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Qui est Abivax, la biotech française qui suscite les convoitises de la big pharma ?

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Lu il y a 8 minutes



Les rumeurs galopent au sujet d’une possible offre de très grande ampleur par de grands laboratoires pour l’acquisition de la biotech française Abivax, spécialiste des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. Mais rien n’est engagé formellement, et l’entreprise dispose de trésorerie et d’atouts pour patienter et éventuellement faire monter les enchères.

Ce n’est pas tous les jours qu’une biotech française agite autant la big pharma et les investisseurs. Le 23 juillet 2025, lors de la présentation par Abivax de résultats très positifs d’essais cliniques pour son premier traitement, le cours de bourse s’était envolé de 8,90 euros à 54,30 euros sur Euronext, et se maintient au-dessus de la barre des 100 euros ces dernières semaines, sur fonds de rumeurs d’éventuelle acquisition prochaine par un grand laboratoire. Depuis le 22 décembre, le média La Lettre assure que plusieurs offres s’affinent pour l’acquisition de la biotech française, avec des montants d’envergure, autour de 15 milliards d’euros. Eli Lilly et AstraZeneca seraient ainsi positionnés.

Rien n’est confirmé publiquement. «Bercy a formellement démenti les rumeurs sur Lilly», souffle-t-on du côté du ministère de l’Economie et des Finances au sujet d’approche du géant pharmaceutique américain dans le cadre de la procédure du contrôle des investissements étrangers. Du côté d’Abivax, un porte-parole «préfère ne rien commenter» à ce stade. Dans une interview à Reuters le 20 janvier, Marc de Garidel, le directeur général a affirmé qu’il n’y «avait pas eu de discussion sur une acquisition d’Abivax» entre le ministère et des laboratoires, mais refuse de commenter l’existence de discussions informelles avec des firmes pharmaceutiques pour un projet d’acquisition.

Spécialiste des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, avec deux traitements prometteurs en développement

Fondée en 2013 à Paris, Abivax est aujourd’hui une société d’environ 70 salariés, détenant un centre de recherche à Montpellier (Hérault) et une filiale implantée à Boston, aux Etats-Unis, où l’entreprise dispose aussi d’une seconde cotation depuis octobre 2023. Au cours de son développement, Abivax s’est spécialisé dans les maladies inflammatoires chroniques, en l’occurrence de l’intestin. L’obefazimod, son candidat-médicament le plus avancé, est en développement pour le traitement de la rectocolite hémorragique (inflammation chronique de la muqueuse intestinale) et de la maladie de Crohn. A l’inverse de tous les traitements actuels existants, qui sont des injectables, ce médicament serait dispensé sous forme de gélule.

Ces dernières années, les résultats ont été encourageants pour l’obefazimod, décrit par Abivax dans son dernier communiqué du 7 janvier 2026 comme un potentiel «futur leader du marché dans la RCH [rectocolite hémorragique, ndlr]» qui «pourrait surpasser tant les thérapies actuellement approuvées que les futurs traitements attendus». Par ailleurs, ce marché semble particulièrement bien orienté, la société assurant qu’un rapport évoque des ventes mondiales qui «devraient plus que doubler, passant de 9,2 milliards de dollars [7,8 milliards d’euros, nldr] en 2025 à 21,2 milliards de dollars d’ici 2032».

Le candidat-médicament d’Abivax est actuellement en phase III de son développement clinique. Dans le domaine des maladies inflammatoires, des essais cliniques portent sur l’induction du traitement, pour étudier la cessation de l’inflammation, et d’autres sur la maintenance, pour étudier le contrôle de cette inflammation. A l’été 2025, ce sont des résultats très encourageants sur l’induction qui ont d’abord fait flamber le titre en bourse. Deux autres résultats vont être particulièrement attendus en 2026. D’abord ceux de la phase III pour la maintenance, d’ici à la fin du deuxième trimestre, et ceux de phase IIb de l’obefazimod dans la maladie de Crohn, espérés pour fin 2026.

Une cible attractive pour la big pharma

Un consensus règne parmi les analystes financiers au sujet d’Abivax, qui conseillent tous l’achat de titres. Dans une note du 8 janvier, Yale Jen, analyste senior biotech de Laidlaw & Company, estime que «le potentiel de l’obefazimod dans la rectocolite hémorragique est substantiel en raison de son mode d’action différencié, de ses solides données cliniques jusqu’à présent, et du fait que ce soit un traitement oral». Jugeant même que «les actions Abivax sont sous-cotées et de plus en plus attractives pour l’acquisition potentielle par un grand laboratoire pharmaceutique».

«Abivax est devenue l’une des cibles les plus développées et les plus attractives de fusion-acquisition dans le domaine des maladies inflammatoires de l’intestin», abonde Justine Telliez, analyste de Kepler Cheuvreux dans une note datée du 12 janvier. Elle estime envisageable une valorisation entre 12 et 20 milliards d’euros pour une acquisition, projette des ventes mondiales de 1 milliard d’euros pour ce médicament dès 2029 et jusqu’à 6 milliards d’ici à 2024. L’analyste liste Eli Lilly, Abbvie et J&J comme les acquéreurs potentiels les plus crédibles pour compléter leur arsenal thérapeutique dans ce domaine. D’autres, tels Sanofi, Pfizer ou AstraZeneca sont cités comme des acquéreurs aussi envisageables, dans ce qui correspondrait davantage à une logique de diversification.

Une trésorerie solide mais un pipeline peu étendu

Toutefois, Abivax n’a pas forcément besoin de s’adosser à un grand laboratoire dans l’immédiat. D’abord car la biotech n’est pas encore au seuil de la commercialisation, qui nécessite de grands moyens, et car elle se trouve dans une situation plutôt confortable financièrement. Si elle ne gagne pas encore d’argent, l’entreprise dispose d’une trésorerie qui devrait lui permettre de mener ses activités jusqu’au quatrième trimestre 2027, grâce notamment à une impressionnante levée de fonds de près de 600 millions d’euros nets aux Etats-Unis en juillet 2025, juste après la publication des bons résultats cliniques de son traitement.

Par ailleurs, Abivax dispose de deux atouts encore en mains, avec les résultats attendus cette année de l’essai clinique de maintenance et de celui dans la maladie de Crohn, qui pourraient, s’ils sont bons, encore mieux valoriser la société. Pour Frédéric Gomez, analyste chez Pharmium Securities, «le package serait très attractif si les résultats sont prouvées dans la maladie de Crohn». D’abord car cela élargirait le potentiel de patients et donc de marché, et cela permettrait aussi d’étendre la protection brevetaire du médicament. «Le brevet principal de ce médicament, qui a été testé dans plusieurs indications, tombe en 2030, ce qui est un délai court pour un retour sur investissement suffisant» dans le cadre d’une acquisition de plusieurs milliards d’euros, ajoute l’analyste.

Enfin, Frédéric Gomez pointe deux faiblesses pour Abivax. D’une part, les deux traitements en développement n’arriveraient pas sur un marché souffrant «d’un désert thérapeutique» et se confronteraient «à la concurrence de la big pharma», qui peuvent être des freins en termes de ventes. D’autre part, «il n’y a pas grand-chose derrière dans le pipeline». Effectivement, outre ces deux programmes avancés, Abivax ne dispose que deux autres programmes mais à des stades préclinique ou de recherche.



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