
En donnant “la priorité à la créativité humaine”, Bandcamp est devenue la première plateforme musicale majeure à prendre une décision aussi radicale concernant l’intelligence artificielle. Une manière, aussi, de se distinguer du reste du secteur musical, qui pactise avec des start-ups d’IA et se montre timide en matière de régulation.
Dans un secteur musical où des majors comme Universel ou Warner s’associent à des sociétés d’intelligence artificielle (IA) générative, où des chanteurs peinent à faire reconnaître la spoliation de leurs œuvres par des modèles d’apprentissageoù des chansons générées artificiellement parviennent à se hisser dans les classements par écoutela plateforme Bandcamp a décidé de naviguer à contre-courant. Mardi 13 janvier, elle a annoncé le bannissement des morceaux générés via cette technologie.
Supprimer les musiques suspicieuses
Concrètement, explique son billet de blog, “la musique et les fichiers audio générés entièrement ou en grande partie par l’IA ne sont pas autorisés sur Bandcamp”. De même, “toute utilisation d’outils d’IA pour usurper l’identité d’autres artistes ou imiter leur style est strictement interdite”. Des règles claires que la plateforme promet d’appliquer avec l’aide de ses utilisateurs, lesquels sont invités à signaler tout contenu qui semble généré artificiellement afin que celui-ci soit analysé par un modérateur humain.
“Nous nous réservons le droit de supprimer toute musique soupçonnée d’avoir été générée par une intelligence artificielle”poursuit l’entreprise, qui dit vouloir donner “la priorité à la créativité humaine”. A l’heure où les contenus, qu’ils soient textuels, vidéo ou audio, prolifèrent en ligne et sont qualifiés de “slop”, il s’agit selon la plateforme de faire en sorte que “les musiciens puissent continuer à créer de la musique et que les fans aient la certitude que la musique qu’ils trouvent sur Bandcamp a été créée par des humains”.
Une mesure saluée par des internautes
Sur le réseau social communautaire Redditoù Bandcamp a aussi publié son communiqué, la nouvelle a été particulièrement bien accueillie. “Bandcamp reste le meilleur endroit pour publier votre musique”a jugé un internaute, tandis que d’autres ont dénoncé les politiques considérées comme trop permissives de plateformes rivales dominantes comme YouTube et Spotify, concernant le recours à l’IA générative.
Particulièrement confronté à la prolifération de tels contenusSpotify a toutefois mis en place quelques garde-fous, en septembre dernier. Le mois suivant, le géant suédois avait aussi conclu un partenariat avec les labels Sony, Universal, Warner et Believe afin de “développer des produits IA responsables”.
Une stratégie ambivalente jugée timide par certains consommateurs de musique et sur laquelle Bandcamp a largement surenchéri, en devenant ainsi la première plateforme musicale majeure à bannir purement et simplement l’usage de la technologie. “Nous ne manquerons pas de communiquer toute mise à jour de celle-ci à mesure que le domaine en pleine évolution de l’IA générative se développe”conclut-elle.


