La démarche est inédite. Ben Verbergt, un technicien électromécanicien de chez Ineos, a rédigé une lettre ouverte à Ursula von der Leyen et à son Premier ministre pour expliquer le ressenti des salariés face à un “effondrement de la chimie”. Après des prises de parole de dirigeants et de lobbyistes, c’est un nouveau canal de défense qui est emprunté.
C’est un texte inédit, presque dérangeant par sa sobriété, qui circule actuellement sur le réseau social LinkedIn. Un délégué syndical de la chimie, Ben Verbergt, technicien électromécanicien, spécialisé en maintenance industrielle et installations électroniques sur un site d’Inovyn (groupe Ineos) à Lillo, dans le port d’Anvers, s’adresse directement à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et au Premier ministre belge Bart De Wever. Non pas pour défendre un site industriel précis, ni pour dénoncer des restructurations, mais pour alerter sur l’effondrement, d’un secteur industriel tout entier.
Un salarié inquiet pour son avenir
D’emblée, le ton tranche avec les discours institutionnels. « Je suis un jeune travailleur d’une entreprise chimique du port d’Anvers. Je suis marié papa d’un petit garçon de 3 mois ». Ce n’est pas un lobbyiste qui parle, mais un salarié, inquiet pour son avenir et celui de sa famille. Cette entrée personnelle donne à la crise industrielle une dimension humaine, trop souvent absente des débats européens.
Le constat est brutal : « Une industrie, pourtant si forte il y a peu, s’effondre comme un château de cartes ». Loin d’un discours isolé, il décrit une réalité partagée : fermetures de sites et suppressions d’emplois, – 9 % de la capacité européenne perdue en trois ans -, discours de survie tenus par les directions, notamment par Jim Ratcliffe, p-dg d’Ineos. La chimie européenne, longtemps pilier industriel, est désormais perçue de l’intérieur comme un secteur en danger existentiel.
Le problème n’est pas industriel, mais concurrentiel et réglementaire
Fait remarquable, le délégué syndical loue la performance de son industrie. « Nous produisons des biens indispensables à d’autres secteurs et à notre qualité de vie », rappelle-t-il, soulignant que la demande existe toujours. Le problème n’est pas industriel, mais concurrentiel et réglementaire. « Nous sommes écartés par des acteurs non européens qui ne respectent pas les mêmes règles du jeu ». Énergie chère, coûts du CO₂, normes asymétriques : les mots sont ceux que l’on entend depuis longtemps dans la bouche des dirigeants et des lobbyistes, et désormais dans celle de représentants syndicaux.
Vos indices

Puis la lettre devient politique. « Il existe une différence considérable entre les règles applicables en Amérique et en Asie d’une part et en Europe d’autre part ». Sans rejeter la transition, Ben Verbergt alerte sur son rythme : « je crains que nous allions trop vite ». Trop vite pour des entreprises « autrefois solides », désormais fragilisées.
L’appel final est sans ambiguïté : « Nous devons à nouveau pouvoir travailler avec des conditions équitables », et surtout, « plus tard, il sera trop tard ». Lorsqu’un syndicaliste en vient à interpeller directement la présidente de la Commission européenne pour défendre la compétitivité de son industrie, c’est le signe que la crise a franchi un seuil inégalé. La chimie européenne ne réclame plus des ajustements. Elle réclame d’urgence le droit de continuer à exister.


