En 2025, les douze usines automobiles hexagonales ont fabriqué près d’1,5 million d’unités (+106000 sur un an). L’Usine Nouvelle revient sur les performances industrielles de Stellantis, Renault, Toyota et Ineos, site par site.
Sans s’envoler, la production automobile française a retrouvé des couleurs en 2025 après un précédent millésime en baisse de 10%. Si les volumes restent loin des moyennes pré-pandémiques, 1 476 672 véhicules (voitures particulières et camionnettes dont le poids est inférieur à 3,1 tonnes) ont été fabriqués dans les douze usines terminales que compte l’Hexagone, selon les chiffres collectés par L’Usine Nouvelle.
Florent Robert Toyota, Renault, Stellantis… tous les constructeurs affichent des volumes en progression sur douze mois… à une exception près.
Dans le Nord, l’usine Toyota à Onnaing se porte comme un charme. La première usine française en volume fête ses 25 ans et a, une nouvelle fois, battu son record de production : 283 465 voitures, dont une majorité du petit SUV Yaris Cross (206 679 unités) qui a ces dernières années volé la vedette à la Yaris (70 886 exemplaires).
Chez Renault, plus de R5 et moins d’utilitaires
Le gros des volumes reste toutefois aux mains des deux grands constructeurs historiques : Renault et Stellantis (Peugeot, Citroën, DS, Opel, Fiat…). Tous deux affichent des volumes globaux en hausse. Renault repasse même la barre des 500000 unités, une première depuis 2020. Cela peut surprendre de prime abord : sa production hexagonale est largement dépendante de la fabrication de véhicules utilitaires. Or, les ventes du segment ont lourdement chuté en 2025, entre attentisme des entreprises et nécessité pour les constructeurs de verdir leur flotte – la motorisation ultra-majoritaire des vans reste le diesel. En France, la baisse des immatriculations est de 5,6%, à 360504 unités. Au niveau européen, les données des trois premiers trimestres dressent un tableau plus sombre : 1074007 immatriculations, soit une chute de 8,2%.
Pire encore pour Renault, la marque a largement sous-performé ce marché en décroissance, avec des volumes commerciaux mondiaux en baisse de 16,5%. Mécaniquement, il y a une incidence sur l’activité des sites industriels – même si cette dégringolade des ventes n’est pas uniquement liée à l’environnement de marché. A Batilly (Meurthe-et-Moselle), le début de vie de la quatrième génération du Master a été plus poussive que prévue, avec des variantes stratégiques pour les ventes (comme le châssis double cabine) qui ont tardé à être industrialisées. La Sovab (Société de Véhicules Automobiles de Batilly) n’a ainsi produit que 103 800 véhicules (-18,27%), contrainte de mettre fin au contrat de 704 intérimaires en début d’année avant de relancer un peu la machine à la fin du mois de septembre.
Même cas de figure à Sandouville (Seine-Maritime) : l’usine s’est séparée de 350 intérimaires faute d’un rythme de production suffisant. Son bilan : 114113 exemplaires du Trafic, en baisse de 16,8%. L’activité a été particulièrement faible au mois d’août, mais pour une bonne raison : 300 millions d’euros ont été investis pour moderniser le site. Les travaux ont permis de préparer un atelier de batteries et d’ajuster la hauteur des balancelles (auxquelles sont suspendus les véhicules) sur la ligne de montage, en prévision de l’arrivée en fin d’année 2026 d’un nouveau produit : le FlexEVAn, le premier véhicule défini par le logiciel (SDV), uniquement électrique, du groupe Renault, qui a pris un peu de retard. En attendant son industrialisation en fin d’année 2026, le premier prototype est déjà passé sur la chaîne d’assemblage.
Renault Maubeuge rêve d’un modèle Ford
Dans le Nord, l’usine de Maubeuge s’en sort mieux grâce à un nouveau venu qui s’ajoute au Kangoo et au Nissan Townstar : Renault R4. Le modèle doit encore confirmer son succès commercial, mais il a déjà permis à l’usine d’augmenter sa production de 14,5%, à 144504 unités. C’est légèrement moins qu’espéré par la direction (160000), qui espère toutefois atteindre les 169000 véhicules produits en 2026. Sur place, les salariés s’interrogent pas ailleurs sur la suite des évènements : obtiendront-ils de fabriquer l’un des deux véhicules dont Ford va confier à Renault l’industrialisation dans ses usines nordistes ?
