L’Ania, l’une des principales associations de défense des intérêts des industriels de l’agroalimentaire, a alerté ce 14 janvier sur la «fragilisation des industriels alimentaires depuis le choc inflationniste». Nous avons tenté d’objectiver ce constat avec une panoplie d’indicateurs.
L’Ania, l’un des principaux lobbys de l’agroalimentaire, a fait paraitre le 14 janvier une étude réalisée par la Banque de France sur la santé des entreprises qu’elle représente. De la kyrielle de données (voir un extrait ci-dessous), on peut retenir deux messages portés par l’association : une «fragilisation des acteurs» le cycle inflationniste désormais refermé, avec, en 2024, «1 industriel sur 4 [qui] affiche un résultat déficitaire contre moins de 1 sur 5 avant Covid», ainsi que des marges nettes toujours faibles, mesurées à «3,5% (…) contre 5,8%» pour le reste de l’industrie manufacturière française. A bon entendeur, alors que les négociations commerciales, grand messe annuelle de la fixation des prix dans les supermarchés, battent leur plein.
Ania Un argumentaire très contestable sur les marges en période d’inflation
L’Ania, qui souligne que le document lui permettra d’appuyer sa stratégie de lobbying auprès des autorités en 2026, insiste : «on ne constate pas de hausse des marges depuis la période inflationniste contrairement aux idées préconçues qui circulent dans le débat public», indique l’association en commentaire de l’étude. Ces «idées préconçues» se nourrissent pourtant de faits bien étayés. Il y a par exemple les bonnes performances d’un certain nombre d’entreprises cotées qui ont fait jouer à plein leur «pouvoir prix» pendant les cycles inflationnistes, un phénomène largement chroniqué. Simple exemple, un acteur comme Mondelez (Lu, Milka, Oreo…) a engrangé près de trois points de marge opérationnelle entre 2020 et 2024.
Du côté de l’Insee, deux publications sont venues abonder cette thèse. L’excédent brut d’exploitation (EBE) de l’agroalimentaire hexagonal, un indicateur de marges, a fortement grimpé entre fin 2022 et fin 2024, comme le soulignent les comptes nationaux. Mieux, une publication datée de fin 2024 fait apparaître tout ce que des données moyennes masquent : au cœur de la période inflationniste, le taux de marge des plus grandes entreprises s’est amélioré, pendant que celui des plus petits acteurs chutait. Il n’existe pas de données plus récentes : en tout état de cause, le taux de marge de l’industrie agroalimentaire est en baisse depuis. En plus de disparités en fonction de la taille d’entreprise, il existe de fortes disparités selon le secteur d’activité.
Des fermetures d’usines annoncées, mais des défaillances moindres que dans le reste de l’industrie
Qu’en est-il donc réellement de la situation des entreprises agroalimentaires ? Le baromètre de l’Usine Nouvelle souligne que pour l’année 2025, la première industrie du pays est en tête du triste classement des fermetures d’usines. Teisseire, Suntory, Blédina, la Trinitaine… Les mauvaises nouvelles s’amoncellent. L’industrie de la viande, par l’intermédiaire de l’association qui défend ses intérêts, Culture Viande, alerte toujours sur la restructuration en cours du côté des abattoirs et des sites de découpe. Mais cette situation est la conséquence d’une chute structurelle du cheptel, pas d’une conjoncture propre à l’industrie agroalimentaire.
Vos indices

Les données du cabinet Alteres sont plus éclairantes. Sur les trois premiers trimestres de 2025, les défaillances sont aussi très légèrement en retrait par rapport à 2024 et 2023. La décrue est par exemple de 6% par rapport à la même période un an en arrière, alors que les défaillances sont en hausse de 7% pour le reste de l’industrie. Les compteurs explosent toutefois si l’année de référence est 2021 ou 2022, alors que les années post-Covid ont été marquées par un nombre historiquement faible de défaillances en France, désormais à un point haut historique (près de 70000 défaillances entre septembre 2024 et septembre 2025). A noter qu’en 2025, les activités de boulangerie et de pâtisserie industrielles concentrent les trois quarts des défaillances, preuve encore une fois des disparités au sein du secteur.
Chute de la balance commerciale, le vrai indicateur de l’érosion de la compétitivité
Finalement, un indicateur illustre plus que les autres un décrochage, c’est la balance commerciale du secteur, historiquement excédentaire au XXIe siècle. La chute aura été brutale en 2025, même le décrochage doit beaucoup à la conjoncture, avec ces difficultés de la filière vin et spiritueux, et à l’amont agricole et aux mauvaises récoltes de céréales en 2024. «Pour la première fois depuis plusieurs années, celle-ci devrait afficher un solde nul ou déficitaire à la fin de l’année, note FranceAgriMer, dans une publication de décembre. Fin octobre 2025, le déficit atteignait – 263 millions d’euros sur douze mois glissants, principalement en raison d’une baisse des échanges avec les pays tiers observée depuis trois ans». Des chiffres qui ne souffrent eux d’aucune contestation.


