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A la Fonderie de Bretagne, le virage vers la production d’obus semble amorcé, mais les salariés attendent des preuves tangibles d’engagement d’Europlasma

Service Com'
Lu il y a 5 minutes



Neuf mois après la reprise de la Fonderie de Bretagne de Caudan (Morbihan) par Europlasma, la diversification promise vers l’industrie de défense semble enfin amorcée, avec des mois de retard et grâce à l’impulsion des salariés, mais les engagements financiers du repreneur ne sont pas tenus.

Le sort semble s’acharner sur la Fonderie de Bretagne (FDB). L’équipementier breton a dû affronter, mardi 20 janvier, une nouvelle épreuve : l’incendie d’un de ses fours. Le sinistre déclenché vers 4h30 du matin a pu être circonscrit, mais les cuves des fours adjacents ont dû être vidées pour éviter la propagation du feu. Heureusement, aucun blessé n’est à déplorer.

C’est un coup dur pour FDB, dont la production avait repris, lundi 19 janvier, après plusieurs semaines d’arrêt. L’incendie a mis en pause cette reprise qui est repoussée à une date encore inconnue.

Le site tournait déjà au ralenti depuis des mois. La CGT évoque ainsi «trois semaines d’activité en l’espace de quatre mois». Les commandes de munitions que faisait miroiter le nouvel actionnaire de la Fonderie, Europlasma, qui a mis la main sur l’équipementier breton sur jugement du tribunal de commerce de Rennes en avril 2025, sont en effet encore à l’état de promesses.

Une production qui se fait attendre

Et pour cause : la production en série d’obus, censée prendre le relais des pièces automobiles, n’est toujours pas lancée. Lueur d’espoir toutefois : dans un communiqué paru lundi 19 janvier, la veille de l’incendie (et alors que le gouvernement communiquait le même jour sur sa volonté de renforcer son contrôle des engagements pris par les repreneurs), le groupe landais spécialisé dans la gestion des déchets et la fabrication de pièces forgées, notamment pour l’armement, avançait prudemment que «le cas échéant, la FDB serait en mesure de confirmer à ses contreparties le lancement de la production en série à partir du deuxième trimestre 2026».

Les tests de fragmentation réalisés dans un centre d’essais roumain sur les obus fabriqués dans l’usine de FDB «valident la qualité des obus de mortier de 120mm fabriqués par Fonderie de Bretagne», s’est réjoui Europlasma. Ils seront suivis de tests balistiques d’ici à fin janvier. Le virage vers l’industrie de défense de FDB semble donc enfin amorcé.

Des salariés prudents et déçus

Cette annonce est-elle susceptible de rétablir la confiance des 266 salariés de FDB, ébranlée par des mois d’activité au ralenti, alors que le nouvel actionnaire reste peu disert sur ses intentions et sur sa stratégie ? Pas vraiment. D’abord, parce que la nouvelle de la validation des tests de fragmentation était déjà connue par les fondeurs. Logique : ce sont eux qui ont mené la conception, la fabrication, et la mise à l’essai de prototypes d’obus, sans aiguillage d’Europlasma, affirment-ils.

Par ailleurs, Europlasma n’a pas, début janvier, respecté ses engagements financiers : manquent encore 3 millions d’euros à l’enveloppe de 7 millions que le repreneur s’était engagé à verser en 2025. Un manquement déjà observé lors d’autres reprises par Europlasma (Forges de Tarbes, Satma, Valdunes…).

Pas de business plan annoncé

Enfin, la Fonderie reste dans l’attente d’un business plan actualisé pour 2026 : celui présenté dans l’offre de reprise, qui mentionnait un chiffre d’affaires de 26 millions d’euros en 2026, dont près de 70% dans l’armement, est clairement caduc. Le député Renaissance Jean-Michel Jacques a ainsi récemment enjoint le président d’Europlasma à lui livrer «une prévision d’exploitation et de financement actualisée».

Dans ce contexte, un salarié de FDB ne cache pas son dépit : «C’est le flou artistique. Il n’y a pas de ligne directrice». Dans un communiqué lapidaire, la CGT interroge : «[Europlasma] a-t-il tenu ses engagements pris devant le tribunal de commerce de Rennes ? Non. […] La production de munitions a-t-elle démarré ? Non. Les volumes annoncés par les lettres d’intention sont inexistants».

Un climat de suspiscion

Et de dénoncer une gestion des ressources humaines délétère. Ainsi, après l’éviction de l’ancien directeur du site breton Jérôme Dupont, une procédure de licenciement a été engagée contre le DRH et la directrice financière de FDB. Le syndicat avance par ailleurs dans un communiqué qu’Europlasma aurait «mandaté un détective privé pour enquêter sur l’éventuelle déloyauté des salariés». Interrogé sur ce dernier point, le groupe n’a pas répondu à nos sollicitations.



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