Grâce à l’installation d’une première ligne de production dans ses locaux bordelais, la société innovante Kapsera est en mesure d’encapsuler à façon des actifs de clients à une échelle industrielle de 30 tonnes par an. Objectif : protéger des substances fragiles de la température, le pH, l’humidité ou les UV, pour des applications en alimentation humaine, animale et en protection des cultures.
Plus de 80 personnes ont répondu présentes à l’invitation d’Antoine Drevelle, co-fondateur de la start-up Kapsera, ainsi qu’à celle de ses 26 kapsonautes, le 23 janvier dernier, au pied du Pont d’Aquitaine, en périphérie de Bordeaux. Au programme, l’inauguration de la première ligne de production de la jeune entreprise, en présence d’Alain Rousset, le président de la région Nouvelle Aquitaine, qui complète des installations de R&D jusque-là dédiées à la production de petits lots d’actifs encapsulés, son domaine d’expertise.
Créée il y a huit ans, dans les locaux de l’ESPCI à Paris, plus précisément au sein de l’incubateur PC’up, dans le 5e arrondissement, Kapsera développe en effet une technologie d’encapsulation plus respectueuse de l’environnement. Pour ce faire, elle conçoit des coques à base d’alginates, offrant une protection contre des éléments tels que la température, le pH, l’humidité ou les UV, pour des applications en alimentation humaine, animale et en protection des cultures. Cette technologie est qualifiée de « flexible, durable et robuste », selon le dirigeant.
Après un déménagement de Paris à Bordeaux en 2022, dans des locaux de 1000 m2 pour entamer son déploiement, l’entreprise a commencé par installer trois laboratoires indépendants – procédés, formulations et microbiologie. Aujourd’hui, elle franchit un nouveau cap en évoluant du statut de start-up technologique de R&D vers celui de société de production de solutions microencapsulées personnalisées pour aux besoins spécifiques de ses clients. Sa première unité, objet de l’inauguration, a été conçue pour produire initialement jusqu’à 30 t/an de capsules par an, dont les tailles varient de 100 microns à 2 mm. Grâce à une conception totalement modulaire, inspirée de Lego, cette unité pourra à l’avenir accueillir trois conteneurs supplémentaires pour pousser la production, dans ces mêmes locaux, jusqu’à 300 t/an de capsules.
Une technologie basée sur la microfluidique
« L’encapsulation est actuellement à la mode », explique Antoine Drevelle, mais Kapsera tient à garder une longueur d’avance en continuant d’investir dans le développement de sa technologie. Basée sur le principe de la microfluidique, elle consiste à coextruder deux liquides, l’un constitué de l’actif du client à protéger et l’autre d’une solution d’alginate de sodium – qui formera la coque -, à l’aide d’un injecteur. Ce procédé génère un jet stable vertical qui, sur son trajet, va se transformer en microgouttelettes chargées d’actifs enrobés d’alginates. Recueillies dans un grand bac ouvert contenant du chlorure de calcium, ces microgouttelettes voient leurs coques se figer pour donner naissance à des capsules prêtes à utilisation. Dans cette étape, la clé du succès repose sur le design des injecteurs pour une maîtrise parfaite de la stabilité des jets. « Dans notre laboratoire de R&D procédés, on cherche en permanence à améliorer les injecteurs. Nous en sommes déjà à la sixième génération », précise le dirigeant. L’entreprise s’est notamment équipée d’imprimantes 3D pour tester des prototypes d’injecteurs en matière plastique qui, une fois optimisés, sont fabriqués en Inox.
Vos indices

Dans l’unité industrielle de 30 t/an, soixante injecteurs ont été installés côte à côte, sous une hotte à atmosphère contrôlée où circule un flux laminaire d’air propre. En amont, deux cuves contenant l’actif et l’alginate vont alimenter les injecteurs grâce à deux pompes de précision. En aval, les coques sont toujours récoltées dans de larges plateaux en inox avant de passer par une étape de tamisage. « La prochaine étape consistera au développement de têtes multi-injecteurs et l’automatisation de nos installations », projette Antoine Drevelle.
La mise au point de formulations sur mesure
En parallèle de ce savoir-faire technologique autour des injecteurs, l’entreprise se consacre toujours à la mise au point de nouvelles formulations d’alginates, afin d’assurer une protection sur mesure, correspondant aux besoins spécifiques de chaque client. « L’équipe de Kapsera ajuste les microcapsules selon trois paramètres indépendants : la taille des microcapsules, l’épaisseur de la coque et sa fonctionnalisation à l’aide d’ingrédients complémentaires », explique le dirigeant. À terme, l’objectif est de collecter des données pour entraîner une IA capable de prédire les meilleures formulations et conditions opératoires pour un actif et une application donnée. Et pour aller plus loin, Kapsera n’hésite pas à nouer des liens avec des partenariats locaux. Parmi eux, la société Innovia, filiale d’Adisseo installée à La Rochelle, avec laquelle ils évaluent un nouveau procédé de séchage, ainsi que l’université de Bordeaux ou la société OceanKiss spécialisée dans le poisson vegan.
Pour financer ses projets, dont l’unité de production qui a coûté 500 000 euros, la société s’appuie toujours sur une levée de fonds de 4,2 millions d’euros réalisée l’an dernier, auprès de nouveaux investisseurs tels que The Yield Lab, et la Banque des Territoires et ses historiques, dont Demeter, Région Nouvelle-Aquitaine et Bpifrance.
Cap sur le développement commercial
Fort de cette unité industrielle, Kapsera souhaite désormais intensifier son développement commercial en recrutant trois nouveaux collaborateurs pour faire fonctionner l’usine à pleine capacité. En invitant de nombreux clients et prospects à cette inauguration, Kapsera espérait notamment la signature de nouveaux contrats pour continuer à croître. L’entreprise pourra toujours compter sur un soutien solide : celui de la région Nouvelle-Aquitaine. « Nous continuerons à vous accompagner dans votre croissance », a assuré Alain Rousset. « La réindustrialisation est un mantra incontournable », a-t-il ajouté, se félicitant de cette nouvelle initiative qui diversifie encore un peu plus le potentiel industriel de la région.


