
À l’occasion de Paris Packaging Week, les 5 et 6 février 2026, le Conseil national de l’emballage récompensera les lauréats de la 16e édition de son concours Emballé 5.0. Antoine Salles, délégué général, et Michel Fontaine, président du CNE, reviennent sur cette compétition qui mobilise une douzaine d’écoles d’emballage à travers la France.
Emballages magazine : Le concours Emballé 5.0 en est à sa 16e édition. Comment fonctionne-t-il ?
Michel Fontaine : Nous avons démarré en 2010 et travaillons avec une douzaine d’IUT et d’écoles d’emballage, de niveau BAC+2 et BAC+3. Ce qui est intéressant, c’est le maillage territorial : Évreux, Chambéry, Dijon, Nancy, Cognac… Le plus important pour nous, c’est le contact avec les responsables pédagogiques. S’ils ont envie de participer, leurs élèves auront aussi envie et nous obtenons de bons résultats. Chaque année, en octobre-novembre, quelqu’un du CNE va présenter le concours dans les écoles. Les étudiants travaillent en décembre et nous recevons les dossiers mi-janvier. Le jury délibère ensuite avant la cérémonie finale qui se tient dans le cadre de Paris Packaging Week début février.
Pourquoi avoir choisi les seniors comme thématique cette année ?
Antoine Salles : Le CNE publie régulièrement des documents sur les mutations sociétales. L’un des plus récents portait sur les mutations sociétales et en particulier sur le vieillissement de la population. Face à l’emballage, les seniors peuvent rencontrer des difficultés : ouverture, lecture des étiquettes, manipulation… C’est une vraie évolution dans laquelle le monde de l’emballage doit se projeter. Nous avons voulu faire plancher la jeune génération sur les problèmes de la génération précédente. C’est une originalité cette année : un seul thème, contre deux ou trois habituellement. Autre spécificité : nous avons demandé aux étudiants de mener une enquête terrain préalable, en interrogeant des seniors sur leur relation aux emballages.
Les étudiants ont-ils une totale liberté dans le choix des produits ?
M.F. : C’est complètement libre. Quand on regarde les résultats des éditions précédentes, on a parfois été surpris. Il y a des propositions évidentes, mais aussi des idées très originales. Je me souviens d’une année où des étudiants ont proposé de vendre les médicaments à l’unité plutôt que par boîte, comme cela se pratique dans d’autres pays. Ils l’avaient vu sous l’angle de l’amélioration de l’emballage, en montrant qu’on pouvait avoir un bénéfice global. Nous leur demandons quand même du travail : des chiffres, des calculs. Quand ils proposent de réduire l’emballage, ils doivent dire de combien et comment ils ont fait leurs calculs. D’ailleurs, beaucoup font des maquettes, surtout dans le carton.
Comment avez-vous accompagné les étudiants sur ce sujet ?
A.S. : Nous les renvoyons aux travaux déjà publiés par le CNE, mais nous accompagnons aussi la présentation du concours avec une mise en contexte. Mais nous restons volontairement génériques pour laisser les étudiants apporter leurs propres réponses. Nous ne voulons pas trop canaliser le débat ni faire le travail à leur place.
M.F. : Nous mettons également à disposition un parrain pour chaque équipe, parmi nos adhérents volontaires. Son rôle n’est pas de gagner le concours à leur place, mais de faciliter les choses s’ils ont des questions ou des problèmes de compréhension.
Sur quels critères allez-vous juger les projets ?
M.F. : Nous avons cinq critères bien définis. Le côté innovant, bien sûr. La reproductibilité : une idée doit pouvoir s’appliquer à d’autres types de produits. La facilité d’industrialisation : faut-il 20 milliards d’investissement ou peut-on le faire demain ?
A.S. : Il y a aussi la cohérence avec le thème retenu, où l’étude préalable sera importante. L’utilité de la proposition face à un problème actuel. Le développement durable. Et le respect de la réglementation en vigueur. Ce sont des axes qui servent de boussole au jury, mais nous n’avons pas de grille d’évaluation extrêmement stricte. L’expertise du jury, c’est aussi de se laisser séduire par tel ou tel projet.
