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Êtes-vous paré pour résister à une crise technologique ? Faites le test de votre résilience

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Lu il y a 10 minutes



Annoncé en 2025, l’Indice de résilience numérique entre dans sa phase opérationnelle. Sur le même modèle que le label environnemental B Corp, il promet de mesurer concrètement la capacité des organisations à maîtriser leurs dépendances numériques critiques. L’Usine Digitale a pu échanger avec les porteurs de ce projet ambitieux.

C’est à Bercy, le 26 janvier 2026, que l’Indice de résilience numérique – ou IRN – a été officiellement lancé, sous l’égide du ministère de l’Economie et des Finances et le ministère de l’Intelligence artificielle et du Numérique.

Piloter les dépendances numériques critiques

L’initiative marque une nouvelle étape dans la volonté de doter les entreprises et les administrations d’un outil opérationnel pour comprendre, mesurer et piloter leurs dépendances numériques critiques.

L’Indice de résilience numérique est porté par l’association à but non lucratif Digital Resilience Initiative, qui évoluera vers un statut d’association internationale sans but lucratif (AISBL) afin d’accompagner son déploiement européen et international. Sa présidence d’honneur est assurée par Olivier Sichel, actuel directeur général de la Caisse des Dépôts, le bras financier de l’Etat.

Une initiative publique-privée

Le projet repose sur un trio de cofondateurs : David Djaïz, CEO d’Ascend Partners, cabinet de conseil spécialisé dans la transformation numérique, Yann Lechelle, ancien CEO de Scaleway et à la tête de Probabl, spin-off d’Inria, ainsi que Arno Pons, délégué général du think tank Digital New Deal spécialisé dans les enjeux autour de la souveraineté numérique.

A leurs côtés, l’IRN s’inscrit dans une alliance public-privé réunissant notamment la Caisse des Dépôts, la Direction interministérielle du numérique (Dinum), le Cigref, Docaposte (filiale du numérique du groupe La Poste), RTE, Numeum ainsi que le Comité stratégique de filière “Solutions numériques de confiance”.

Résilience plutôt que souveraineté

Le choix même du terme “résilience” est central dans la philosophie du projet. Interrogé par L’Usine DigitaleArno Pons explique que la notion de “souveraineté” a une forte connotation politique et n’est pas opérationnelle pour les entreprises.

« La souveraineté, c’est un sujet politiquelâche-t-il. Pour une entreprise internationale, elle n’a pas de sens unique : elle est confrontée à plusieurs souverainetés en même temps. En revanche, la résilience, c’est concret : c’est la gestion de ses dépendances et de ses interdépendances.»

Il compare le numérique à une chaîne de valeur énergétique : comme pour l’électricité ou le gaz, une entreprise ne peut plus dépendre d’une seule source, ni subir sans visibilité la hausse des prix, les coupures potentielles ou les décisions de politique étrangère. Les menaces de Donald Trump de ces dernières semaines en sont une triste illustration.

« Le numérique est devenu une infrastructure vitale, comme l’énergie. La question, ce n’est plus ‘est-ce grave d’être dépendant’, c’est ‘quel est mon plan B si demain le robinet se ferme ou si les prix explosent”, explique Arno Pons, citant l’exemple des conséquences du rachat de VMwarespécialiste incontournable de la virtualisation, par Broadcom.

Proposer un langage commun

Pour David Djaïz, à la tête d’Ascend Partners, l’Indice répond à un manque structurel : l’absence de langage commun entre les directions IT et les directions générales. “Il n’existe aujourd’hui aucun langage partagé pour piloter stratégiquement le numérique entre les DSI, les COMEX, les directions juridiques ou les directions des risques”, note-t-il. Or, ajoute-t-il, “on ne pilote pas ce qu’on ne mesure pas. Et on ne pilote pas un navire sans boussole».

« L’IRN est cette boussole pour la stratégie numérique des entreprises”, résume-t-il. Concrètement, l’Indice repose sur une approche proche de celle de la réglementation Dora dans la finance. L’idée est de partir non pas de l’inventaire technique des systèmes mais “des métiers vitaux” de chaque organisation.

A partir de ces fonctions critiques, l’outil reconstruit les systèmes numériques et les évalue selon huit grands piliers, regroupés en trois blocs, résume David Djaïz : stratégie et business, sécurité et technologie.

