
Après quatre années de rattrapage, les fournisseurs de l’aéronautique ont retrouvé en 2024 des niveaux d’activité d’avant-Covid. L’étude annuelle de la Banque de France pour le Gifas confirme une amélioration nette, surtout chez les PME, malgré des fragilités persistantes.
Il aura fallu quatre ans aux fournisseurs de l’aéronautique pour dépasser les niveaux industriels et financiers d’avant le Covid. C’est le principal enseignement de la dernière étude annuelle réalisée par la Banque de France pour le compte du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas), dévoilée mi-novembre.
«Il y a toujours des entreprises en situation de fragilité, il existe des segments plus en difficulté que d’autres, mais nous sommes collectivement dans une meilleure situation, indique à L’Usine Nouvelle Christian Cornille, le président de Mécachrome et membre du bureau du groupe des équipementiers au sein du Gifas. On peut faire preuve d’un optimisme mesuré.»
Les PME vont mieux
S’appuyant sur les comptes de résultat de l’année 2024 de 508 entreprises, dont 58% de PME et 42% d’équipementiers (pour l’essentiel des ETI), l’étude met en évidence «une amélioration marquée sur les principaux indicateurs». Une bonne nouvelle, alors que les sous-traitants des grands donneurs d’ordres que sont Airbus, Safran, Thales et Dassault ont été très secoués par le trou d’air industriel provoqué par la pandémie. En octobre 2024, le Gifas avait, pour la première fois, communiqué certaines données de l’étude annuelle de la Banque de France à L’Usine Nouvelle. Et, en particulier, le nombre de grands sous-traitants en risque de défaillance qui était, l’an dernier, de 40, contre 26 en 2022. Ce chiffre révélait que malgré la croissance, tous les fournisseurs n’étaient pas pour autant rentables. Pas question cette année de fournir des précisions sur le nombre de sociétés dans cette situation. «On ne souhaite pas pointer du doigt tel ou tel acteur. Ce qui est important, c’est que les choses s’améliorent», insiste Alain Dulac, le PDG de Factem et vice-président du comité aéro-PME du Gifas.
Premier élément de satisfaction au sein du Gifas : le chiffre d’affaires des sous-traitants entre 2023 et 2024 est en forte progression, notamment pour les PME (+11%) et les équipementiers (+8%). Les fournisseurs profitent à plein des hausses de cadences d’Airbus, mais aussi d’autres segments, tels que la défense, les hélicoptères et l’aviation d’affaires. Ils doivent aussi produire des pièces pour toutes les activités d’après-vente. En parallèle, les effectifs ont également fait un bond en 2024, surpassant ceux de 2019. Les niveaux sont supérieurs de 9% pour les PME et de 5% pour les équipementiers. À l’échelle de la filière, ce sont ainsi 222000 personnes qui travaillent pour les secteurs de l’aéronautique, de la défense et du spatial, contre 202000 en 2019.
Avec cette hausse de l’activité, les sous-traitants semblent être de plus en plus nombreux à emprunter le chemin de la profitabilité. «La part d’entreprises bénéficiaires atteint 83% pour les PME et 74% pour les équipementiers», fait savoir le Gifas, qui ne fournit cependant pas les données de l’édition précédente à titre de comparaison. La rentabilité progresse ainsi «dans la quasi-totalité des segments» : en 2024, son niveau est devenu supérieur à celui de la période pré-Covid, tout comme celui des marges brutes d’exploitation (+8% pour les PME et +10% pour les équipementiers) et des résultats nets des entreprises (+2 points pour les PME). Toutefois, il apparaît tout au long des résultats de l’étude une disparité dans le regain de forme entre les PME et les équipementiers. Alors que les premières ont été largement soutenues par la filière, les seconds sont pour certains positionnés sur des segments peu rentables tels que les aérostructures.


