
Après la révélation de L’Usine Nouvelle, la direction de Renault a informé ses salariés mardi 20 janvier de ses projets en gestation dans le secteur de la défense. Au Mans (Sarthe), les salariés s’interrogent alors les sites concernés n’ont pas été officialisés.
L’heure est à la surprise et aux interrogations dans les rangs des 1800 salariés de l’usine Renault ACI du Mans (Sarthe). «Comme beaucoup, j’ai découvert l’info dans la presse», lance un ouvrier qui tonne : «on n’est pas là pour faire des armes». Après la révélation lundi 19 janvier par L’Usine Nouvelle de la production prochaine de drones militaires sur place, un comité économique et social (CSE) extraordinaire s’est tenu le lendemain à 9h30 entre les syndicats et la direction.
«On ne nous a rien dit de précis, hormis que le projet impliquait bien Turgis Gaillard pour l’assemblage de drones, indique une source syndicale à L’Usine Nouvelle. On nous a même expliqué que les sites n’étaient pas encore décidés.» Un autre CSE extraordinaire doit pourtant avoir lieu dans les prochains jours pour donner des détails sur la fabrication et le nombre de personnes impliquées. D’après nos informations, un ancien bâtiment d’assemblage aujourd’hui destiné au stockage est en train d’être vidé et devrait accueillir une ligne de production dédiée aux drones. Prévu pour produire les moteurs du drone Chorus, le site de Cléon (Seine-Maritime) n’a lui connu aucun CSE ce 20 janvier.
Dans l’usine mancelle, les salariés se disent inquiets pour la sécurité du site si celui-ci produit du matériel militaire. «Nous désapprouvons le fait de construire des machines de guerre alors que notre vocation est de produire des pièces automobiles, résume Germain Richard, délégué syndical CGT du site. Si la France a besoin d’armements, il faut que cela se fasse sous le contrôle de l’État dans une entreprise qui ne cherche pas de profits.» La pilule a du mal à passer du côté des syndicats qui ont encore en tête les cessions opérées par le groupe dernièrement. «La direction a souvent prétexté des externalisations pour soi-disant se recentrer sur notre coeur de métier, ajoute Richard Germain. Et là d’un coup d’un seul la direction accpete d’intégrer une activité qui n’a rien à voir avec la fabrication automobile».
«On reste une entreprise automobile»
Au niveau du groupe, les interrogations sont aussi présentes. «On a des questions, car c’est important qu’on reste une entreprise de construction automobile», note Fabrice Roze, délégué syndical groupe de la CFDT. «On ne souhaite pas fabriquer d’armes létales, ajoute David Bénard, secrétaire de la section CFDT de l’usine du Mans. Après si fabriquer des drones nous permet de maintenir les compétences sur le site face à la concurrence automobile chinoise qui arrive c’est bon à prendre.»
La prise en compte des objecteurs de conscience, la sélection sur la base du volontariat (qui est bien prévue, selon nos sources), mais aussi le détail des accords commerciaux passés entre Renault et la Direction générale de l’armement (DGA) sont autant de questions sur lesquelles certains syndicats se disent «vigilants» pour la suite. Faute d’informations suffisantes en leur possession à l’heure d’écrire ces lignes, plusieurs organisations syndicales représentatives comme Force ouvrière et la CFE-CGC n’ont pas souhaité commenter la nouvelle.
Dès lundi 19 janvier, le groupe a envoyé dans la soirée un message à l’ensemble de ses salariés pour les informer de «sa contribution potentielle à l’industrie de défense» afin de «renforcer la souveraineté technologique nationale». Comme nous l’écrivions, le constructeur y évoque des «discussions avec le ministère des Armées français» et «plusieurs projets exploratoires». Hormis la co-entreprise créée avec le droniste Turgis Gaillard, Renault indique «des échanges [qui] ont lieu avec les forces armées sur différentes opportunités de développements» pour produire des véhicules militaires légers. Les drones terrestres sont aussi évoqués en soulignant les usages qui se développent autour de la maintenance et de la logistique militaire. Enfin d’autres projets de drones aériens sont «explorés» autour de la surveillance, de l’observation, du renseignement, de la reconnaissance et de l’appui opérationnel et de la communication.
Une note interne dès l’automne 2025
Cette annonce de projets en réflexion dans la défense n’est qu’une demi-surprise. En septembre, une note interne de la direction avait prévenu les salariés de cette nouvelle orientation stratégique du Losange, alors que les rumeurs enflaient. Renault s’était alors engagé à ce que les initiatives soient exclusivement menées sous l’égide du ministère des Armées, toujours en partenariat avec des industriels européens du secteur de la défense et avec des retombées positives pour les sites français. Surtout, le groupe a fait savoir en interne que cette nouvelle activité militaire n’aurait pas d’impact sur sa capacité à investir dans l’automobile. Selon les informations de La Tribune, Renault ne veut pas que son chiffre d’affaires dans la défense ne dépasse 5% de ses ventes globales.


