
Accompagnement des salariés en affection longue durée, dons de jours de congés, mesures pour la “qualité relationnelle”… L’accord groupe signé par les quatre syndicats représentatifs d’Orano sur la qualité de vie et les conditions de travail (QVCT) contient plusieurs mesures innovantes.
«C’est une proposition du nouveau directeur des affaires sociales, on a pris le sujet, qui nous allait bien…» Jean-Pierre Bara, coordinateur CFDT pour le groupe Orano, a plutôt apprécié l’arrivée d’un nouveau chapitre, «Travailler avec la maladie», dans l’accord sur «le développement de la qualité de vie et des conditions de travail» (QVCT) signé en octobre par les quatre organisations représentatives (FO, CFE-CGC, CFDT, CGT) du groupe. Introduit par Jacques Ziouziou, arrivé il y a un an de chez Naval Group après un parcours de médiateur, ce passage de l’accord prévoit des actions de prévention, mais aussi un aménagement de l’organisation du travail pour un salarié touché par une maladie grave. «Lui créer un environnement psychologique bienveillant fait partie intégrante de la guérison, est convaincu Jacques Ziouziou. La maladie est trop souvent vécue avec beaucoup de culpabilité par un salarié…»
Les salariés reconnus en Affection de longue durée (ALD, liste fixée par décret) bénéficieront de trois jours d’absence rémunérés par an pour se rendre à des rendez-vous médicaux. Ils seront prioritaires pour obtenir un temps partiel (examiné au cas par cas), pourront demander un aménagement ergonomique de leur poste ou une formation pour en changer. La maladie fera partie des cas d’utilisation des jours portés au compte épargne-temps.
Le «rendez-vous de liaison» qui existait dans certaines entités du groupe est systématisé : la direction proposera un entretien, facultatif, au salarié absent depuis plus de 45 jours, afin, notamment de prévenir le risque de désinsertion professionnelle et de favoriser un retour «progressif, serein et adapté à la situation du salarié». «Le bien-être du salarié est global, il ne se limite pas à sa dimension professionnelle», estime Jacques Ziouziou. Signataire fin 2024 de la charte Working with cancer, Orano dispose d’un service médical interne important, chargé entre autres des actions de prévention.
Le don de jours de congés plus efficace
Les discussions sur ce nouvel accord, un renouvellement de celui de 2021 qui arrivait à échéance, ont surtout porté sur le don de jours de congés. Un système existait mais ne fonctionnait pas. «En quatre ans, près de 400 jours avaient été collectés, mais une vingtaine seulement avaient été utilisés, explique Estelle Estrem-Monjouste, responsable des relations sociales. Le nouvel accord a permis d’élargir le dispositif à de nouveaux bénéficiaires et d’en assouplir les conditions, ce qui a considérablement renforcé son efficacité.» Depuis novembre, 5 salariés ont fait une demande de jours à la commission spécialement créée, les cinq ont pu bénéficier des jours donnés par leurs collègues. Cette commission regroupe des représentants des RH, des assistantes sociales d’Orano et les organisations syndicales. «Cette dynamique positive suppose désormais de renforcer la sensibilisation des collaborateurs lors des prochaines campagnes de dons», conclut Estelle Estrem-Monjouste.
Un point de désaccord a surgi pendant les négociations : «la direction voulait que les jours ne puissent être donnés qu’aux salariés ayant épuisé tous leurs autres droits, y compris les jours mis sur leur compte épargne temps, indique Jean-Pierre Bara. Ce n’est pas ça, la solidarité ! Aider quand les gens sont au ras des pâquerettes. Les salariés, eux, donnent leurs jours sans condition…» Cette condition n’a finalement pas été retenue. Autre sujet de désaccord : les organisations syndicales demandaient la généralisation d’un droit au temps partiel annualisé. Une entité l’a mis en place, il garantit au salarié d’avoir une semaine de congés à chaque période de vacances scolaires. «Trop compliqué à mettre en place dans les entités qui ont du travail posté», indique Estelle Estrem-Monjouste. Il n’a pas été retenu dans l’accord.
Reste à faire «redescendre» dans les entreprises le contenu de cet accord groupe, qui traite aussi des proches aidants, du droit à la déconnexion, et de la qualité relationnelle dans l’entreprise. Pour lever cet obstacle, classique dans les groupes, dix-huit commissions de suivi locales doivent être créés, pour mettre en place autant de plans d’action «car chaque établissement a des conditions de travail différentes», insiste la chargée de relations sociales d’Orano.
La prochaine négociation portera sur les seniors. Le sujet a été sorti de l’ancien accord QVCT pour être discuté dans un accord spécifique.


