
Malgré les mines moroses et l’affluence en chute, le salon Hyvolution, qui s’est tenu à Paris du 26 au 29 janvier, a tout de même été l’occasion pour certains acteurs de la filière hydrogène de présenter leurs innovations technologiques. Au programme : électrolyse du CO2, pompe de transfert d’hydrogène liquide et banc d’essai de composants de piles à combustibles.
Pour son dixième anniversaire, le salon Hyvolution a encore une fois été le baromètre d’une filière hydrogène en difficulté. Du 26 au 29 janvier, le salon s’est tenu au parc des expositions de Paris dans le but de réunir les acteurs – ou « survivants » autoproclamés – de la filière hydrogène. Au rendez-vous, quelques innovations venant de Carboneo, d’une collaboration entre ArianeGroup et Alfa Laval ou encore de Gen-hy ont tout de même retenu l’attention.
Les années précédentes, Hyvolution remplissait 2 voire 3 halls du gigantesque parc des expositions parisien, et il était bien difficile de circuler dans les allées de cet immense salon. Désormais, une unique salle suffit pour réunir les acteurs et curieux de la filière hydrogène. Le nombre d’exposants a chuté de près de 25 % par rapport à l’année dernière (environ 420 comptabilisés depuis le site du salon contre plus de 550 annoncés l’an passé). Preuve s’il en est du manque d’intérêt qui mine la filière hydrogène depuis quelques temps maintenant. « On remarque une très nette baisse de la fréquentation du salon, nous confirme Alain Guinot, directeur des opérations de la start-up Carboneo, présente à Hyvolution. Je ne vais pas parler de « bulle » hydrogène, mais l’activité est en train de baisser ». Le mot est lancé.
Carboneo, la start-up qui veut électrolyser le CO2 pour produire des e-SAF
Malgré les visages moroses et les premiers bilans mitigés, le salon Hyvolution reste un lieu d’innovations dont Carboneo fait partie. La start-up a profité de l’évènement pour présenter sa technologie d’électrolyse du CO2, à partir d’une électrode à catalyseur organique et dénuée de métaux rares. L’électrolyse du dioxyde de carbone permettrait de synthétiser du monoxyde de carbone (CO) et, par une deuxième électrolyse, de l’e-méthanol ou d’autres électro-carburants d’aviation durables (e-SAF). « Nos électrodes peuvent être intégrées à des électrolyseurs classiques produisant de l’hydrogène et de l’oxygène, pour devenir des électrolyseurs produisant des molécules carbonées d’intérêt. Cela permet de réutiliser du CO2 biogénique, rejeté par exemple par des sites de méthanisation », détaille Alain Guinot.
Deux ans durant, les équipes de Carboneo ont travaillé à la conception en laboratoire de leurs électrodes. Dans les prochains mois, la deeptech entend désormais trouver un partenaire industriel pour tester avant la fin d’année un premier démonstrateur, dans un électrolyseur d’une puissance de quelques kW. Un deuxième démonstrateur, cette fois-ci d’une puissance de 1 MW, devrait ensuite suivre avant 2028, d’après Alain Guinot.
ArianeGroup et Alfa Laval s’associent pour concevoir et industrialiser une pompe de transfert d’hydrogène liquide
À l’ouverture d’Hyvolution, la conceptrice de lanceurs spatiaux ArianeGroup et Alfa Laval, spécialiste suédois du transfert de chaleur et de fluides ont annoncé la signature d’un accord de co-développement d’une nouvelle pompe à hydrogène liquide. D’après un communiqué des deux entreprises, cette avancée technologique permettra de « transférer l’hydrogène liquide de façon plus sûre et efficace entre les sites de production, les pôles de distribution et les stations de ravitaillement ».
La gestion d’hydrogène liquide refroidi à des températures cryogéniques, ArianeGroup connaît bien. « Pour alimenter nos moteurs, nous utilisons de l’hydrogène cryogénique, refroidi à moins de 150°C pour avoir la meilleure densité énergétique possible, rappelle Nadège Vissière, responsable du développement des programmes Hydrogène à ArianeGroup. Cet hydrogène cryogénique représente plusieurs challenges. Principalement, il faut maintenir sa température. Et toutes les technologies autour de la cryogénie profonde de l’hydrogène, nous les utilisons vraiment bien. Nous avons désormais la volonté de les transférer à d’autres domaines applicatifs. En particulier à la mobilité lourde (poids lourds, transport maritime, etc. ndlr) qui, comme le spatial, a besoin de haute densité énergétique ». La co-entreprise s’attelle depuis 2022 à ce transfert technologique de l’espace à la terre ferme.
Les technologies actuelles de transfert d’hydrogène d’un réservoir à un autre se basent essentiellement sur des jeux de pression entre les deux contenants connectés. En augmentant la pression du premier réservoir, l’hydrogène se déverse dans le second. Or, lorsque les deux arrivent à pression égale, il est nécessaire d’augmenter la pressurisation du premier réservoir. « En faisant ça, on consomme de l’hydrogène : on laisse une partie s’en échapper plutôt que de l’envoyer dans le réservoir récepteur », commente Nadège Vissière.
L’idée derrière le partenariat entre ArianeGroup et Alfa Laval est désormais de s’affranchir de la nécessité de pressuriser les réservoirs au moment du transfert d’hydrogène, pour limiter les pertes. D’après les deux entreprises l’utilisation d’une pompe centrifuge, telle qu’utilisée par ArianeGroup dans les générateurs de puissance auxiliaire (APU) de l’étage supérieur de sa fusée Ariane 6, permet de répondre à cette problématique . « Assurer le transfert d’hydrogène liquide à un débit pertinent nécessite soit une grosse pompe, soit une pompe avec une grande vitesse de rotation, commente Alfa Laval pour Industrie & Technologies. Or, les contraintes d’encombrement sur un camion-citerne nous poussent à concevoir une pompe centrifuge de moins de 30 cm de diamètre, qu’il est nécessaire de faire tourner à environ 25000 tours par minute. De telles performances (encombrement et vitesse) sont inédites sur le marché de l’hydrogène liquide. » D’après les deux entreprises et en raison notamment de leur mobilisation en amont de la signature de l’accord de co-développement de leur pompe, l’industrialisation de ce nouvel outil de transfert d’hydrogène liquide devrait arriver prochainement. « Nous estimons que les premières commandes de pompes pourront être prises dès la seconde partie de l’année, avance-t-on du côté d’Alfa Laval.
Hydrogène vert : Gen-hy dévoile un nouveau banc de tests industriels
« Préalable indispensable pour la validation d’un produit avant industrialisation, cette innovation permet une analyse complète et précise de la durée de vie des stacks hydrogène (générateurs d’hydrogène) et de leurs composants », résume sobrement Gen-hy dans un communiqué. La start-up française productrice d’hydrogène vert a présenté une nouvelle version de son banc d’essai capable de tester la durée de vie des composants de piles à combustibles pour la production d’hydrogène décarboné. Ce banc d’essai est compatible avec les technologies alcalines, ou à base de membranes échangeuses de protons (PEM) ou d’anions (AEM). Avec ce nouvel outil, la deeptech – par ailleurs fabricante d’électrodes alcalines et de membranes AEM – entend aider à réduire les coûts liés à la production d’hydrogène vert. Le banc est par ailleurs d’ores et déjà commercialisé par Gen-Hy.


