
La ministre en charge de l’IA a réuni les acteurs des datacenters vendredi 30 janvier pour une matinée de travail. RTE y a évoqué la possibilité de faire évoluer sa politique de traitement des demandes de raccordement, pour sortir de la logique du premier demandeur, premier servi. Explications.
«Je reçois beaucoup de porteurs de projet et l’accès au réseau et à la puissance électriques, c’est systématiquement ce dont ils me parlent.» De l’aveu même de la ministre déléguée en charge de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Anne le Hénanff, les délais de raccordement des datacenters restent problématiques pour les acteurs de la filière. Le sujet a donc eu toute sa place aux Rencontres des centres de données, organisées pour la première fois à Bercy vendredi 30 janvier afin de poursuivre le dialogue entre l’Etat et la filière.
A cette occasion, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, RTE, a évoqué la possibilité de changer sa politique d’attribution des capacités électriques. Aujourd’hui la règle qui prévaut est celle du premier arrivé, premier servi… et RTE a l’obligation d’étudier tous les dossiers. Un fonctionnement devenu intenable avec l’explosion du nombre de demandes et de celle des puissances électriques visées pour répondre aux besoins de l’IA. C’est ce qui explique en grande partie que les délais de raccordement se sont rallongés, oscillant aujourd’hui entre 3 et 5 ans, voire 7 ans pour certains projets.
15000 mégawatts de capacité déjà réservés pour les datacenters
«Aujourd’hui, nous avons réservé 15000 mégawatts de capacité sur le réseau électrique pour les datacenters, et à peu près le même montant pour des projets industriels, c’est colossal», a décrit Nathalie Lemaître. Selon la directrice générale du pôle Clients Systèmes Innovation chez RTE, ces 30000 mégawatts représentent «trois fois la consommation industrielle en France ou l’équivalent de la consommation de 30 millions d’habitants».
Continuer à répondre à toutes les demandes mènerait donc à une impasse selon RTE. «Ce ne serait pas raisonnable que RTE puisse garantir d’ici à 2030 et sans réserve l’accès à 30000 mégawatts de consommation supplémentaire, sachant que nous savons que des projets ne se feront pas», a dessiné Nathalie Lemaître.
RTE veut donc sortir de la logique du premier demandeur, premier servi, pour s’assurer de servir les projets les plus crédibles. «Nous nous demandons aujourd’hui quels projets doivent bénéficier du césar très recherché qu’est la garantie d’accès à la capacité électrique, a considéré Nathalie Lemaître. Est-ce les premiers projets qui nous ont historiquement demandé un raccordement, même si certains n’avancent pas ? Est-ce les premiers projets mis en service, auquel cas nous faisons peser un risque sur eux tant qu’ils ne sont pas mis en service ? Est-ce les premiers projets à avoir le permis de construire ? Pour essayer de trouver les meilleures solutions, nous venons de publier une consultation publique qui soulève la question d’une gestion plus dynamique de l’allocation des capacités, pour sortir de la règle premier demandeur, premier servi.»
Quels critères pour définir la maturité du projet?
Avec déjà une piste évoquée, avant même la clôture de cette consultation qui court jusqu’au 20 mars. La règle pourrait devenir celle du premier prêt, premier servi. C’est en tout cas l’idée qui est ressortie lors de l’atelier de travail sur le raccordement, organisé aux Rencontres des datacenters. Avec plusieurs idées de critères pour définir la maturité et la crédibilité du projet : sécurisation du foncier, obtention de garanties financières, commandes de premiers équipements. RTE et porteurs de projet sont en tout cas d’accord sur l’ambition : «Il faut trouver des solutions pragmatiques et ciblées pour que les projets réels aboutissent et que les non-réels sortent de la file d’attente», ont souligné les auteurs de la restitution.
D’autres initiatives ont déjà été prises pour réduire les délais de raccordement au réseau électrique. L’Etat et RTE ont identifié cinq sites capables d’accueillir une capacité de 700 MW dans un délai de trois à quatre ans, appelés «fast-track» : à Escaudain (Hauts-de-France), au Bosquel (Hauts-de-France), au Grand Port Maritime de Dunkerque (Hauts de France), à Fouju (Île-de-France) et à Montereau (Île-de-France). Trois ont déjà trouvé un porteur et deux sont en voie d’attribution, selon le bilan fait par Bercy vendredi 30 janvier. Au total, la puissance électrique recherchée par les datacenters atteint 28,6 gigawatts, dont 5,8 font déjà l’objet d’engagements de raccordement.


