
Nouvelle étape décisive pour Sensorion. En attirant Sanofi à son capital, la biotech va pouvoir franchir un cap important dans le développement de ses deux thérapies géniques, destinées au traitement de formes rares de surdité dès l’enfance.
« Il s’agit d’une étape importante pour la croissance de la société et pour les patients souffrant de divers troubles auditifs », se réjouit Nawal Ouzren, directrice générale de Sensorion. La dirigeante a de quoi avoir le sourire. Sensorion, biotech montpelliéraine spécialisée dans les pathologies auditives, vient de lever 60 millions d’euros, par émission d’actions nouvelles.
Un tour de table auquel a largement contribué le premier laboratoire français, Sanofi. Le groupe a ainsi injecté 20 millions d’euros dans la biotech, dont il détient désormais 14 % du capital. « Nous sommes très contents de l’entrée au capital de Sanofi car il s’agit surtout d’une validation de nos progrès en thérapie génique », souligne Nawal Ouzren.
Un engagement qui donne au laboratoire un droit d’information sur l’avancement des programmes de la biotech. « Nous allons faire des points tous les trimestres avec Sanofi pour leur exposer notre progression en R&D, et profiter de leur expérience en tant que Big Pharma », ajoute-t-elle. En revanche, la prise de participation du laboratoire ne lui donne pas de droits sur les produits développés par Sensorion, ni de siège au conseil d’administration de la biotech.
Grâce à cet apport de liquidités, Sensorion dispose désormais d’un horizon de trésorerie jusqu’à la fin du premier semestre 2027. Une aide financière que la biotech prévoit avant tout d’utiliser pour faire progresser ses deux principaux programmes en développement, SENS-501 et SENS-601.
Sensorion veut cibler sur les maladies rares de l’oreille
En juillet dernier, Sensorion annonçait des résultats préliminaires de phase I/II encourageants pour sa thérapie génique la plus avancée, SENS-501. Un traitement indiqué contre la surdité congénitale, une maladie rare – impactant environ 1 enfant sur 1 000 dans les pays développés – liée à un déficit d’otoferline, une protéine essentielle dans la transmission des signaux auditifs.
« Notre programme permet d’introduire la bonne version du gène directement dans les cellules ciliées de l’oreille interne dans l’espoir que les nourrissons parviennent à exprimer de nouveau la protéine pour retrouver leur capacité auditive », expliquait alors Nawal Ouzren.
Évalué auprès de cinq patients, âgés de 6 mois à 31 mois, SENS-501 avait entrainé des signes d’amélioration de l’audition chez un patient âgé de moins d’un an, après trois mois seulement de traitement. « Nous voudrions désormais confirmer ces résultats en avançant le produit jusqu’en phase III », nous confie aujourd’hui la dirigeante.
Un deuxième traitement à la cible encore plus large
Si ce produit avait déjà retenu l’attention de Sanofi grâce à ses résultats prometteurs, le second traitement développé par Sensorion semble être encore plus porteur. « Le SENS-601 s’adresse à un groupe de patients 10 fois plus important que le SENS-501 », note Nawal Ouzren. Cette thérapie génique cible ainsi la perte auditive associée aux mutations du gène GJB2, première cause de surdité génétique à la naissance.
« Grâce à ces fonds, nous aimerions financer l’entrée en clinique de ce deuxième programme, en lançant les essais cliniques de phase I au premier trimestre 2026 en Europe, et au deuxième semestre aux États-Unis », a-t-elle précisé.
Si Sensorion veut prioriser le développement du SENS-601 pour cette indication pédiatrique, le médicament pourrait également avoir une autre application d’intérêt, en permettant d’adresser les formes précoces de presbyacousie (ou surdité liée à l’âge) sévère chez l’adulte. Autant de pistes prometteuses que surveillera Sanofi.


