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Au bord d’un lac italien, une start-up française utilise une centrale nucléaire à l’arrêt pour un projet de mini-réacteur

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Lu il y a 6 minutes


À Brasimone (Italie), sur le site d’un réacteur à neutrons rapides au sodium jamais démarré, la start-up franco-italienne Newcleo valide le design d’un petit réacteur innovant. L’occasion de relancer une filière industrielle endormie pour construire le modèle en série.

C’est un signe qui ne trompe pas. Lorsqu’à l’entrée de la centrale nucléaire italienne de Brasimone, au bord du lac du même nom, à 65 kilomètres au sud de Bologne, on vous demande à peine un document d’identité pour entrer, c’est que quelque chose ne va pas. Et pour cause : le réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium construit dans les années 1980 n’a jamais démarré. Mais il est toujours là, sous son dôme de béton encastré entre deux collines boisées. Tout était prêt, pourtant, en 1986, pour mettre en service ce réacteur de recherche. Mais l’accident nucléaire de Tchernobyl a stoppé toute activité liée à la fission nucléaire en Italie. Seule la recherche sur la fusion nucléaire, et notamment des travaux sur le plomb, a continué.

La centrale de Brasimone, où ne subsiste que le réacteur enterré, a alors entamé une nouvelle vie. Décor de film, lieu de concerts, le site a ensuite été transformé en laboratoire de recherche sur le plomb par l’Agence italienne pour les nouvelles technologies, l’énergie et le développement durable (Enea), puis fermé en 2018.

Depuis, Brasimone somnolait. Une start-up française, Newcleo, créée en 2021 pour développer un réacteur à neutrons rapides refroidi au plomb (LFR, pour lead fast neutron reactor) à partir des travaux du chercheur italien Luciano Cinotti, l’a ranimé. Dès mars 2022, elle a signé un accord de R&D avec l’Enea, incluant l’utilisation du centre de Brasimone pour y construire un réacteur non nucléaire, ou précurseur et comme laboratoire métallurgique sur le plomb.

Du plomb plus stable mais corrosif

Au cœur des labos de plomb de NewcleoENEA
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Contrairement au sodium, préféré en France pour les réacteurs à neutrons rapides Phénix et Superphénix, le plomb ne peut pas s’enflammer au contact de l’air. En revanche, il est très corrosif pour les aciers. « On sait maîtriser le risque de corrosion à basse température. Mais il faut développer de nouveaux revêtements ou alliages afin d’atteindre les 600 °C nécessaires pour notre réacteur commercial de 200 mégawatts électriques. Il pourra recycler les combustibles usés des réacteurs à eau pressurisée actuellement en service en Europe », explique Samuel Barbier, le responsable du programme LFR-AS-30 de Newcleo, en préambule à la visite des laboratoires. Trouver les bons matériaux pour les réacteurs à neutrons rapides refroidis au plomb est d’autant plus important que, dans le design de Newcleo, tous les éléments sont plongés dans la cuve remplie de ce métal : les assemblages de combustible, bien sûr, les équipements de manutention, mais aussi le générateur de vapeur, les pompes et le système d’évacuation de la chaleur résiduelle.

Deux démonstrateurs à Brasimone

Pour mener à bien ses travaux de qualification des matériaux résistants au plomb à haute température, Newcleo a installé dix boucles d’essais à Brasimone, pour 40 millions d’euros, dont 8 millions pour un laboratoire dédié à la corrosion sous contrainte, logé dans les locaux de la centrale. La start-up et l’Enea y construisent aussi deux démonstrateurs non nucléaires. Le premier, Othello, financé par le gouvernement italien à hauteur de 53 millions d’euros, reproduit à l’échelle 1 le circuit primaire thermoélectrique du LFR à des températures de 350 à 550 °C. Installé sur quatre étages dans un des anciens bâtiments de la centrale, il est presque terminé et entrera en service en janvier. Il servira à valider les hypothèses de Newcleo pour les dossiers de demande d’autorisation de construction des réacteurs, puis en support de maintenance et d’exploitation.

Au cœur des labos de plomb de Newcleo© Usine Nouvelle
IMG_UN5197351_03.jpg À Brasimone, Newcleo et l’Enea finissent de construire le démonstrateur non nucléaire Othello, qui reproduit à l’échelle 1 toute la boucle thermo-électrique du petit réacteur à neutrons rapides, dont sa pompe adaptée au plomb et les aiguilles thermiques qui vont simuler la réaction de fission.

La construction du second démonstrateur non nucléaire, dans des salles aux épais murs de béton armé qu’il a fallu découper, a démarré en octobre et sera mise en service en janvier 2027. D’un coût de 50 millions d’euros, il reproduira à l’échelle de 1/9e de puissance, soit 10 mégawatts thermiques, la cuve et tous les composants du LFR de 30 mégawatts électriques que Newcleo prévoit de construire à Chinon (Indre-et-Loire). Au total, la start-up va engager 180 millions d’euros à Brasimone, dont 95 millions ont déjà été dépensés. Elle y joue gros. Les concurrents de Newcleo qui misent sur les réacteurs à neutrons rapides au sodium, comme Otrera ou Hexana, issus du CEA, peuvent capitaliser sur le retour d’expérience de Phénix et Superphénix. Ce n’est pas le cas de la start-up, un seul LFR ayant été mis en service, en Russie. Il faut donc créer les éléments pour les dossiers de sûreté.

Au cœur des labos de plomb de Newcleo© Usine Nouvelle
IMG_UN5197351_06.jpg La start-up a installé un laboratoire dédié à la corrosion sous contrainte et une dizaine de boucles d’essais pour tester matériaux et revêtements résistants au plomb à 700 °C.



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