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Le CNES, Spartan Space et Decathlon vont tester une nouvelle combinaison européenne dans l’ISS

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Lu il y a 6 minutes


Testée dans l’ISS en 2026 par l’astronaute française Sophie Adenot, Eurosuit est une combinaison spatiale européenne conçue pour protéger les équipages en cas d’incident à bord. Développée par le CNES, Spartan Space et Decathlon, elle sert aussi de démonstrateur technologique pour préparer une capacité industrielle européenne sur les équipements critiques du vol habité.

En juin 2026, à bord de la Station spatiale internationale (ISS), l’astronaute française Sophie Adenot testera une combinaison spatiale développée en Europe. Baptisée Eurosuit, elle a été développée par un consortium réunissant le CNES, la PME Spartan Space et un acteur inattendu dans le spatial : Decathlon. Eurosuit n’est pas un scaphandre destiné aux sorties extravéhiculaires. Ce prototype a été conçu pour faire face aux situations les plus redoutées à l’intérieur d’un vaisseau ou d’une station : incendie, dépressurisation ou atmosphère toxique. «Ce sont les trois événements catastrophiques auxquels on se prépare dans un environnement spatial, rappelle Grégory Navarro, chef de projet au CNES. L’idée est d’avoir un équipement de sécurité qui pourrait être enfilé très rapidement pour s’en protéger, ou lors d’opérations qui pourraient être dangereuses.»

Moins de deux minutes pour se protéger

La contrainte centrale du projet est donc le temps d’enfilage. Le consortium s’est fixé un objectif clair : moins de deux minutes, de manière autonome, y compris en situation de stress. «On s’est inspirés des bonnes pratiques des équipements de pompiers», explique Grégory Navarro. Cette exigence a structuré toute la conception de la combinaison. Architecture d’ouverture, positionnement des fermetures, liberté de mouvement : chaque choix est guidé par la recherche de simplicité et d’efficacité. «Rien n’est gratuit dans le design», souligne Sébastien Haquet, directeur de l’Advance Innovation chez Decathlon. «Si un zip est placé à un endroit précis, ce n’est pas juste pour le style, mais parce qu’il permet de gagner des secondes à l’enfilage.» Et ce, même si l’identité de style a été pensée pour correspondre à l’«élégance à la française», confie-t-il.

Autre élément clé : le casque, l’un des sous-systèmes les plus complexes. «On voulait un champ de vision maximal, sans que l’utilisateur perçoive les contours de la visière», explique Sébastien Haquet. Du côté de Spartan Space, la contrainte est aussi mécanique et sécuritaire. «On a volontairement cherché la simplicité», précise Peter Weiss, PDG de Spartan Space. «Par exemple, une visière avec un seul axe de rotation, tout en garantissant l’étanchéité complète du casque. Cette contrainte a fortement orienté le design

L'Eurosuit de Decathlon, Spartan Space et le CNESDecathlon
L’Eurosuit de Decathlon, Spartan Space et le CNES L’Eurosuit de Decathlon, Spartan Space et le CNES

Un essai en microgravité, pas une combinaison opérationnelle

Sur le plan des matériaux, Eurosuit repose sur une architecture avec plusieurs couches de textiles, sourcés par Decathlon. Une couche interne assure l’étanchéité et la tenue à la pression, tandis qu’une couche externe apporte résistance mécanique et conformité aux normes feu. «La combinaison est conçue pour résister à des tests de pressurisation jusqu’à deux bars, y compris en mouvement», indique Sébastien Haquet. À l’intérieur du casque, les équipes ont eu recours à des structures issues de l’impression 3D, permettant d’ajuster finement maintien, absorption et souplesse. La structure interne du casque est adaptée à la forme du crâne de l’utilisateur.

La version d’Eurosuit qui sera essayée par la spationaute française dans l’ISS en juin 2026 ne sera toutefois pas une combinaison pleinement fonctionnelle. «Sur ce prototype, il n’y a ni visière étanche, ni pressurisation, ni électronique. L’objectif est uniquement de tester l’ergonomie et les temps d’enfilage en microgravité», précise Grégory Navarro. Peter Weiss précise : «Pour l’instant, c’est une expérience, pas un équipement de protection. Il y a même une issue de secours permettant à l’astronaute de sortir rapidement de la combinaison si nécessaire.» L’ISS sert ici de banc d’essai, impossible à reproduire fidèlement au sol.

En parallèle, un modèle sol fonctionnel est en développement. Spartan Space y pilote la certification du système dans sa totalité, afin de préparer une éventuelle qualification pour un usage spatial futur. Il intégrera l’ensemble des briques technologiques : pressurisation, normes feu et biosurveillance, en partenariat avec l’Institut de médecine et physiologie spatiales (MEDES). «L’objectif est d’être prêt le jour où un besoin européen se présentera», résume Peter Weiss. «Aujourd’hui, l’Europe dépend de ses partenaires pour les combinaisons spatiales intravéhiculaires», rappelle Grégory Navarro. Eurosuit s’inscrit donc dans une logique de préparation industrielle (jugée «trop cool» par Sébastien Haquet), qui a mobilisé une quarantaine de personnes chez Decathlon, et qui pourrait, à terme, contribuer à structurer une filière européenne sur les équipements du spatial habité.



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