Le premier prend en compte les dépendances à une juridiction étrangère, le risque de “kill switch”, les clauses contractuelles ainsi que l’exposition aux hausses tarifaires. Le deuxième concerne la sécurité informatique, la continuité opérationnelle et la vulnérabilité environnementale des infrastructures. Enfin, le dernier porte sur la maîtrise des fournisseurs, la compréhension des technologies utilisées, l’explicabilité des modèles d’IA et la gouvernance des données.

Une notation sur 100 points

Chaque entité est ainsi évaluée sur une vingtaine de critères, notés de 0 à 5, pour un total théorique de 100 points, dans “un esprit proche de la labellisation environnementale B Corp».

Dès son lancement, l’IRN est publié comme un standard ouvert, sous licence Creative Commons, permettant à toute organisation de réaliser un auto-diagnostic gratuitement. Dans une seconde phase, des cabinets de conseil et d’audit pourront être accrédités par l’association pour conduire des évaluations formelles et délivrer un label “IRN”.

L’objectif n’est pas de créer une simple note mais un outil de gouvernance. “L’enjeu n’est pas tant la note finale que la capacité pour chaque COMEX de choisir ses combats et de piloter ses priorités de résilience”, insiste David Djaïz.

Ne pas tomber dans l’anti-américanisme

Les fondateurs de l’IRN insistent sur ce point essentiel : il ne s’agit pas de mener un combat “anti-technologies américaines”. “Il ne s’agit pas de tomber dans l’anti-américanisme de basenote Arno Pons. La vraie question est : ‘quel est mon plan B’.” Selon lui, la dépendance devient un problème uniquement lorsqu’elle est subie et non maîtrisée.

Ainsi, l’objectif de l’Indice n’est pas de pousser les entreprises coûte que coûte vers des solutions américaines mais de leur donner une vision claire de leurs marges de manoeuvre : savent-elles migrer, diversifier, renégocier, activer des clauses de réversibilité ou articuler plusieurs fournisseurs si nécessaire ?

“L’autarcie est impossible”

« Nous vivons dans un monde d’interdépendances. L’autarcie est impossible !”, tranche David Djaïz. Dans cette logique, l’IRN ne promeut pas une rupture brutale avec les grands acteurs américains, mais une montée en maturité stratégique : continuer à s’appuyer sur les meilleures technologies disponibles, tout en étant capable d’en mesurer les risques, d’anticiper les scénarios de crise et d’identifier, quand elles existent, des alternatives crédibles ou des combinaisons hybrides.

Sur l’existence d’alternatives, Arno Pons est catégorique : “l’offre, elle existe » plus « elle n’est pas consolidée”. Autrement dit, face aux suites des hyperscalers, l’écosystème européen reste fragmenté, avec des briques, moins souvent une solution intégrée “one-click”. D’où, selon lui, le rôle clé des intégrateurs/ESN : “comme on n’a pas d’offres consolidées, nous avons besoin de consolidateurs».

Une prise de conscience au plus haut niveau

Dans le contexte actuel, marqué par la montée des tensions géopolitiques, la multiplication des crises cyber, la flambée des coûts du cloud et l’arrivée massive de l’IA dans les systèmes d’information, le sujet a clairement changé de statut dans les entreprises. “Pendant dix ans, nous avons prêché dans le désert, aujourd’hui tout le monde a basculé”, constate Arno Pons, qui observe une prise de conscience nette au niveau des directions générales.

David Djaïz le formule de la façon suivante : demain, on ne pourra plus être dirigeant d’un grand groupe sans “parler IT et IA” comme on parle aujourd’hui finance ou stratégie.

Devenir un standard du marché

Il reste maintenant à voir si les organisations s’empareront réellement de l’outil et s’il dépassera le stade du bon cadre méthodologique pour devenir un standard du marché. L’enjeu, pour ses concepteurs, est autant du côté des utilisateurs que des offreurs de technologies.

L’IRN doit servir de langage commun, capable de structurer le dialogue entre ceux qui achètent des solutions numériques et ceux qui les conçoivent. David Djaïz le dit très clairement : l’indice doit permettre “un dialogue entre l’IT et la direction générale, mais aussi un dialogue entre l’offre et la demande”en donnant aux entreprises la capacité de “passer au scanner les offres des éditeurs, des ESN ou des fournisseurs de cloud».



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