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pourquoi il est urgent d’anticiper l’effet du réchauffement climatique sur les infrastructures

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Lu il y a 6 minutes



Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a adopté le 13 janvier un rapport sur l’adaptation des infrastructures au réchauffement climatique. Il est urgent de ne plus attendre et de mettre en place des méthodes nouvelles. Les rapporteurs Alain André et Didier Gardinal décryptent leurs propositions.

Non seulement nos infrastructures (ponts, routes, réseaux…) sont vieillissantes mais elles sont aussi menacées par le réchauffement et le dérèglement climatique. Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) vient d’adopter (129 pour, 4 contre) un rapport intitulé «Anticiper et prévenir les risques liés au changement climatique pour les infrastructures», et présenté mardi 13 janvier par Alain André et Didier Gardinal, au nom de la Commission permanente territoires, agriculture et alimentation. Il présente 21 préconisations pour l’adaptation des infrastructures avec une transformation en profondeur de la politique dans ce domaine.

Les infrastructures nécessitent des investissements colossaux en dehors de l’adaptation au changement climatique parce que l’Etat, les régions, les communes… ont laissé vieillir et se dégrader nos routes, nos voies ferrées, nos ponts, notre réseau d’eau, nos lignes électriques. La France, selon le Forum économique mondial, est passée du premier rang mondial il y a une douzaine d’années à la 18e place pour la qualité des infrastructures routières. Sur plus de 200000 ponts, 30000 à 35000 seraient en mauvais état. Et le réseau ferroviaire atteint l’âge canonique moyen de 30 ans, et même 40 ans pour les caténaires. Un tiers du réseau de cuivre est obsolète. «Dès 2028, 4000 kilomètres de voies ferrées du réseau structurant (sur un total de 17000 km) seraient alors menacés affectant toutes les régions. Le trafic s’en trouverait perturbé pour 2000 trains par jour». Le réseau d’électricité est, en moyenne, âgé d’environ 50 ans, soit l’un des plus âgés d’Europe… Pourtant, «en 2023, plus de 73 milliards d’euros ont été dépensés (soit 2,6% du PIB), dont deux tiers par les collectivités», indique le rapport.

Une situation urgente, mais pas encore désespérée

Le rapport note le début d’une prise de conscience avec le Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC) et la Trajectoire de référence du réchauffement climatique (TRACC) à +4°C pour la France d’ici à 2100. Il considère que la situation est urgente à défaut d’être désespérée. Encore faut–il que la prise de conscience soit générale. Pas évident dans un contexte politique où il est de bon ton de tirer à boulets rouges sur tout ce qui évoque l’environnement, le climat et l’écologie. «Il existe une vraie prise de conscience de la population, des politiques, des entreprises, ose Didier Gardinal est ancien Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) Midi-Pyrénées, et Trésorier de CCI France. Les infrastructures sont très mal entretenues et avec les catastrophes naturelles, nos préconisations vont être regardées sérieusement

Investir maintenant 1 euro permet d’économiser 6 à 8 euros demain, précise-t-on au CESE. «Certes, ce n’est pas électoral, car nous sommes sur le long terme, mais cela permet de développer la recherche, les emplois, la formation, des filières d’excellence. Nous faisons du développement économique et social

Une cartographie précise à établir

Le CESE appelle donc à investir massivement et de manière urgente pour améliorer la résilience et la résistance au réchauffement et aux aléas climatiques. Il formule 21 préconisations «pour anticiper l’augmentation considérable des coûts de prévention et d’adaptation des infrastructures via une priorisation intégrant une approche systémique et logique de solidarité». «Il faut établir un état des lieux précis des infrastructures et la cartographie actuelle ne tient pas compte des aléas du réchauffement climatique, prévient Alain André, cadre d’EDF et membre du groupe CGT- Force ouvrière. Il y a une question de gouvernance et d’impulsion. Il faut se rendre compte du retard. Il faut estimer précisément le coût de l’adaptation sur les infrastructures.»

Le CESE a donc essayé de trouver des financements innovants sans nouveaux impôts en réorientant par exemple, l’épargne vers des fonds dédiés aux infrastructures. «Ça tombe bien, se réjouit Didier Gardinal à propos de la fin des concession d’autoroute et du financement des infrastructures ferroviaires dans le projet de loi-cadre sur les transports. Le ministre des Transports vient de saisir le CESE pour lui présenter le texte. »

Parmi ses préconisations, le CESE insiste sur l’amplification des investissements avec une augmentation des financements par les pouvoirs publics, le Parlement et le gouvernement. Il envisage la mise en place d’une gouvernance nationale intégrée des infrastructures de l’Etat tout en renforçant la territorialisation de la gouvernance, une mission gouvernementale sur l’assurabilité des infrastructures, «une mutualisation à travers l’assurance», et il demande un cadre légal comportant des mesures incitatives ou contraignantes pour favoriser la résilience des infrastructures. En espérant que ces propositions soient entendues, car plus les retards s’accumulent et plus l’addition sera lourde.



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