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Loto, Euromillions, Parions Sport… Comment la Française des Jeux traite 8 milliards de transactions numériques chaque année

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Lu il y a 12 minutes


Le data center de FDJ United, à Vitrolles, traite les transactions numériques de 33 millions de joueurs. Un site à la gestion intégralement verticalisée, qui stocke toutes les données de jeu depuis la création du Loto en 1976. L’Usine Digitale s’est rendue dans ce lieu hors du commun, conçu pour parer différents risques de sécurité.

Un temps maussade recouvre Vitrolles ce 22 janvier, à quelques encablures de l’aéroport de Marseille-Provence. C’est ici que se loge, sur plus d’un hectare, le hub informatique de la Française des jeux (FDJ puis FDJ United depuis mars 2025). Un site ouvert en 1976, date de création du Loto, dans lequel travaillent 500 salariés et environ 200 prestataires.

8 milliards de transactions par an

“En 1976, il n’y avait rien d’informatiqueexplique en préambule Roland Marzo, directeur technique de FDJ United. Une prise de jeu de loto, ce n’était rien d’autre qu’un enregistrement sur une carte perforée en carton.” Chaque prise de jeu était alors microfilmée, avant que les enregistrements ne soient doublés puis échangés avec le site – désormais fermé – de Moussy-le-Vieux, près de l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle, et que le(s) vainqueur(s) ne soient désignés.

À partir des années 1990, le site s’est profondément transformé afin de devenir le “technopôle” de la Française des Jeux. Il héberge ainsi un data center composé de deux salles informatiques en répartition de charge, permettant de traiter 8 milliards de transactions chaque année. Il peut s’agir aussi bien de jeux de tirage (Loto, EuroMillions, Keno) que de grattage et de paris sportifs (ParionsSport Point de vente et En ligne). Inauguré dans sa configuration actuelle en 2011 et modernisé l’année dernière, le data center a bénéficié de 250 millions d’euros d’investissements depuis 2018.

En dehors du centre de données, le campus abrite un centre d’appel et de support pour les 29 000 commerçants partenaires de l’Hexagone, des DROM-COM et de Monaco. “Nous déployons au total 100 000 équipementsfait remarquer Roland Marzo. Il y a des afficheurs et des reçu-checker, permettant de vérifier vous-même si vous avez un ticket gagnant. Tous les équipements sont connectés ici.” Il comprend également des services de collecte pour le compte de la Direction générale des finances publiques (DGFiP). Le groupe, qui a réalisé 3,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, a contribué à hauteur de 4,7 milliards d’euros aux finances publiques cette même année.

Vers un transfert d’une partie des flux à Marseille

Le data center en lui-même comprend la plupart des 17 000 serveurs du groupe, offrant 2 pétaoctets de stockage. Situé à seulement trois kilomètres de l’aéroport, il a été pensé by design pour faire face au risque d’accident aérien, avec deux salles identiques et redondantes, semi-enterrées et espacées de 200 mètres. Une conception permettant d’écarter un risque sur l’une des salles, mais pas sur l’ensemble du site.

La salle des serveurs du data center FDJ United.YB
La salle des serveurs du data center FDJ United.

Pour garantir une disponibilité en toutes circonstances, FDJ United a donc ouvert une troisième salle en colocation dans un data center de l’américain Digital Realtysur le port autonome de Marseille. “Là où nous faisions du site de Marseille un site de secours, nous allons passer actif-actifconfie le directeur technique de l’entreprise. Au quotidien, il prendra une quote-part de 30% de l’ensemble des prises de jeu, des transactions. C’est un vase communicant. Nous avons cette capacité de reprendre la totalité en cas de problème.” L’idée est d’éliminer le délai de bascule avec la salle de secours passive de la FDJ, de l’ordre de deux à trois semaines en cas de matériel entièrement disponible.

Un tableau de bord composé de méta-graphes pour superviser le SI

À Vitrolles, chaque salle comprend un espace de supervision dédié à la coordination des opérations informatiques, faisant office de salle de crise le cas échéant. Sept équipes de trois salariés se relaient ainsi à toute heure du jour et de la nuit pour monitorer le système d’information de FDJ United. Sur un côté se trouve le mur de supervision, composé de dizaines d’écrans affichant des graphiques. “Nous avons à notre disposition 3,4 millions de graphespréshe Roland Marzo. Il est inimaginable pour un opérateur humain de regarder tous ces graphes. Nous rajoutons donc des méta-graphes pour avoir une santé du système d’information.”

Cet immense tableau de bord (cf. photo en Une) permet par exemple de visualiser le nombre de commerçants partenaires connectés sur le site (plus de 28 000 sur les 29 000 le jour de la visite). Un autre indicateur fait état du nombre de transactions et de prises de jeu par seconde : 241 en l’espèce. “Notre rôle, c’est de faire en sorte que les systèmes soient disponibles pour absorber la charge d’un trafic de type vendredi 13, ou de paris sportifs d’une finale France-Argentine en Coupe du monde”résume Roland Marzo. Le record, de 1050 transactions à la seconde, pourrait bien être dépassé sans encombre : FDJ United mène des tests à 1800 opérations. Et peut-être en 2026, avec trois vendredi 13 (février, mars, novembre) et la Coupe du monde de football du 11 juin au 19 juillet.