A 60 kilomètres de là, sur le site industriel de Douai, les lignes sont quasi-pleines : on y assemble R5, Scenic, Megane, Alpine A290, Nissan Micra et Mitsubishi Eclipse Cross. Encore à l’agonie en 2021 avec 24000 unités produites, l’usine est désormais le plus important site français du groupe avec 156300 exemplaires assemblés, une hausse de 73,8% par rapport à 2024. Son succès est principalement dû à la petite R5, qui a déjà passé le cap des 100000 unités. Grâce au lancement d’une demi-équipe de nuit mi-octobre, l’usine devrait connaître une année 2026 encore meilleure.
Reste le Petit Poucet du groupe : la manufacture Alpine de Dieppe (Seine-Maritime). Dédié depuis de longues années à la production d’un unique modèle sportif, l’A110, le plus petit site du système industriel de Renault a fabriqué 3090 unités. Il s’apprête à changer de dimension en 2026, avec la montée en cadence de l’imposant SUV A390. 9000 unités devraient sortir des lignes, auxquelles doivent s’ajouter 1490 berlinettes A110, qui tirera sa révérence en juin. Le modèle a eu une longue vie : lancé en 2017, il a connu un large succès et le constructeur l’a maintenu en vie le plus longtemps possible, en ayant recours à des petites séries limitées.
A Sochaux, les Peugeot 3008 et 5008 tirent la production de Stellantis
Du côté de chez Stellantis, la production est elle aussi en hausse : 661 900 unités. C’est l’usine de Sochaux (Doubs) qui tire le gros des volumes, malgré quelques arrêts de production en raison de ruptures d’approvisionnement. Grâce à la première année pleine de ses SUV Peugeot 3008 et 5008, 229800 exemplaires sont sortis de sa ligne de montage, une hausse de 51,18%. Mais une minorité de ceux-ci ont trouvé preneur en motorisation électrique (23000 unités). L’autre usine-moteur de Stellantis se trouve dans le Nord, à Hordain : à l’inverse des usines utilitaires de Renault, le site a fonctionné à plein régime, avec 150000 unités (+37,8%), profitant du rapatriement de certains volumes depuis l’usine britannique de Luton, qui a fermé ses portes.
Les usines de Rennes (64700 unités du Citroën C5 AirCross, -1,9%) et de Poissy (89500 Opel Mokka et DS3, +1,7%) ont globalement maintenu leurs volumes. Concernant le site des Yvelines, en sursis depuis plusieurs années et dont les volumes devraient décliner en 2026 à 67000 unités, Stellantis n’a pas décidé de lui affecter des modèles après 2028, mais travaille à diversifier ses activités sur place. Il va investir 20 millions d’euros pour moderniser son atelier d’emboutissage et ouvrir un centre de démontage de véhicules hors d’usage.
Poissy se reconvertit, Mulhouse s’inquiète
En ce début d’année 2026, l’avenir du site de Mulhouse inquiète toutefois les partenaires sociaux. Egalement touchée par des arrêts temporaires de production en fin d’année en raison des craintes de sur-stock de l’entreprise, l’usine a enregistré des volumes de production en déclin en 2025 (127700 unités, -14,87%). L’usine produit des véhicules vieillisants et va considérablement réduire la voilure en 2026. Depuis le 19 janvier, le site fonctionne avec une équipe scindée en deux demi-équipes, pour une production horaire réduite à 33 véhicules par équipe, contre 60 véhicules par heure auparavant. Selon les dernières prévisions internes à l’entreprise, l’usine ne devrait fabriquer que 95000 voitures en 2026.
N’oublions pas Ineos, qui a pris le relais de Smart à Hambach (Moselle). Le fabricant britannique du 4×4 Grenadier ne rencontre pas le succès espéré avec son produit. Selon nos informations, non confirmées par l’entreprise qui n’a pas répondu à nos sollicitations, environ 9500 véhicules ont été produits sur le site en 2025. C’est 24% de moins qu’un an plus tôt. Une stabilité de la production était pourtant attendue par la direction par rapport à 2024, année marquée par une longue période de production en dents de scie en raison d’une rupture d’approvisionnement de sièges.
Infographie Florent Robert pour L’Usine Nouvelle 

