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en Egypte, les entreprises françaises à la manœuvre pour des projets ferroviaires pharaoniques

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Lu il y a 8 minutes


Face à la hausse de sa population, l’Égypte entreprend de grands travaux dans les réseaux de transports électriques. Les ingénieristes ferroviaires français, Systra en tête, y prennent une bonne part.

La gare, monumentale, trône au milieu du désert. Elle vient de recevoir ses premiers rails. Située à 45 km à l’est du Caire, New capital station fait partie des 60 constructions qui jalonneront le futur réseau Electric express train (EET). L’actuel président égyptien, le général Abdel Fattah Al-Sissi, a lancé son pays dans des travaux pharaoniques. À commencer par cette nouvelle capitale pour désengorger le Grand Caire qui compte 23 millions d’habitants. Surnommée Sissi City par ses détracteurs, elle a une allure de ville fantôme, traversée de routes à six voies, aux bas-côtés de terre retournée et de caillasse. Seuls les ministères s’y sont déjà implantés et le palais présidentiel inauguré. Le président multiplie les chantiers d’infrastructure pour répondre à une hausse de la population égyptienne au rythme de deux millions d’habitants par an. Les expertises étrangères, surtout celle de l’ingénierie française du ferroviaire, trouvent dans ces projets un vigoureux business.

Le Khor Mayo Bridge, pont de la future ligne à grande vitesse, Green line, au milieu du désert atteint une hauteur de 85 mètres.Olivier Cognasse
Le Khor Mayo Bridge, le pont le plus haut d’Afrique.

Priorité au ferroviaire électrique

Le sujet reste crucial pour le pays. «Le développement du système de transport ferroviaire et du transport électrique constitue une priorité absolue pour le gouvernement égyptien, dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie de développement durable Vision Égypte 2030», indique le Dr Tarek Gewely, le président de la NAT – l’autorité en charge des transports ferroviaires électriques en Égypte – en recevant quelques journalistes, le 17 décembre, dans la nouvelle capitale. «D’ici à 2030, la réalisation de 2463 km de lignes et 337 stations sera achevée avec une flotte de 647 trains», ajoute-t-il.

À l’horizon 2040, avec les projets à l’étude, ce sont près de 3000 km de lignes nouvelles (train, métro, monorail, tram) qui sont attendues pour recevoir 13,5 millions de voyageurs par jour et transporter 16 millions de tonnes de fret. Sur ces 3000 km, près de 2000 km pourront transporter à grande vitesse 1,5 million de voyageurs par jour. New capital station sera desservie par la future Green Line EET. Ces 660 km – et 21 gares – entre la Méditerranée et la mer Rouge feront passer des trains à grande vitesse (250 km/h maxi), des trains régionaux (160 km/h) et des trains de fret (120 km/h), la nuit, instaurant un «nouveau Canal de Suez sur rails». Le premier tronçon (Aïn Sokhna – Marsa Matrouh) entrera en service en décembre 2026. Devraient suivre la Red Line (185 km et trois gares), entre Hardaga (sur la mer Rouge) et le nord de Louxor, et la Blue Line (1 100 km et 36 gares) qui longera le Nil, d’Abu Simbel au Caire. Pour ces trois projets, Systra, l’ingénieriste français spécialiste du ferroviaire, est le chef d’orchestre pour la NAT.

Systra agit en tant que “general consultant”, un rôle similaire à celui d’assistant à maîtrise d’ouvrage. Il travaille avec des partenaires locaux historiques : Arab Consulting Engineers (ACE) et Shaker Consultancy Group. Il a réalisé les études préparatoires, la revue des études et la conception. Il pilote la gestion du projet, la supervision des chantiers, puis les essais et l’assistance pour l’obtention des certificats jusqu’à l’accompagnement à l’exploitation. En novembre 2025, des premiers tests avec le futur train Siemens Velaro ont eu lieu et, en 2026, les essais dynamiques. C’est en effet l’allemand Siemens qui a été sélectionné pour le matériel roulant (175 trains pour tout le réseau) et la mise en place des systèmes ferroviaires.

Systra n’est pas nouveau dans le paysage. Il est implanté en Égypte depuis 1970 avec la première ligne de métro africaine dans la capitale, mise en service en 1987. Sur place, l’entreprise emploie 470 personnes. «Actuellement, nous sommes présents dans 80% des projets en cours, se félicite Faiçal Chaabane, son directeur exécutif pour l’Égypte et l’Afrique du nord. Pour 2026, nous devons embaucher une centaine d’ingénieurs supplémentaires. En trois ans, les effectifs ont triplé.»

Modernisation en profondeur

Sur la Green Line, Systra pilote la construction des voies, des gares et des ouvrages d’art. Après avoir emprunté des pistes en soulevant une épaisse poussière de sable, se dresse devant nous le plus haut pont ferroviaire d’Afrique. Ses piliers descendent au fond de la vallée sur une hauteur de 85 mètres ! Le Khor Mayo Bridge est prêt à accueillir les rails, caténaires et signalisation qui seront l’œuvre de Siemens.

La gare de New Capital sera prête d'ici fin 2026 pour la mise en service du premier tronçon de la Green line.Olivier Cognasse
La gare de New Capital La gare de New Capital sera prête d’ici fin 2026 pour la mise en service du premier tronçon de la Green line.

Sur les lignes Blue et Red, Systra est associé à un autre français, Egis, à 65%. Il s’agit d’assurer une gestion complète du projet, «depuis l’évaluation des appels d’offres jusqu’à la maîtrise d’œuvre, en passant par la supervision des chantiers, notamment pour les systèmes et les composants ferroviaires, les essais et la mise en service des matériels roulants», précise-t-on chez Systra. Très présent dans le transport urbain, l’ingénieriste pilote les chantiers de la ligne 3 du métro du Caire depuis le début et pour les futures extensions. Financée par l’Agence française de développement (AFD) et la Banque européenne d’investissement, la Team France filière ferroviaire (Vinci, NGE, Bouygues, TSO, Thales…) est très impliquée, et c’est RATP Dev qui l’exploite depuis 2021.

Sur la future ligne 6 qui traversera l’ancienne capitale du Nord au Sud, les deux autres ingénieristes français, Egis et Setec, mènent l’étude de faisabilité. Pour le monorail qui relie Le Caire à la nouvelle capitale, c’est un consortium dirigé par Alstom qui est à la manœuvre. L’État égyptien, qui dépense 23 milliards de dollars pour ses lignes à grande vitesse, envisage de futures connexions avec le Soudan et la Libye. Si ces projets ne s’avèrent pas des mirages, les ingénieristes français ne devraient pas être très loin.

Olivier Cognasse, au Caire



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