
En 2025, le financement en fonds propres des start-up françaises a poursuivi sa normalisation avec seulement 7,4 milliards d’euros levés, en baisse de 5% par rapport à 2024, selon le baromètre du capital-risque d’EY publié lundi 12 janvier. Et le tableau aurait pu être encore plus sombre sans l’énorme opération de Mistral AI.
Observateur régulier de la French Tech, l’associé d’EY Franck Sebag considère qu’il y a deux façons de regarder l’année 2025 dans le rétroviseur concernant les levées de fonds des start-up «en voyant le verre à moitié plein ou à moitié vide».
De fait, 2025 a bel et bien été la pire année depuis le boom démarré en 2021 pour le financement en fonds propres des jeunes pousses françaises, avec des montants récoltés en baisse de 5% par rapport à 2024 pour un total de 7,4 milliards d’euros. Le nombre d’opérations réalisées l’année dernière (618 au total) est même très légèrement inférieur à celui recensé en 2020, année de crise sanitaire, selon le baromètre d’EY publié lundi 12 janvier.
Mistral AI, le sauveur
Dans ce contexte, la start-up d’intelligence artificielle (IA) générative Mistral AI fait figure de sauveur grâce à sa levée de fonds de 1,7 milliard d’euros réalisée en grande partie grâce au fabricant néerlandais de puces ASML et dévoilée en septembre 2025. L’opération a été la plus grosse enregistrée dans l’écosystème tricolore l’année dernière. «Sans ces 1,7 milliard d’euros, la photographie de l’année 2025 serait beaucoup moins belle avec des investissements qui auraient reculé de 26% en valeur. Mais on observe souvent une opération énorme chaque année, cela fait partie du jeu», commente Franck Sebag auprès de L’Usine Nouvelle.
L’investissement dans Mistral AI contribue en outre à limiter la casse quand on compare 2025 à la période antérieure à la crise sanitaire. En 2019, les levées de fonds de la French Tech atteignaient 5 milliards d’euros seulement. Le «gros coup» de Mistral AI permet aussi à la France de devancer légèrement l’Allemagne au petit jeu des montants levés l’année dernière, même si le Royaume-Uni est désormais très loin devant avec plus de 20 milliards d’euros collectés par son écosystème en 2025.
De bonnes nouvelles attendue en 2026
Les plus optimistes noteront également que le second semestre de 2025 a été le meilleur semestre de l’écosystème depuis la deuxième partie de l’année 2022, au plus fort du boom post-Covid. Et certaines opérations devraient permettre de bien lancer l’année 2026.
Lundi 12 janvier, la start-up de drones dopés à l’IA Harmattan AI a par exemple reçu un investissement d’environ 171 millions d’euros de la part de Dassault Aviation. Selon Bloomberg, la jeune pousse – tricolore elle aussi – Pennylane, spécialisée dans le logiciel de comptabilité, préparerait de son côté une levée de fonds de 200 millions de dollars. Quant au chercheur en IA passé par Meta Yann LeCun, celui-ci cherche à lever 500 millions d’euros pour sa start-up, même si sa domiciliation en France n’est pas encore garantie.
La greentech en chute libre
Des tours de table de cette envergure, supérieurs à 100 millions d’euros, ont beaucoup manqué à la French Tech l’an passé. Il y en a eu cinq contre 13 en 2024, pour un montant en baisse de 24%. Par ailleurs, le nombre d’opérations d’un montant inférieur à 10 millions d’euros a chuté de 21%. De quoi craindre une diminution du vivier de jeunes pousses capables d’arriver au stade de plus gros tours de table dans quelques années. L’étude d’EY prend toutefois seulement en compte les investissements qui font l’objet d’une communication publique.
Le domaine des logiciels, qui comprend l’édition de logiciels, notamment fondés sur le cloud, la conception d’application et l’IA, a attiré le plus d’argent en 2025 en France, avec plus de 3,3 milliards d’euros pour ses start-up. En deuxième position, on retrouve toujours le secteur de la greentech qui regroupe les start-up des batteries et de la recharge électrique, celles visant à faire baisser les émissions dans la chaîne de valeur et les start-up industrielles «vertes».
En 2023, le secteur avait récolté plus de 2,7 milliards d’euros. Ce montant avait plongé à 1,9 milliard d’euros en 2024 et est descendu à un peu plus d’un milliard d’euros seulement l’année dernière. «Cela s’explique par la concurrence chinoise dans les batteries, les reculs réglementaires européens et les craintes entourant les financements du plan France 2030», indique Franck Sebag. Enfin, les start-up de la biotech, médicales et de e-santé complètent le podium avec 975 millions d’euros levés, ce qui leur permet de retrouver leur niveau de financement de 2023.


