
Tout juste désendetté, Vallourec affiche sa bonne santé et investit aux Etats-Unis, où sa production de tubes en acier échappe aux droits de douane. L’Usine Nouvelle s’est rendue dans son site de production de Youngstown, dans l’Ohio, qui fournit le premier marché du groupe français : l’industrie pétrogazière américaine.
Au cœur de la Rust Belt, région historique de la sidérurgie américaine, sous la première neige de la saison, Vallourec a réuni, début novembre, son équipe dirigeante et son conseil d’administration sur son site de Youngstown, dans l’Ohio. Le spécialiste des tubes sans soudure va y installer une ligne de filetage dernier cri à 48 millions de dollars. L’emplacement n’est pour l’heure qu’un carré vierge de tout équipement, à l’exception d’une pelleteuse décorée du drapeau américain pour l’occasion. Début 2027, les tubes fabriqués par ses machines finiront à plusieurs milliers de mètres de profondeurs, dans les forages latéraux des puits onshore américains.
«C’est notamment les deux dernières étapes de production réalisées dans nos usines qui ont une forte valeur ajoutée : le traitement thermique qui donne des propriétés mécaniques extrêmes aux tubes, et le filetage qui permet leur assemblage hermétique grâce à nos connexions brevetées», explique Philippe Guillemot. Préférer la «valeur au volume» est l’un des mots d’ordre du PDG de Vallourec depuis son arrivée, en 2021. L’équipementier du pétrogazier revient de loin. Après des fermetures en Europe, le transfert d’activités au Brésil et 3000 postes supprimés, le groupe centenaire a remboursé en janvier 2025 sa dette, qui s’élevait encore à 1,5 milliard d’euros trois ans plus tôt. Vallourec affiche sa bonne santé retrouvée dans ce site de 200 hectares, où il revendique près de 1,5 milliard de dollars d’investissements depuis quinze ans. L’industriel y produit de A à Z plus de 250000 tubes en acier par an. Le métal est fondu à 1650 °C, coulé, découpé en billettes 24 heures sur 24. Celles-ci sont ensuite percées pour devenir des tubes d’une dizaine de mètres, qui sont envoyés sur les lignes de finition où s’enchaînent contrôle qualité, traitement thermique, revêtement anticorrosion, filetage… Le tout sur mesure.
En 2020, le groupe avait pourtant supprimé un tiers de ses emplois aux États-Unis : 900 personnes, dont 500 à Youngstown. La majorité des postes a été récupérée, estime Jacky Massaglia, le directeur de la région Amérique du Nord, et la future extension doit en créer 40 sur les 50 à 100 encore manquants. Pourquoi Vallourec est-il si confiant outre-Atlantique ? Le groupe français se targue d’être «un Américain en Amérique». Son acier est obtenu à partir de ferraille sourcée localement. Il échappe donc aux droits de douane de 50 % imposés sur les importations depuis juin 2025, contrairement à ses concurrents.
«Dieu bénisse Vallourec !»
«Nos carnets de commandes sont remplis à plus de 80%» de la capacité maximum de l’usine, se félicite Jacky Massaglia. Sur un marché avec une visibilité d’environ trois mois, ces nouvelles mesures «ont conforté notre décision d’investir, car elles apportent une protection dans le temps.» Les taxes ont «augmenté le coût de l’investissement très marginalement sur les machines importées», venues d’Europe et du Japon, de l’ordre de 3 à 5%.
«On ne peut pas être la première puissance mondiale sans énergie. Comment le garantir ? Nous devons forer, bébé, forer», a martelé le député républicain Michael Rulli, invité dans l’usine, reprenant l’expression de Donald Trump. «Nous devons nous assurer d’avoir une économie propice et les fournisseurs nécessaires pour le faire. Dieu bénisse Vallourec !» Le monde n’est pas prêt à renoncer aux énergies fossiles, rappelle Philippe Guillemot. «Il y a encore des parts de marché à prendre, y compris aux États-Unis, affirme-t-il. Nous n’en sommes pas à nous reposer sur nos lauriers : Vallourec s’est remis en selle mais c’est un nouveau départ, nous pouvons faire encore mieux.»


