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comment la jeune pousse tricolore Monomeris Chemicals veut imposer sa technologie de recyclage ionique des plastiques en mélange

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Lu il y a 8 minutes



Monomeris Chemicals a procédé à une levée de fonds de 3,2 millions d’euros fin 2025 pour accélérer le passage à l’échelle industrielle de son procédé de dépolymérisation des plastiques à base de sels fondus.

Assiste-t-on aux débuts d’une success story ? C’est en tous cas le souhait des fondateurs de la start-up, Monomeris Chemicals, qui veut rapidement entrer dans la cour des grands du recyclage avancé des plastiques.

« En ne facturant que des tests en laboratoire, nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 490 000 euros en 2025. Nous avons un objectif d’environ 8 millions en 2026 et de 25 millions l’année suivante. Nous pourrons ensuite compter sur les revenus récurrents de la vente de l’éthylène et autres gaz circulaires produit grâce à notre technologie de recyclage ionique aux pétrochimistes », assure son PDG, Olivier Camp.

Fondée en 2019 dans le Pas-de-Calais, Monomeris a en effet breveté une solution de recyclage ionique de tous les plastiques, même non triés, aboutissant à la production d’éthylène pouvant ensuite alimenter les sites pétrochimiques (lire encadré ci-dessous). Résultat : la production de plastiques recyclés que les transformateurs peuvent alors incorporer dans leurs produits, notamment pour répondre à leurs obligations réglementaires qui existent déjà en Europe dans l’emballage et qui seront prochainement mises en place dans l’automobile.

Monomeris Chemicals a procédé en décembre 2025 à une levée de fonds de 3,23 millions d’euros auprès de Keenest, un club d’investissement spécialisé dans la transition écologique. « Cela va nous permettre d’installer nos premières machines de recyclage chez plusieurs clients en 2026 et de réaliser des investissements complémentaires dans notre laboratoire », indique Olivier Camp.

Modèle économique

Au-delà de sa technologie innovante, l’entreprise se distingue également par le modèle économique qu’elle met méthodiquement en place. « Il ne faut pas se voiler la face. Notamment par manque d’alternatives, dans le médical par exemple, la production et la consommation de plastique vont continuer à croître. Le recyclage n’est pas une solution miracle pour réduire la pollution engendrée, mais constitue une réponse intéressante, surtout quand celui-ci s’effectue au plus près des gisements de déchets », considère le PDG. Se présentant sous forme de containers d’une capacité de production de 3000 ou 6000 tonnes annuelles, les machines conçues par Monomeris Chemicals sont destinées à être installées au sein d’unités de recyclage, dans des déchetteries ou encore des sites d’enfouissement. La jeune pousse ambitionne d’en implanter au minimum 15 d’ici à 2028, ce qui correspond à la sécurisation de 50 000 tonnes de production de gaz par an. Et ce sont des chiffres de 100 000 puis 400 000 tonnes qui sont visés respectivement pour 2030 et 2031…

Massification de la production

L’enjeu principal pour Monomeris réside dans la massification de la production afin de la revendre aux pétrochimistes. « Nous allons acheter aux détenteurs de nos machines le gaz produit de façon décentralisé pour ensuite le revendre en grandes quantités aux fabricants de matières plastiques. Nous sommes en train de signer un contrat avec un très grand groupe. Nous sommes d’ailleurs sollicités par toute la pétrochimie mondiale, la demande en gaz circulaire étant de plus en plus forte. L’éthylène circulaire représente aujourd’hui, en Europe, un marché d’un million de tonnes par an et devrait en atteindre trois ou quatre à l’horizon 2035. C’est encore un petit marché si on le compare à celui de l’éthylène classique qui atteint les 220 millions de tonnes, mais qui présente un fort potentiel de croissance ! », explique Olivier Camp.

Pour une production d’environ 15 000 tonnes, Monomeris prévoit la vente de trois ou quatre machines en 2026 : à Baudelet Environnement dans les Hauts-de-France, ainsi qu’à Nord Pal Plast. « Cette dernière entreprise est une filiale du groupe Dentis qui est un important recycleur de polyéthylène téréphtalate (PET) en Europe, ce qui pourrait nous fournir l’opportunité d’installer encore trois ou quatre machines de plus… Nous avons aussi des pistes pour des déchetteries autour de Toulouse et de Bézier ainsi qu’en Guyane et en Martinique », ajoute Olivier Camp qui promet à ses clients un retour sur investissement rapide de trois ans. Mais que faire du gaz circulaire produit en attendant 2028 et sa revente aux pétrochimistes ? « Nous proposons à nos clients de l’utiliser pour produire de l’énergie par cogénération », répond le PDG qui observe d’ailleurs que ce modèle transitoire pourrait s’avérer péréenne pour les sites isolés, notamment en Outre-mer.

La start-up est par ailleurs en discussion avec un industriel d’envergure pour un contrat portant sur une centaine de machines et avec la SNCF pour la livraison du gaz aux installations chimiques. Des perspectives plutôt positives pour l’entreprise qui compte aujourd’hui 22 personnes dans ses rangs et qui projette d’atteindre un effectif de 120 salariés en 2030…

L’horizon de Monomeris Chemicals ne s’arrête d’ailleurs pas aux frontières de l’Europe. L’entreprise a en effet noué un partenariat avec le groupe indien Tavasya qui va produire ses machines sous licence et les commercialiser à partir de 2027. « C’est le gouvernement indien qui nous a sollicité, précise Olivier Camp. Rien qu’à New Delhi, Tavasya table sur un potentiel de 400 machines… ».

Comment ça marche ?

Les machines de recyclage conçues par Monomeris Chemicals prennent la forme de containers, destinés à être installés à proximité des gisements de déchets. Deux modèles présentant des capacités respectives de production de 3000 ou 6000 tonnes annuelles et pouvant être montés en série sont disponibles. Elles font appel à un procédé breveté de dépolymérisation ionique utilisant des sels fondus pour transformer tous plastiques en mélange en gaz dits circulaires. La formulation en sels est spécifique à chaque mix de déchets plastique et est effectuée dans le laboratoire de l’entreprise dans le but d’extraire un maximum de valeur du mélange de gaz obtenu : éthylène, mais aussi propylène ou encore butadiène. Le procédé affiche un impact environnemental moindre que celui du recyclage chimique par pyrolyse, avec une consommation énergétique réduite de 65 % et l’absence de besoin d’eau ou de consommable grâce à un fonctionnement en circuit fermé. Une opération de maintenance est nécessaire une à deux fois par an. « Pour une tonne de plastique recyclée, ce sont deux tonnes d’émissions de CO2 évitées par rapport à la pyrolyse et quatre par rapport à l’incinération. Notre production n’a en outre pas besoin de passer dans un vapocraqueur, mais uniquement dans les colonnes de filtration des installations pétrochimiques afin de séparer les différents gaz », précise le PDG Olivier Camp, qui entrevoit en outre un « potentiel d’amélioration important »… La jeune pousse est ainsi en train de « designer » un modèle plus compacte, présentant moins l’apparence d’un container, monté sur roues et pouvant être installé en intérieur comme en extérieur. 



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