Qu’est-ce qui primera : l’accessibilité pour les seniors ou la performance environnementale ?
M.F. : Au CNE, c’est les deux, nous ne faisons pas de choix. Il faut que le consommateur trouve son compte, car s’il n’y a pas de produit, il n’y a pas d’emballage. Le consommateur doit être satisfait et nous devons avoir un bénéfice environnemental démontré. Nous demandons les deux, il n’y a pas de négociation entre les deux.
Après 16 éditions, quel bilan tirez-vous de ce concours ?
M.F. : D’abord, précisons que nous ne donnons pas de prix financier mais nous offrons une ouverture et une visibilité sur les industriels. Nous nous engageons à ce que les étudiants primés puissent avoir au minimum un stage, voire autre chose s’ils sont très performants. Avant le Covid, avec dix ans de recul, nous avons regardé ce qu’ils sont devenus. Nous avons retrouvé des anciens chez Citeo, chez nos industriels de l’emballage… Nous leur donnons la possibilité d’entrer dans le monde qu’ils ont travaillé pendant leurs études.
Pour les responsables pédagogiques, c’est également précieux. Ils sont avides d’avoir des contacts avec l’industrie. Pour nous, c’est important de faire rayonner l’emballage, y compris auprès des étudiants. Actuellement, les responsables pédagogiques ont du mal à recruter parce que l’industrie et l’emballage ne font pas rêver. Nous essayons de leur montrer que derrière le mot emballage, il y a plein de choses modernes.
Les étudiants ont-ils un regard différent sur l’emballage que les industriels ?
M.F. : Complètement. Ils n’ont pas de bornes, pas de limites, pour eux tout est facile. J’ai vu une fois un étudiant proposer une bouteille en deux parties. C’était venu naturellement. Sans pression particulière, ils ont des remarques assez pertinentes. Ce que nous avons aussi remarqué, c’est qu’ils sont très marqués par l’environnement médiatique qui véhicule les problématiques environnementales. Ils absorbent comme des éponges tout ce que les médias grand public racontent. Il faut vivre avec, car ces jeunes seront demain des consommateurs biberonnés à cet environnement.
A.S. : Venant d’arriver au CNE, je n’ai évidemment pas le recul de Michel. Mais j’ai pu participer à un événement comparable, le Packathon organisé par le GEPPIA. Les jeunes vivent avec les préoccupations de leur époque. Ils s’intéressent beaucoup à l’emballage et au numérique, à l’environnement, au biomimétisme. C’est cette génération qui trouvera probablement les solutions de l’emballage de demain. Ce sont des publics d’ingénieurs qui ont conscience des fonctionnalités de l’emballage, mais ils sont très centrés sur les nouveaux matériaux durables et recyclables.
Quels conseils donneriez-vous aux futurs participants ?
M.F. : Pas de limite ! Il faut vraiment qu’ils se lâchent. L’enquête préalable, c’est ce que nous faisons quand nous sommes ingénieurs packaging en entreprise. Mais c’est déjà arrivé que des élèves le fassent d’eux-mêmes. Mon conseil : allez-y, vous avez la chance de vous exprimer, d’aller au-delà de ce que vous connaissez.
Comment se déroule le concours Emballé 5.0
À l’issue de la phase de sélection, un jury professionnel retient une série de projets finalistes. Six projets sont ensuite présentés lors de la Paris Packaging Week, où le concours prend toute sa dimension publique. Sur le salon, les équipes d’étudiants disposent d’un temps dédié pour pitcher leur concept directement auprès des visiteurs et des professionnels du secteur.
Le vote se fait en direct : les visiteurs sont invités à départager les projets via leur smartphone, selon une mécanique de vote accessible sur le salon. Cette étape permet d’associer l’ensemble de l’écosystème packaging – industriels, marques, fournisseurs, experts – à l’évaluation des propositions étudiantes.
À l’issue du salon, les votes sont consolidés et trois projets sont désignés lauréats. Plus qu’une récompense financière, le concours offre aux étudiants une visibilité directe auprès des industriels, ainsi qu’un premier contact concret avec le monde professionnel du packaging.


