, baptisé «Project Vault» («projet coffre-fort», en français). L’objectif : «Veiller à ce que les entreprises et les travailleurs américains ne soient jamais pénalisés par des pénuries, a expliqué le président des Etats-Unis. Nous ne voulons jamais revivre ce que nous avons vécu il y a un an (même si tout s’est bien terminé).»

12 milliards de dolars pour amasser des métaux

Pour se prémunir des risques, les Etats-Unis disposent déjà de réserves stratégiques de pétrole (créées dans les années 1970 suite aux chocs pétroliers) et de métaux utilisés par le secteur militaire (géré par la DLA, l’agence de logistique militaire du département de la Défense). L’ambition du Project Vault est d’étendre cette logique à l’ensemble de l’industrie, alors que la Chine est de loin le premier fournisseur mondial de nombreux métaux et matériaux critiques, sur la production desquels elle est parfois en quasi-monopole, comme c’est le cas pour les terres rares.

Très ambitieuse du point de vue financier, l’initiative combinera 2 milliards de dollars de capitaux privés et un prêt de 10 milliards de dollars de la Banque d’import-export des Etats-Unis (Ex-im). Selon Bloomberg, le nouvel instrument doit permettre aux industriels consommateurs de métaux de se protéger des fluctuations de prix sans établir eux-mêmes de stocks. Ils pourront présenter eux-mêmes leurs besoins, tout en s’engageant à acheter les matériaux à un certain prix (et en payant un acompte initial). L’ampleur des stocks et les délais d’achats ne sont pas précisés.

Les opérateurs du «coffre-fort», de leur côté, construiront des partenariats avec des producteurs de métaux pour amasser leur trésor. Avec cet instrument financier, «nous attendons même que les contribuables américains réalisent des bénéfices», a précisé Donald Trump. Les entreprises de négoce Traxys, Mercuria et Hartree s’occuperont des achats.

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Plusieurs industriels déjà partenaires

Malgré le surcoût probablement engendré, l’initiative semble attirer de l’intérêt. Plusieurs industriels, dont Clarios (batteries plombs acide), GE Vernova (turbines à gaz, éoliennes, transformateurs électriques…), Western Digital (disques durs) ou encore l’avionneur Boeing ont déjà fait part de leur intérêt, cite la banque américaine. Selon Bloomberg, les constructeurs automobile GM et Stellantis, l’entreprise de technologie Google et le producteur de fibres optiques Corning ont aussi accepté d’y participer. Le PDG de General Motors, Mary Barra, et le dirigeant du géant minier Ivanhoe, Robert Friedland, étaient présents à la Maison Blanche lors de l’annonce.

Les métaux visés, eux, dépendront des demandes des industriels. Face aux récentes tensions avec la Chine, il est probable que les oxydes de terres rares qui servent à produire des aimants permanents soient en haut de la liste. Dans la défense, le DLA a récemment passé des appels pour renforcer ses stocks de cobalt, d’antimoine de tantale et de scandium, rapporte le Financial Times.

Malgré les difficultés, l’entreposage de métaux stratégiques progresse dans le monde

Oui, les stocks de métaux «peuvent jouer un rôle important dans l’approvisionnement d’urgence et la protection des industries et des emplois», jugeait l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans un rapport paru fin janvier. Mais ceux-ci «ne remplacent pas les efforts visant à développer des sources d’approvisionnement diversifiés», et sont limités par la «diversité des métaux critiques [qui] varient considérablement en termes de forme physique, de secteurs d’utilisation finale, de taille des marchés, de niveau de transparence des prix, de besoins en matière d’entreposage et de complexité des chaînes d’approvisionnements». Certains éléments, comme le nickel ou le graphite pour batteries, prennent par exemple beaucoup de place. D’autres sont difficiles à conserver, tels l’hydoxide de lithium qui est sensible à l’humidité, le gallium qui entre en fusion à 30°C, ou les aimants qui sont fragiles…

L’annonce du Project Vault s’intègre dans une stratégie plus globale de l’administration américaine autour des métaux critiques. Ces derniers mois, la Maison Blanche a multiplié les prises de participations dans des projets miniers et métallurgiques sur le sol américain (MP Materials et USA Rare Earths dans les terres rares, Global Lithium pour le métal de batteries…), tandis que la banque Ex-im a multiplié les annonces de prêts pour aider des projets miniers, notamment en Australie (terres rares, graphite, magnésium, titane…), au Groenland (terres rares) et au Pakistan (cuivre). L’administration Trump a aussi annoncé des accords avec l’Australie, le Japon et la Malaisie. D’autres pourraient suivre à l’occasion du sommet sur les matériaux critiques organisé à Washington mercredi 4 et jeudi 5 février, auquel participent l’Europe et la France.

Preuve de l’importance du sujet dans les chancelleries, d’autres pays suivent l’exemple pionnier du Japon et se mettent à emmagasiner des métaux. Le 12 janvier, l’Australie a annoncé la création d’une réserve financée à 1,2 milliard de dollars australiens (autour de 700 millions d’euros), qui cible en premier l’antimoine, le gallium et les terres rares. La Commission européenne, de son côté, a annoncé début décembre 2025 son intention d’établir un Centre européen des matériaux critiques, capable de financer des projets et de mener des achats communs, ainsi qu’un mécanisme de stockage. Des détails sont attendus prochainement.



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