Pour recycler les combustibles nucléaires usés des nouveaux réacteurs EPR2 d’EDF, Orano ouvre à la Hague le chantier Aval du Futur. Les détails de ce projet hors normes en cinq questions.
Le programme du nouveau nucléaire français ne se limite pas à la construction de 6 à 14 nouveaux réacteurs nucléaires EPR2 par EDF. Lors du conseil de politique nucléaire du 26 février 2024, l’Elysée a également décidé la poursuite du programme de recyclage de combustibles usés de ces nouveaux réacteurs. Confié à Orano et baptisé Aval du Futur, le projet est entré en action le 1er janvier 2026.
Aval du Futur, de quoi s’agit-il ?
Le projet Aval du Futur d’Orano s’inscrit dans la continuité de la politique de recyclage des combustibles nucléaires civils usés, mise en place il y a plus de 50 ans. Dans la dernière programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE2, qui prévoit la fermeture de 12 réacteurs nucléaires et le développement de sources d’énergies renouvelables pour équilibrer le mix électrique), Orano avait déjà obtenu d’assurer un fonctionnement de ses usines de la Hague et de Melox jusqu’en 2040. Il s’agit maintenant de construire des équipements capables de fonctionner jusqu’en 2120, pour les 6 à 14 EPR2 prévus pour fonctionner 60 ans… voire davantage. Mais aussi pour gérer le combustible d’éventuels petits réacteurs modulaires (SMR) à eau légère pressurisée (REP), ou à neutrons rapides.
Encore au stade des études, le projet Aval du Futur comprend trois éléments principaux. Un atelier de déchargement et d’entreposage des combustibles usés, sous eau, avec trois bassins de 6500 tonnes pour répondre aux besoins d’EDF et de clients étrangers. Des ateliers de traitement des combustibles usés à terme offriront des capacités équivalentes aux capacités actuelles, soit 1200 tonnes de combustibles traités annuellement. Ils devront traiter des combustibles usés classiques issus des REP, mais aussi des combustibles MOX et URE (uranium de recyclage enrichi) usés, pour préparer la fermeture du cycle du combustible à l’horizon de la fin du siècle. Ces ateliers devront être démontables et modulables pour intégrer de nouvelles technologies. Ils remplaceront les usines UP3 et UP400, dont la durée de vie est à l’étude dans le programme Pérennité et résilience, pour voir jusqu’où les prolonger, mais qui ne pourront pas être modifiées ni agrandies.
Le troisième élément est une nouvelle usine de fabrication de combustibles MOX, mais aussi, nouveauté, de MOX RN ou MOX à neutrons rapides à base de plutonium et d’uranium appauvri issu de l’enrichissement, qui remplacera celles de Melox (Gars) collées au site de CEA de Marcoule, qui fermera en 2045. Ces trois éléments seront construits à l’intérieur de l’enceinte sécurisée de 220 hectares du site de la Hague (Manche), à l’ouest, dans un espace de 45 hectares, après déconstruction d’une trentaine de bâtiments peu ou non utilisés.
Orano Quel est le calendrier ?
Les premiers éléments qui doivent entrer en service, en 2040, sont le premier bassin de stockage des combustibles MOX usés qui remplace la piscine de stockage centenaire centralisé prévue par EDF, ainsi que la nouvelle usine de MOX, qui fonctionnera en tandem avec celle de Melox durant cinq ans. Les autres bassins, où sont entreposés les combustibles usés pendant sept ans avant d’être recyclés, entreront ensuite en service d’ici à 2045.
Pour l’usine de retraitement en revanche, c’est le grand flou. «En 2045, nous n’aurons pas tout livré. Les piscines et l’usine de MOX seront opérationnelles, mais le cœur de l’usine sera en chantier, explique Nicolas Ferrand, le directeur du projet Aval du Futur chez Orano. Aujourd’hui, quand bien même le gouvernement nous dirait qu’il veut une nouvelle usine opérationnelle en 2045, on ne sait plus le faire. L’horizon de mise en service est prévu entre 2050 et 2065, cela dépend des résultats du programme Pérennité et résilience.»
Orano Comment va s’organiser ce chantier XXL ?
Ce chantier XXL devrait mobiliser au minimum 10000 personnes. Or le site de la Hague n’est desservi que par une route déjà très encombrée par les 5000 personnes qui travaillent sur le site. Il est donc très contraint. Nicolas Ferrand envisage une dizaine de chantiers déportés, d’un millier de personnes chacun, dans la Manche, mais aussi probablement dans les départements voisins du Calvados voire de l’Orne. Les modules y seront construits, testés et qualifiés. Leur transport se ferait de nuit par la route, voire pourquoi pas, par les airs, en ballon dirigeable.
Les ouvriers devant travailler sur le site de la Hague pourraient être logés sur un paquebot ou des bateaux-hôtels, comme pour la construction des plateformes pétrolières en mer, amarrés dans le port de Cherbourg et transportés par car.
Qui travaille sur le projet ?
Pour piloter ce projet, Orano a créé une société ad hoc, Orano Aval du Futur (AdF), début 2025, mais formellement, le 1er janvier 2026, avec le statut d’unité économique et sociale, avec la société d’ingénierie du groupe Orano. Les effectifs dédiés au Programme Aval du Futur chez Orano ont été transférés dans l’entité le 1er janvier 2026, et qui compte 250 salariés aujourd’hui. Véritable start-up interne, Orano AdF verra son effectif grimper à 600 personnes fin 2025 puis à 2000 d’ici à trois ans.
Ils seront épaulés par les équipes dédiées dans sept sociétés d’ingénierie, qui ont signé des contrats de partenariat avec Orano sur ce projet : Amerta, Assystem, Capgemini, ECIA-Equans, Egis, Ekium et Vulcain.
Combien cela va-t-il coûter et qui va payer ?
L’investissement total «se chiffre en dizaines de milliards d’euros sur les doigts d’une main, mais pas plus», promet Nicolas Ferrand. Soit au bas mot 50 milliards, «en euros constants de 2024, hors inflation et hors frais de financement».
Selon un accord de principe avec Orano, qu’il reste à formaliser, c’est «majoritairement» EDF qui paiera ce qu’il y a à réaliser d’ici à 2040. Cela comprend les piscines, l’usine de MOX, et les études de la nouvelle usine. Par contre, dans cette première phase, EDF ne finance rien de la nouvelle usine. Mais le montant sera supérieur aux 30 milliards d’euros prévus par la Cour des comptes dans son rapport sur le modèle économique d’EDF de septembre 2025, prévient-on chez Orano.