Une troisième métrique dénombre les personnes connectées sur la plateforme fdj.fr. “Le record à date est à 350 000 utilisateurs simultanésabonde le directeur technique. Mon objectif est, en deux étapes, de permettre au système d’absorber 500 000, puis 1 million de connexions simultanées.” FDJ United dispose pour ce faire d’une “cellule de performance”, qui va réaliser trois tests différents lors de changements (3 000 par an) ou de modifications de jeux.

La température du data center a augmenté de 8 degrés en dix ans

De l’autre côté de l’espace de supervision se trouve la salle informatique à proprement parler. Pour éviter tout risque d’inondation, les dalles sont situées à près d’un mètre au-dessus du sol. “Nous rangeons tout le système serveur/baies de stockage dans des allées confinées par des capots refroidis spécifiquement, ce qui crée un volume plus petit que si nous avions à refroidir la totalité de la salle”poursuit Roland Marzo. Il s’agit d’un système classique de refroidissement d’eau en circuit fermé.

Afin de réduire la consommation énergétique, et compte tenu d’une meilleure résistance des équipements actuels, la température du data center a été progressivement revue à la hausse. Fixée à 16 degrés il y a dix ans, elle est aujourd’hui à 24 degrés et devrait être portée à 26 degrés d’ici à la fin de l’année. “En hiver, nous chauffons nos locaux avec l’énergie récupérée par la chaleur émise par les serveurs du data center dans les deux salles”précise le directeur technique.

Un site particulièrement vulnérable aux incendies

L’incendie fait partie des plus grands risques auxquels sont exposés les data center. FDJ United a alors équipé ses salles d’une multitude de capteurs, capables de détecter avec précision les microparticules de carbone. Plusieurs bonbonnes d’argonite (mélange d’argon et d’azote), capables d’éteindre le feu par étouffement, sont stockées dans un couloir derrière la salle des serveurs. En cas de départ de feu, les salariés ont quinze secondes pour sortir.

La zone où est implantée le data center de la FDJ est particulièrement vulnérable aux incendies extérieurs : en 2016, 3 000 hectares étaient partis en fumée, mais le site avait été épargné. Des flammes de 47 mètres de haut s’étaient toutefois élevées du haut d’une butte tout près du hub informatique, avec une température de 1100 degrés. Suite à la fragilisation de l’environnement, des filets anti-sous-marins fournis par la Marine nationale ont été installés autour du site.

Les batteries, mobilisables en cas de pannne électrique, permettent d'alimenter le data center en attendant la prise de relais par les générateurs diesel.YB
Les batteries, mobilisables en cas de pannne électrique, permettent d’alimenter le data center en attendant la prise de relais par les générateurs diesel.

Chaque salle informatique comprend deux postes électriques, qui permettent de diminuer le voltage (environ 400 volts) et de réguler l’électricité pour éviter les variations de tension. En cas de panne, il existe un délai de 15 secondes pour que deux générateurs diesel de 1000 chevaux chacun, se mettent en route. Plusieurs étagères de batteries au plomb ont alors été installées pour faire l’intermédiaire. “Nous pouvons tenir plus de 20 minutes uniquement sur ces batteriespréshe Roland Marzo. C’est très peu, mais largement suffisant pour faire la bascule avec le système de générateur.”

Le gestionnaire d’aléas, la sauce secrète de FDJ United

Les groupes électrogènes permettent de tenir 17 jours en autonomie, sans réapprovisionnement en énergie fossile. Ils sont démarrés au moins une fois par mois. À noter qu’en cas de coupure de courant généralisée à l’échelle du territoire, FDJ United pourrait être prioritaire pour la livraison d’énergie, au même titre que les hôpitaux et forces armées.

Roland Marzo, directeur technique de FDJ United, dans la salle des générateurs du data center du groupe à Vitrolles.YB
Roland Marzo, directeur technique de FDJ United, dans la salle des générateurs du data center du groupe à Vitrolles.

Au sein du data center, deux pièces sont encore plus sécurisées que les autres, nécessitant des droits d’accès spécifiques. La première contient les arrivées d’opérateurs en fibre optique. La seconde contient un objet unique appelé “gestionnaire d’aléas” (GDA). Plus concrètement, il s’agit d’un système générant les résultats des jeux numériques (excluant ainsi le Loto, par exemple). “Ceci garantit un aléa qui n’a rien à voir avec le tirage au sort dans n’importe quel outil disponible sur ordinateur”note Roland March.

Conçu à partir de matériel militaire, cet outil très sécurisé se verrouille, se chiffre et disjoncte au moindre toucher. Logiquement avare de détails sur la méthode utilisée, FDJ United prévient : “Nous modifions les règles d’aléas toutes les 15 minutes. Si bien que quiconque aurait réussi, par tout un tas d’enchaînements à pénétrer le système, il aurait au grand maximum 15 minutes pour réussir son exploit.”



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