
Climat des affaires, production, exportation, investissements… Les perspectives des industriels français sont bien orientées début 2026. Mais le secteur avance à deux vitesses, avec l’aéronautique en très grande forme et des industriels dépendants de la demande intérieure plus en difficulté.
Le pays n’a toujours pas de budget pour 2026, les tensions géopolitiques n’ont pas vraiment reflué… et malgré tout, l’industrie française ne se porte pas si mal. En décembre, le climat des affaires calculé par l’Insee dans le secteur manufacturier est repassé au-dessus de sa moyenne de longue période, son plus haut niveau depuis un an et demi. «La résilience de l’économie française tient beaucoup aux entreprises», considère Mathieu Plane, économiste pour l’OFCE. Selon les dernières prévisions de l’Insee, après avoir fini 2025 avec un PIB en hausse de 0,9%, la croissance française devrait encore garder son élan. La hausse du PIB acquise à l’été pourrait atteindre 1,1%, selon l’Institut de statistique.
Malgré les incertitudes politiques, les signaux repassent au vert : sur un an, la production industrielle a progressé en octobre de 1%. Le rebond des investissements des entreprises a étonné les économistes depuis le troisième trimestre, avec un sursaut de 0,8%, et il devrait continuer à progresser au moins jusqu’à l’été, pronostique l’Insee. «La hausse des investissements se concentre surtout sur l’équipement et les services informatiques, mais peu dans des capacités de production supplémentaires», nuance Charles-Henri Colombier, économiste pour l’institut Rexecode. Pour la Banque de France, le taux d’utilisation des capacités de production est remonté à des niveaux proches de sa moyenne de longue période, à 76,7%, après avoir touché un point bas fin 2024.
L’aéronautique tout feu tout flamme
Mais les chiffres dessinent surtout une industrie à deux vitesses. D’un côté, la santé éclatante du secteur de l’aéronautique alimente largement la hausse de la production industrielle. Malgré le ralentissement des livraisons d’Airbus en fin d’année, après le rappel massif d’avions A320, le rebond est spectaculaire.
Depuis juin, la production du secteur a progressé de près de 15%. Chez les motoristes et les sous-traitants, les usines tournent à plein régime pour absorber les retards de production accumulés depuis le covid. Au troisième trimestre, les livraisons d’avions et de moteurs ont ainsi augmenté de 2,6 milliards d’euros, expliquant en grande partie la forte hausse de la contribution du commerce extérieur à la croissance. Et il n’y a pas que l’aéronautique civile : «Les applications militaires portent aussi une partie des activités aérospatiales», rappelle Charles-Henri Colombier. Celles-ci profitent en ce moment d’un vent porteur, qui concerne aussi la production de biens électroniques, électriques et optiques.
De l’autre, l’ambiance est franchement plus morose dans les secteurs dépendants de la consommation des ménages. Dans l’industrie agroalimentaire, le moral des patrons a encore reculé en décembre bien en dessous de sa moyenne de longue période. Il n’est guère mieux dans le textile, la chimie ou l’automobile. «On a une économie française à deux vitesses : l’économie plus tournée vers la demande intérieure est en difficulté, celle connectée à l’économie internationale se porte mieux», pointe Philippe Mutricy, le directeur de Bpifrance Le Lab.
Le dernier baromètre de la banque publique auprès des TPE-PME, publié le 13 janvier et réalisé auprès de 4700 petits patrons, souligne des carnets de commande peu garnis l’an dernier et une baisse d’activité pour les PME industrielles. Mais les PMI de plus de 100 salariés et celles présentes à l’international ont en revanche vu leur chiffre d’affaires continuer à progresser.
Des gains de compétitivité en hausse
Pour 2026, les signaux sont là aussi plus positifs. Les patrons de PME sont plus nombreux à anticiper une hausse de leur chiffre d’affaires cette année que ceux prévoyant une baisse. Dans l’industrie, leur solde d’opinion est ainsi en augmentation de 13 points dans la dernière mouture du baromètre, par rapport à l’année précédente. L’assureur-crédit Allianz Trade estime par ailleurs que le pic des défaillances d’entreprises est probablement dépassé, après le niveau record de 68500 faillites l’an dernier. Pour 2026, leur nombre devrait refluer de 2,5%, même si cela constitue toujours un plateau haut.
Et les entreprises industrielles pourraient bénéficier de nouveaux soutiens. L’inflation a été plus faible en France que chez ses voisins européens, avec une hausse des prix à la consommation de 0,8% en décembre contre 2% dans la zone euro. La pression pour augmenter les salaires y est moindre. Depuis la crise énergétique, la France a engrangé des gains de compétitivité. Petit à petit, ceux-ci devraient soutenir les exportations des entreprises tricolores au sein de la zone euro.
Celles-ci pourraient aussi profiter de la meilleure santé de l’économie allemande, qui reste leur premier débouché à l’étranger. Dopée par le plan d’investissements massifs dans la défense et les infrastructures prévus par le gouvernement Merz, la croissance outre-Rhin devrait repasser au-dessus de 1% de hausse du PIB, un plus haut depuis 2018.
Une surépargne à résorber
Mais beaucoup va surtout dépendre du redémarrage de la consommation. En 2025, les dépenses des ménages n’ont progressé que de 0,3%. Depuis des mois, le gouvernement et les économistes guettent un signe de rebond. «Si les ménages ne se remettent pas à consommer, on voit mal comment les entreprises pourraient continuer à investir. Les relais de croissance risquent de finir par s’essouffler», s’inquiète Mathieu Plane.
D’après les enquêtes, les ménages continuent à broyer du noir. Et ils ont utilisé ces derniers mois leurs gains de pouvoir d’achat pour augmenter encore leur épargne, déjà supérieure de près de 90 milliards d’euros à son niveau de 2019. Les hausses limitées de salaires pourraient encore les encourager à préférer leurs bas de laine. La baisse de l’incertitude politique, une fois le budget adopté, pourrait éventuellement donner un petit coup de pouce à la consommation. «Pour maintenir la croissance, il faudrait que les déficits publics et l’épargne privée baissent au même rythme», résume Mathieu Plane.


