A une large majorité, les parlementaires européens ont adopté, le 20 janvier 2026, une version amendée du Critical Medicines Act, élaboré par la Commission. Ce texte doit donner à l’Europe une véritable autonomie stratégique en matière de production de médicaments, en commençant par la production de matières actives pharmaceutiques, assurée par les professionnels de la chimie fine.
C’est une première victoire. L’Europe reconnaît désormais qu’elle doit se doter d’une véritable autonomie stratégique en matière de production de médicaments. Après la Commission européenne, qui a posé les fondations d’un nouveau règlement avec le Critical Medicines Act, le Parlement a, à son tour, pris position. Le 20 janvier 2026, il a adopté, moyennant plusieurs amendements, un rapport porté par le député Tomislav Sokol (PPE, Croatie), par 503 voix pour, 57 contre et 108 abstentions. Une étape politique majeure, mais encore loin de l’aboutissement législatif. Le texte doit désormais entrer en négociation en trilogue entre la Commission, le Conseil et le Parlement, avec pour horizon un texte final fin 2026 et une mise en œuvre espérée en 2027. Un calendrier long, à la mesure d’un processus complexe, qui suscite autant d’attentes que de frustrations sur le terrain.
Attribution des marchés publics : le prix ne peut plus être le seul critère
Sur le fond, le Parlement ouvre la voie à des évolutions structurantes. Les règles d’attribution des marchés publics pourraient ainsi connaître une inflexion notable. « Nous avons établi un principe clair et fort pour les marchés publics : le prix ne peut plus être le seul critère lors de l’attribution de contrats pour des médicaments », souligne Tomislav Sokol. Les eurodéputés introduisent également une logique assumée d’« acheter européen ». Ils ont notamment introduit un amendement qui définit ces fournisseurs « plus vertueux ». Ce sont par exemple ceux qui utilisent au moins 50 % de substance active fabriquée dans l’Union ou dans les pays de l’AELE (Association européenne de libre-échange). Mais attention à la subtilité du texte, cela ne signifie pas que les médicaments achetés contiendront 50 % de matière active européenne !
Une meilleure coordination des stocks nationaux
Autre pilier du rapport : une meilleure coordination des stocks nationaux et des stocks d’urgence. En cas de pénurie dans un État membre, un mécanisme de solidarité pourrait permettre un approvisionnement par un pays voisin, en dernier recours et sous conditions strictes. Une disposition pensée en priorité pour les États les moins armés face aux tensions d’approvisionnement, afin de garantir un accès équitable aux médicaments pour l’ensemble des patients européens.
Un soutien aux projets stratégiques
Le Parlement se prononce enfin en faveur de la création de « projets stratégiques » industriels au sein de l’UE pour créer, moderniser ou renforcer les capacités de production. C’est là que se joue l’ambition de réindustrialisation. Ces projets pourraient bénéficier de soutiens nationaux ou européens, via une réorientation de budgets existants et dans le cadre du prochain cadre financier pluriannuel (CFP), avec la promesse de procédures d’autorisation allégées et d’un peu moins de bureaucratie…
Le Sicos, qui représente les acteurs de la chimie fine pharmaceutique en France, a salué une « avancée prometteuse » du texte qui met clairement en avant le rôle joué par le principe actif, et par voie de conséquence par les acteurs de la chimie fine. « Le Parlement européen a adopté un texte reconnaissant l’impact de notre dépendance à des pays tiers pour l’approvisionnement en médicaments critiques et soutenant sans ambiguïté une production dans l’UE sur toute la chaîne de valeur », souligne l’organisation.
Un Sicos impatient
Mais l’impatience est palpable. Le syndicat pointe le manque d’« objectifs précis », de « volonté politique forte » de la part des décideurs européens. « Dans quels pourcentages souhaite-t-on réduire notre dépendance à des pays tiers et les ruptures de médicaments ? Dans quelle proportion envisage-t-on d’augmenter la production en Europe ? », commente Gildas Barreyre, vice-président du Sicos. Et il avertit : « Nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre. La survie de notre industrie et la sécurisation de cette chaîne de valeur critique se jouent aujourd’hui ».


