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Comment Bruxelles veut empêcher Google de devenir le maître absolu de l’IA générative

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Lu il y a 7 minutes



En donnant six mois à Google pour ouvrir Android aux services d’IA concurrents et partager les données de son moteur de recherche, Bruxelles franchit un cap. Elle ne se contente plus de sanctionner des abus passés mais cherche à encadrer concrètement la façon dont Google construit sa domination sur le marché.

Le compte à rebours est lancé pour Google. Dans le cadre des obligations du Digital Markets Act (DMA), une réglementation européenne sur les marchés numériques, la Commission européenne enjoint la firme de Mountain View d’ouvrir son système d’exploitation Android aux services d’IA concurrents à Gemini et de partager une partie des données de Google Search avec ses compétiteurs. Elle a six mois pour se mettre en conformité.

L’IA, quatrième pilier de Google

Historiquement, Google a bâti sa domination sur deux grands piliers : les services en ligne (Recherche sur Internet, Gmail, YouTube, etc.) et l’écosystème mobile avec Android. S’y est rajouté un troisième cette dernière décennie : le cloud d’infrastructure. L’intelligence artificielle générative vient désormais s’ajouter comme une quatrième couche stratégique.

En l’espèce, il s’agit de Gémeauxla famille de modèles développés par Google et l’application éponyme qui permet d’interagir avec eux. Sur ce plan, la stratégie de Google est claire : en faire une interface universelle capable d’interagir avec tous ses outils, du moteur de recherche au cloud, et dans tous les formats d’information.

Tous les grands acteurs du marché cherchent à mettre en place un tel paradigme, y compris Microsoft, mais Google est le plus avancé sur la question. Il vient d’annoncer l’intégration de Gemini dans Chrome et on ne peut qu’être impressionné.

Cependant, pour Bruxelles, cette situation est risquée. En effet, si les trois éléments – accès à l’information, accès aux terminaux et IA générative – sont totalement intégrés, Google peut verrouiller l’économie en devenant le point de contact unique des utilisateurs avec l’économie numérique.

Android, la porte d’entrée stratégique de l’IA générative

La Commission agit sur deux points. Le premier est Android. Elle veut s’assurer que les services concurrents de Gemini, comme ChatGPT, Claude ou Meta AI, bénéficient exactement des mêmes possibilités techniques que ceux de Google.

En effet, à défaut, un assistant concurrent, même excellent sur le plan algorithmique, resterait désavantagé s’il n’a pas accès aux mêmes fonctions du téléphone, aux mêmes capacités d’intégration dans le système d’exploitation ou aux mêmes niveaux de performances.

Concrètement, cela pourrait permettre à des acteurs concurrents (Meta, Mistral, OpenAI, Anthropic…) de proposer des assistants aussi profondément intégrés que Gemini sur les smartphones Android.

Ouvrir les données de Search

Le second point concerne les données de Google Search. Ce sont elles qui permettent d’améliorer les recherches et d’optimiser la pertinence des réponses des systèmes d’IA, mais de comprendre les comportements des utilisateurs.

Face à cette situation, l’exécutif européen demande à l’entreprise de partager une partie de ces données. Il s’agit des requêtes tapées par les utilisateurs, la façon dont les résultats sont classés, les liens sur lesquels les internautes cliquent, ce qu’ils consultent ou ignorent et la visibilité réelle des contenus… Ces informations doivent être transmises sous une forme anonymisée, sans aucune donnée personnelle, et à des conditions équitables, raisonnables et non discriminatoires.

Selon la Commission, l’objectif est de pouvoir offrir “aux utilisateurs de véritables alternatives à Google Search”. Dans les trois mois à venir, elle communiquera à Google ses conclusions préliminaires.

Des habitudes difficiles à bousculer

En pratique, il est très probable que Google conserve une position largement dominante. En effet, l’ancrage des usages joue évidemment en faveur du leader installé. Comme pour le moteur de recherche ou le navigateur web, la plupart des utilisateurs resteront sur les services qu’ils connaissent, parce qu’ils sont intégrés, simples et devenus des réflexes du quotidien.

Cette nouvelle pression réglementaire s’inscrit dans un contexte plus large. La Commission européenne a ouvert une enquête en décembre dernier sur la façon dont Google utilise les contenus en ligne pour entraîner ses modèles d’IA. L’objectif est de déterminer si l’entreprise exploite des contenus d’éditeurs sans compensation ou dans des conditions qui faussent la concurrence.

Au niveau national, le mouvement est le même. En France, l’Autorité de la concurrence a lancé une consultation publiqueouverte jusqu’au 6 mars 2026, sur les agents conversationnels. Elle cherche à comprendre comment ces nouveaux intermédiaires modifient l’accès à l’information, la concurrence entre plateformes et la visibilité des contenus.

Car si Google est spécifiquement visé ici, possiblement car il innove mieux que les autres en ce moment, cette logique concerne tous les gatekeepers. Pour Apple, elle se pose aussi sur l’IA générative, avec l’intégration d’Apple Intelligence au cœur d’iOS (qui utilisera désormais… Gemini). Pour Microsoft, elle est plus large : le groupe combine déjà Windows, Azure, Office 365, LinkedIn, Bing et désormais Copilot. Bruxelles a d’ailleurs commencé à intervenir, ce qui a obligé Microsoft à accepter de proposer Office 365 sans Teams une Europe.

Mise à jour à 17h27 : Sollicité par nos soins, Google nous a fait parvenir ce commentaire : “Android est un système ouvert par nature, et nous partageons déjà les données relatives aux recherches avec nos concurrents sous licence, conformément au Règlement sur les marchés numériques (DMA). Cependant, nous craignons que des règles supplémentaires — souvent dictées par les griefs de la concurrence plutôt que par l’intérêt des consommateurs — ne compromettent la confidentialité, la sécurité et l’innovation pour nos utilisateurs”, signé Clare Kelly, Senior Competition Counsel, EMEA.



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