Entré sur le continent européen en 2002 à travers le rachat de la pétrochimie du néerlandais DSM, puis les plastiques techniques de General Electric, Sabic fait aujourd’hui marche arrière. Pour 950 millions d’euros, il cède ses activités européennes de pétrochimie et ses plastiques techniques en Europe et dans les Amériques. Une façon de se détourner d’une chimie européenne en surcapacité et en grande difficulté.
Vingt ans après son entrée fracassante en Europe, Sabic referme un chapitre majeur de son histoire industrielle. En janvier, le groupe saoudien a annoncé coup sur coup la cession de ses activités européennes de pétrochimie et de ses plastiques techniques en Europe et dans les Amériques – Royaume-Uni inclus – pour un montant cumulé de 950 millions de dollars (820 M€). Deux opérations emblématiques d’un vaste mouvement de recentrage qui marque la fin d’un cycle ouvert au début des années 2000.
Des actifs pétrochimiques hérités de DSM
En 2002, Sabic faisait une entrée remarquée sur le Vieux Continent en rachetant la pétrochimie de DSM (aujourd’hui DSM-Firmenich) pour 2 Mrds €. L’opération propulsait alors le groupe du 25ᵉ au 11ᵉ rang mondial du secteur et lui offrait une position stratégique de premier plan en Europe du Nord. Avec notamment deux vapocraqueurs à Geleen aux Pays-Bas, des unités de polyoléfines à Geleen et Gelsenkirchen (Allemagne), des participations en Asie et un accès clé au réseau d’éthylénoducs du nord-ouest européen, Sabic mettait la main sur 2,25 Mrds € de chiffre d’affaires,12 % du marché européen des polyoléfines et quelque 2 300 salariés (chiffres 2001).
Cette acquisition devait servir de plateforme à d’autres développements européens, de Genk à Teesside, de Geleen à Gelsenkirchen. Mais ce socle s’est progressivement érodé. Le vapocraqueur de Wilton a été fermé en 2020 (RU), celui de Geleen en 2024, et plus récemment celui de Teesside.
Aussi, alors que Sabic n’opère plus aucun cracker en Europe, son désengagement s’accélère désormais. Le groupe, détenu à 70 % par son compatriote Aramco, cède donc son activité européenne de pétrochimie (oléfines, polyoléfines et compounds) à la société d’investissement allemande Aequita pour une valeur d’entreprise de 500 millions de dollars. Cette dernière s’était illustrée l’an dernier par le rachat de quatre actifs européens de LyondellBasell, dont deux vapocraqueurs, celui de Berre (Bouches-du-Rhône) et celui de Münchsmünster (Allemagne). A contrario, pour Sabic, il s’agit officiellement d’optimiser son portefeuille, d’améliorer ses marges et de libérer du capital pour des activités à plus forte valeur ajoutée, alors qu’il est confronté à une demande atone dans le secteur de la chimie, marquée par un recul de ses résultats.
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Des plastiques techniques issus de GE Plastics
Mais ce recentrage ne s’arrête pas là. Sabic cède également ses activités de plastiques techniques (engineering thermoplastics) en Europe (Cartagène en Espagne, et Bergen op Zoom aux Pays-Bas) et dans les Amériques à Mutares, pour 450 millions de dollars, assortis d’un mécanisme d’earn-out. Ces activités trouvent leur origine dans une autre acquisition emblématique des années 2000 : le rachat de GE Plastics à General Electric en 2007 pour 11,6 Mrds $. Cette opération avait marqué la montée en gamme du groupe vers les polycarbonates, l’ABS, le PBT et les matériaux de spécialités destinés à l’automobile, à l’électronique ou à l’aéronautique.
Officiellement, Sabic affirme rester engagé dans l’innovation et les marchés à forte marge. Le groupe privilégie désormais une allocation du capital plus disciplinée, un recentrage géographique et une recherche de rentabilité immédiate, dans un contexte de surcapacités mondiales, de pression sur les marges et de transition énergétique.
Entré en Europe « par la grande porte », Sabic en sort aujourd’hui à pas mesurés, en soldant progressivement les paris industriels qui avaient fait sa puissance hors Moyen-Orient. Un symbole fort des recompositions en cours dans la chimie mondiale.


