
EDF et le consortium d’industriels Exeltium ont annoncé mercredi 14 janvier la conclusion d’un accord attendu dans le cadre du “deal” de 2023 signé entre l’Etat et l’énergéticien sur sa politique commerciale post-Arenh. Il n’y aura pas d’Exeltium 2, mais des volumes supplémentaires pour les membres du consortium.
Tout vient à point à qui sait attendre… Mais peut-être sous une forme différente de celle anticipée. Plus de deux ans après l’accord entre l’Etat et EDF sur la nouvelle politique commerciale de l’énergéticien, le consortium d’industriels électro-intensifs Exeltium et EDF ont annoncé mercredi 14 janvier la conclusion d’un accord pour une livraison d’électricité supplémentaire maximale de près de 30 TWh dans le cadre du contrat qui les lie depuis 2008. Celui-ci se terminera le 30 avril 2034.
Ces volumes d’électricité seront livrés par Exeltium à ses clients actuels qui sont aussi ses actionnaires. «L’objectif est de faire bénéficier de cette électricité les usines électro-intensives membres d’Exeltium à partir du 1er octobre 2026», indique Jean-Paul Aghetti, le président d’Exeltium, auprès de L’Usine Nouvelle.
Un consortium à l’histoire mouvementée
Fruit de discussions longues et difficiles avec la Commission européenne, Exeltium est un consortium d’industriels électro-intensifs qui compte aujourd’hui 24 membres issus différents secteurs comme Air Liquide, ArcelorMittal ou Suez. Il a noué en 2008 un contrat spécifique avec EDF pour un approvisionnement en électricité couvrant initialement le tiers de la consommation d’une centaine de sites à un prix compétitif.
Après des déboires dus à la crise financière de 2008, le contrat signé prévoit in fine un volume de 148 TWh jusqu’en 2034, moyennant une avance de fonds de 1,75 milliard d’euros financée à 90% par la dette. Les premières livraisons ont eu lieu en 2010. Le contrat est toujours en cours et il reste une trentaine de TWh à consommer pour les industriels.
Pas d’Exeltium 2
A l’époque, un volume additionnel de 163 TWh avait été envisagé sans être contractualisé. La mise en œuvre de cette deuxième phase d’Exeltium faisait partie des engagements pris par EDF dans l’accord conclu avec l’Etat en 2023 sur le nouveau cadre de régulation post-Arenh. Mais le recours à une nouvelle société Exeltium 2, dont la création avait fait l’objet d’une communication du consortium en avril 2025, n’est plus d’actualité.
Pour Jean-Paul Aghetti, l’accord conclu avec EDF est l’aboutissement d’un travail engagé en 2022. Au-delà du volume maximal de près de 30 TWh, cet accord a permis de fixer le montant de l’avance de fonds (ou avance en tête) que devront financer les industriels. Exeltium ne communique pas le montant de cette avance.
Le financement de l’avance de fonds sera difficile
« Il y a eu des discussions avec la direction générale de la concurrence de la Commission européenne pour éviter que nos clients disposent d’une clause de sortie gratuite, comme c’est le cas tous les cinq ans dans le contrat initial, car cela rendait impossible le financement de l’avance en tête», explique Jean-Paul Aghetti. Selon lui, Exeltium a obtenu une réponse positive de la Commission européenne sur ce point en mars 2025.
Mais la poursuite du partenariat avec EDF dans le cadre existant, une idée initiée par EDF selon Jean-Paul Aghetti, complique le financement de l’avance en tête pour Exeltium. «Nous avons déjà une dette contractée auprès de 31 prêteurs et, comme nous ne créons pas de nouvelle société, nous allons rajouter par-dessus une nouvelle dette», précise le président d’Exeltium qui ne souhaite pas rembourser par anticipation la dette existante, ni effectuer de refinancement.
Pour ce faire, il devra convaincre les prêteurs qui ne remettront pas au pot de ne pas bloquer le projet. Ces discussions pourraient ne pas être anodines pour les industriels du consortium. «En fonction de la dette que nous pourrons lever, le volume maximal de 30 TWh pourrait être réduit», souligne Jean-Paul Aghetti. Par ailleurs, seuls les industriels déjà membres d’Exeltium pourront bénéficier des nouveaux volumes.
Quid de l’après 2034 ?
Exeltium doit encore obtenir l’engagement individuel de ses actionnaires-clients intéressés par les volumes complémentaires. En cas de demande inférieure à l’accord passé avec EDF, les près de 30 TWh négociés pourraient finalement être réduits. A l’inverse, en cas de demande supérieure, «nous serons contraints de diminuer les droits» d’accès aux volumes des membres, renseigne Jean-Paul Aghetti.
En l’état, Exeltium ne devrait pas survivre au-delà de 2034. Mais pour Jean-Paul Aghetti, l’intérêt d’un modèle de consortium demeure. Dans son communiqué d’avril 2025, Exeltium rappelait que la formule du consortium permet à EDF de bénéficier d’une avance de fonds significative. Quant aux clients, ils ne s’endettent pas directement et leur investissement peut être déconsolidé, c’est-à-dire retiré du bilan de leur entreprise. Les plus petits sites industriels bénéficient eux d’une forme de mutualisation avec les plus grands groupes.


