
Malgré la sortie de terre d’une nouvelle usine, Micron n’envisage pas un retour des prix à la normale avant plusieurs années. De quoi s’interroger sur les mécaniques à l’origine de cette crise, liée à la construction frénétique d’infrastructure de calculs pour l’IA.
De nombreux consommateurs s’inquiètent des prix qui flambent pour la DRAM, la mémoire vive communément utilisée dans les ordinateurs et smartphones, depuis le second semestre 2025. Cela n’est malheureusement pas près de s’arranger.
Il faudra attendre au moins jusqu’à 2028 pour que le marché de la mémoire vive retrouve son état normal, d’après Micron, l’un des trois leaders mondiaux aux côtés de Samsung et SK Hynix. “Avec la construction de tous ces data centers IA, la taille du marché est en croissance de 60% et l’industrie n’arrive pas à répondre à cette demande”indique Christopher Moore, vice-président du marketing de Micron, dans une interview accordée à Wccftech.
Réduire le nombre de produits pour accélérer les cadences de production
Micron a débuté la construction d’une nouvelle usine il y a trois ans, mais elle ne sera pas opérationnelle avant l’année prochaine, et sa production n’aura pas d’effet sur le marché avant 2028. Ses concurrents coréens n’y sont pas mieux préparés.
En attendant, l’une des méthodes employées par Micron pour augmenter ses cadences de production est de réduire le nombre de produits différents qu’il fabrique pour se concentrer sur certaines catégories. C’est notamment pour cela qu’il a mis un terme à sa marque Crucial, qui commercialisait de la DRAM directement auprès du grand public. Cela signifie aussi que les configurations de mémoire pour les ordinateurs et smartphones pourront se trouver réduites à l’avenir.
Si les acteurs de l’IA nécessitent de la mémoire en grande quantité, ils n’utilisent pas les mêmes produits que ceux qu’on trouve dans nos ordinateurs. Les fabricants, en revanche, sont les mêmes, et ils privilégient sans grande surprise les produits qui leur rapportent le plus. L’accord passé entre OpenAI et Samsung et SK Hynix dans le cadre du projet Stargate est emblématique de cette réorientation des priorités.
Demande réelle… ou juste perçue ?
Ce type d’accord direct, qu’affectionnent particulièrement les grands acteurs de l’IA, pourrait d’ailleurs porter plus de responsabilité qu’on ne le pense. Il faut en effet noter que la construction effrénée de centres de calcul pour l’IA reste encore en partie prospective, avec de nombreuses inconnues sur la longévité du phénomène. Mais ces acteurs ont peur de se retrouver à cours de composants et se livrent en conséquence à une guerre des prix, un peu à la manière de ce qui se passe avec les GPU.
C’est un changement de paradigme par rapport au système classique avec quelques grands distributeurs. “Plus on entend parler de “pénuries” ou de “demande accrue”, plus la peur de rater une opportunité s’installe et plus les gens se précipitent pour enchérir sur la mémoire”note avec pertinence l’analyste Ian Cutress, dans une publication sur le réseau social X lundi 12 janvier. Et d’encourager les observateurs du secteur à faire la distinction entre “demande perçue” et “demande réelle”.
L’un des grands bénéficiaires potentiels de cette crise pourrait être le chinois Yangtze Memory Technologies Corporation (YMTC), dont les composants pourraient combler un manque sur le marché international… si le climat géopolitique le permet.


