Une opération coordonnée a fait basculer trois sites très fréquentés sous contrôle fédéral américain. Au-delà du droit d’auteur, l’affaire révèle une mécanique publicitaire et technique typique des écosystèmes cybercriminels.
Le gouvernement américain a exécuté des mandats de saisie visant trois noms de domaine enregistrés aux États-Unis, zamunda.net, arenabg.com et zelka.org, accusés de diffuser illégalement des œuvres protégées. Selon les affidavits produits au soutien des mandats, ces services engrangent des dizaines de millions de visites annuelles, proposent des milliers de contenus contrefaits et déclenchent des millions de téléchargements, pour une valeur commerciale totale chiffrée en millions de dollars. L’opération, annoncée par le Department of Justice, s’appuie sur une coopération avec des services bulgares, Europol et plusieurs entités américaines, dont HSI et l’IPR Center. Les visiteurs voient désormais une bannière de saisie.
Une saisie de domaine comme arme de neutralisation
Les autorités fédérales américaines ont actionné un levier simple, mais redoutablement efficace, la saisie de noms de domaine. Trois adresses, zamunda.net, arenabg.com et zelka.org, sont désormais en « custody » gouvernementale, à la suite de mandats visant des sites commerciaux soupçonnés de distribuer illégalement des œuvres protégées. Le Department of Justice décrit des plateformes offrant des copies non autorisées de films, séries, jeux vidéo, logiciels, livres numériques et autres contenus, dont une partie appartient à des entreprises et à des créateurs américains.
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Le signal envoyé est autant juridique que technique. En redirigeant l’accès vers une bannière officielle, l’État coupe un point d’entrée, fragilise la confiance des utilisateurs et interrompt, au moins temporairement, le rendement publicitaire. La bannière indique que les autorités ont saisi les noms de domaine et rappelle que la violation volontaire du copyright constitue une infraction pénale. Le message est calibré, faire comprendre que l’usage n’est pas anodin et que la chaîne de responsabilité peut remonter, de l’administrateur à l’intermédiaire.
Les affidavits (déclarations écrites faite sous serment) cités par le ministère ajoutent l’ampleur, des dizaines de millions de visites par an, des milliers d’œuvres contrefaites, des millions de téléchargements. Le préjudice est formulé en termes de valeur de détail, annoncée à hauteur de millions de dollars. Dans cette logique, l’enjeu n’est pas seulement la copie, mais l’économie clandestine qui s’y greffe. Les sites visés, indique la même source, semblent générer des revenus importants via la publicité, alimentés par un trafic quotidien massif. Dans le cyber, la publicité est souvent la monnaie silencieuse, elle transforme une infraction en modèle d’affaires, et un modèle d’affaires en organisation.
Coopération Bulgarie–États-Unis, et une dimension renseignement
L’opération se lit aussi comme une démonstration de coordination transfrontalière. Washington remercie des partenaires bulgares précis, le National Investigative Service, la General Directorate Combating Organized Crime du ministère de l’Intérieur, la State Agency for National Security et le Parquet. Côté américain, sont cités le bureau du procureur fédéral pour le Southern District of Mississippi, la Homeland Security Investigation (HSI) de La Nouvelle-Orléans et le National Intellectual Property Rights Coordination Center (IPR Center). Europol, le bureau HSI d’Athènes et le bureau Customs and Border Protection (CBP) de Sofia sont également crédités pour la coordination et l’assistance technique.
Cette liste n’est pas décorative. Elle suggère une enquête où l’attribution opérationnelle compte autant que la saisie finale. Pour saisir un domaine, il faut relier infrastructure, administration, flux financiers et services techniques. Dans ce type de dossier, l’objet « copyright » sert souvent de porte d’entrée procédurale, tandis que l’arrière-plan relève d’un puzzle de serveurs, de régies publicitaires, de comptes et d’intermédiaires. Le fait que l’un des domaines soit présenté comme régulièrement classé parmi les dix plus visités en Bulgarie, et que les trois figurent parmi les plus populaires du pays, renforce la dimension stratégique, un acteur capable de capter un tel public dispose d’une surface d’influence, de données de navigation et de leviers économiques.
Le Department of Justice rattache d’ailleurs l’action à un effort plus large, l’assistance technique en matière de propriété intellectuelle et de cybercriminalité, fournie à des partenaires étrangers via le programme International Computer Hacking and Intellectual Property (ICHIP). La mention de cette architecture, copilotée par OPDAT et la section Computer Crime and Intellectual Property, illustre un volet « capacité » souvent discret, standardiser les méthodes, accélérer l’entraide, et rendre reproductibles des opérations de démantèlement. L’IPR Center est présenté comme un outil central contre la contrefaçon et le piratage, mobilisant plusieurs agences pour partager le renseignement, coordonner des actions et conduire des investigations liées au vol de propriété intellectuelle.
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