
Spécialisée dans la plasmalyse du méthane, qui permet d’obtenir de l’hydrogène et des matériaux carbonés à partir de gaz naturel, la start-up Spark Cleantech a levé 30 millions d’euros fin 2025. Grâce à sa solution, elle ambitionne de décarboner l’industrie lourde, et plus particulièrement les entreprises ayant besoin de fortes chaleurs pour leurs procédés.
Spark Cleantech s’apprête à changer d’échelle. Fondée en 2022, cette start-up issue du CNRS et de CentraleSupélec a annoncé le 4 décembre avoir bouclé un tour de table de 30 millions d’euros. Ces fonds l’aideront à industrialiser sa technologie de plasmalyse du méthane, que son PDG Patrick Peters décrit comme «unique au monde». Grâce à elle, l’entreprise affirme être en mesure de transformer le gaz naturel en deux produits à valeur ajoutée : de l’hydrogène et des matériaux carbonés. «Si on veut accélérer la décarbonation, il faut réussir à développer des solutions économiques, estime le dirigeant. Or, notre processus se démarque justement en réduisant les émissions tout en créant de la valeur.»
La solution de Spark Cleantech s’adresse avant tout aux industriels ayant besoin de hautes températures, comme les verriers ou les métallurgistes, dont les procédés sont très complexes à décarboner. Le dispositif prend la forme d’un module composé de cellules à arcs électriques à haute tension. Branché entre le réseau de gaz et les machines nécessaires à ses clients, il casse les molécules de méthane afin d’obtenir des molécules de dihydrogène et de carbone, et ce sans combustion. «La plupart des technologies similaires nécessitent des températures de 5000 à 20000 degrés, avec des pertes énergétiques énormes, précise Patrick Peters. A l’inverse, nous contrôlons la température de notre plasma.»
Une centaine d’unités industrielles en 2032
L’hydrogène obtenu, débarrassé de son carbone, peut être brûlé par l’industriel pour alimenter ses machines. La start-up le vend au même prix que le gaz naturel, mais met en avant une réduction des émissions de CO2 de l’ordre de 85% par rapport à une utilisation traditionnelle de méthane, et cinq fois moins d’électricité consommée par rapport à l’électrolyse de l’eau. Elle récupère par ailleurs les matériaux carbonés sous forme de poudre et les revend à différents acteurs, notamment dans l’automobile. «Joints de portière, batteries, pneus… Dans les voitures, de nombreux éléments sont fabriqués à partir de carbone», liste le PDG.
Spark Cleantech a d’ores et déjà pu vérifier la viabilité de sa technologie et valider la qualité de son carbone avec un premier démonstrateur. Installé fin 2024 sur le site d’un méthaniseur, à Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher), celui-ci est constitué de cinq cellules capables de produire chacune un kilo d’hydrogène et trois kilos de carbone par jour. «Notre objectif, c’est d’arriver rapidement à l’échelle de la tonne, indique Patrick Peters. Nous prévoyons de déployer nos premières unités de taille industrielle en 2027, et d’en compter une cinquantaine à l’horizon 2032.»
Pour sa montée en puissance, la start-up prévoit une vingtaine de recrutements au cours de l’année 2026, en plus de la vingtaine de salariés qu’elle compte aujourd’hui et… du Prix Nobel de physique présent dans son conseil scientifique. «Nous devons aller vite car nous ne sommes pas les seuls dans le monde à travailler sur la dissociation de méthane», reconnaît le dirigeant.


