
Les salariés comptent de plus en plus sur leurs élus au comité social et économique (CSE) pour défendre leurs intérêts. Mais les représentants du personnel, de plus en plus inquiets de la situation économique de leur entreprise, estiment ne pas être écoutés.
La cote des élus du personnel et des délégués syndicaux monte auprès des salariés. Une enquête du cabinet Syndex auprès de 1300 salariés du privé, publiée le 22 janvier, montre que 59% d’entre eux se sentent bien représentés par leur Comité social et économique (CSE), une part en hausse régulière depuis 2021.
Début janvier, déjà, une enquête de la Dares (ministère du Travail) montrait cette augmentation de la confiance accordée par les salariés à leurs représentants : en 2023, ils étaient 51% à juger qu’élus et syndicats traduisaient bien leurs aspirations, contre 46% en 2017. 41% estimaient qu’ils jouaient un rôle «irremplaçable», contre 37% en 2017.
Paradoxe : plus les salariés comptent sur eux, plus les représentants du personnel déplorent le manque d’impact de leurs actions. Dans l’enquête Syndex, les élus des CSE (1170 interrogés, également représentants syndicaux pour deux tiers d’entre eux) ne sont que 14% à estimer que le dialogue social dans leur entreprise est de bonne qualité, lui attribuant une note moyenne de 5,1 sur 10. Les salariés sont un peu plus nombreux (28%) et leur note légèrement supérieure (5,9 sur 10). Les directions, elles, se montrent très satisfaites de leur dialogue social, à 63%, lui attribuant une note de 7,7 sur 10.
Des élus inquiets qui regrettent de ne pas être assez écoutés
Pourquoi un tel écart de perception ? Sans doute parce que les représentants du personnel estiment ne pas être suffisamment écoutés, ce qui ne dérange pas les employeurs. Alors que la prise en compte des avis et revendications des représentants du personnel est, pour eux, un des principaux critères d’un bon dialogue social, ils ne sont que 15% à juger qu’elle existe dans leur entreprise. C’est le sujet sur lequel les élus du CSE sont les moins satisfaits, et ce mécontentement augmente dans le temps. C’est la raison principale de leur éventuelle décision de ne pas se représenter. Les employeurs, eux, envisagent plutôt le dialogue social comme l’occasion de transmettre des informations et de respecter leurs obligations légales.
L’édition 2026 de l’enquête Syndex montre que les élus du personnel sont à un niveau d’inquiétude inédit quant à la situation économique de leur entreprise : 65% d’entre eux estiment qu’elle est bonne, le taux le plus bas depuis 2018 (77% au plus haut en 2021). Les salariés sont d’ailleurs plus nombreux que les autres années à attendre de leurs élus au CSE des explications sur la situation économique de leur entreprise. Le mouvement est inverse chez les dirigeants : ils sont moins nombreux que les autres années à donner comme rôle aux CSE d’expliquer la situation économique ou la stratégie de l’entreprise aux salariés.
Vers plus de transparence économique
Les attentes des salariés et le découragement de leurs représentants ont bien été compris par les confédérations syndicales nationales. Dans une période qui voit une recrudescence des PSE et des fermetures d’usines, Sophie Binet pour la CGT, Marylise Léon pour la CFDT, réclament toutes les deux qu’une place plus importante soit faite aux représentants des salariés. Dans les entreprises, au niveau local et dans la politique industrielle nationale. Et notamment sur l’impact de l’IA sur leur travail et sur leur emploi.
Aux premières loges pour savoir que les carnets de commande se vident, que les sous-traitants ferment ou que les départs à la retraite ne sont pas remplacés, les représentants des salariés réclament une transparence qui permettrait d’anticiper les difficultés et de limiter les licenciements. Selon l’étude Syndex, les employeurs jugent à 97% indispensable, pour un dialogue social de qualité, une confiance entre acteurs. Ca se tente.


