
Le ministre de l’Economie Roland Lescure a mis son veto à la vente des antennes de l’opérateur satellitaire européen Eutelsat au fonds d’investissement suédois EQT, évoquant des raisons de souveraineté. En juillet dernier, Emmanuel Macron avait qualifié l’opérateur de «trésor stratégique », seule alternative européenne à l’offre de Starlink.
La vente de la PME corrézienne LMB Aerospace, qui fabrique les ventilateurs pour le Rafale : c’est oui. Par contre, la vente des antennes satellitaires de l’opérateur Eutelsat : c’est non ! Roland Lescure, le ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et énergétique, a indiqué avoir mis son veto à la vente des infrastructures terrestres du réseau d’Eutelsat. «Je vous l’annonce aujourd’hui, j’ai décidé de ne pas autoriser Eutelsat, qui est une grande entreprise de satellites française, à vendre ses antennes au sol, qui permettent de communiquer avec les satellites», a-t-il assuré vendredi 30 janvier sur TF1.
Cette vente, engagée dès 2024, était suspendue au feu vert des autorités françaises. Le fonds d’investissement suédois EQT s’était porté acquéreur du segment terrestre d’Eutelsat, soit 70 téléports à travers le monde ainsi que 40 stations terrestres nécessaires au fonctionnement de sa constellation de satellites en orbite basse OneWeb (dont la localisation est gardée secrète). L’ensemble de ce réseau terrestre devait être réuni et piloté dans une société détenue à 80% par l’actionnaire suédois et 20% par Eutelsat. La société qui devait ensuite être chargée d’opérer ce réseau terrestre, avait alors été valorisée à près de 800 millions d’euros. De quoi apporter de l’argent frais à Eutelsat, alors en grandes difficultés financières.
Ce veto, qui a été notifié à Eutelsat en début de semaine, marque l’aboutissement de la procédure de la vérification des investissements étrangers en France (IEF). Son verdict est clair : Eutelsat est un actif trop stratégique, et le contrôle de bout en bout de son infrastructure est une condition indispensable au maintien de la défense et de la sécurité nationale.
Un contrat cadre entre Eutelsat et les armées françaises
Le ministère justifie sa réaction tardive par la longueur de la procédure, l’évolution en profondeur du contexte géopolitique ainsi que par les évolutions très rapides des usages dans les constellations basse-orbite.
Cette décision est loin d’être une surprise. L’opérateur Eutelsat est considéré comme un actif stratégique au plus haut niveau de l’Etat. Au salon du Bourget, Emmanuel Macron l’avait même qualifié «de trésor stratégique». Il avait alors justifié que l’Etat monte au capital de l’entreprise, en difficultés financières, tout en appelant les autres actionnaires étatiques à en faire de même.
L’Etat français est ainsi devenu son premier actionnaire, à hauteur de 29,65%, en participant à hauteur de 750 millions d’euros aux différentes augmentations de capital survenues en novembre et décembre 2025. «En devenant le premier actionnaire d’Eutelsat, nous réaffirmons notre volonté de consolider un acteur stratégique au cœur des infrastructures critiques de demain et de notre souveraineté», indiquait alors le ministre de l’Economie. L’an dernier, Eutelsat et les armées françaises ont ainsi signé un accord cadre pour la fourniture de services de communications sécurisées.
De fait, l’opérateur satellitaire est la seule société européenne à proposer une alternative crédible à Starlink, la constellation de satellites de télécommunications en orbite basse de SpaceX. Celle-ci avait montré son caractère critique et stratégique quelques mois après l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe. Grâce aux satellites américains, les forces ukrainiennes ont pu communiquer sur tout leur territoire alors que le reste des communications avaient été coupées. Cet épisode avait mis en lumière une réelle dépendance à l’entreprise privée d’Elon Musk.
En rachetant la constellation Oneweb de satellites en orbite basse en 2023, Eutelsat s’est érigé comme le seul concurrent européen à Starlink. Par ailleurs Eutelsat se positionne comme l’opérateur central de la future constellation Iris2, qui va fournir des services de télécommunications aux états européens. D’un montant de plus de 10 milliards d’euros, cette constellation, financée en partie par la commission européenne et les fabricants européens de satellites, se présente comme l’un des programmes phares de la souveraineté spatiale de l’Europe.
En mettant son veto à l’opération de cession, le gouvernement français s’est assuré qu’Eutelsat aura toujours la pleine maîtrise de bout en bout de son service, aussi bien dans l’espace avec sa flotte de satellites qu’au sol, en restant propriétaire de ses propres stations terrestres.


