
Soitec, fabricant grenoblois de matériaux de semi-conducteurs, a nommé Laurent Rémont comme nouveau directeur général à compter du mois d’avril. Actuellement vice-président chez l’allemand Infineon, cet ancien de STMicroelectronics a séduit par sa fine connaissance du secteur, alors que l’électronique française souffre d’une conjoncture difficile.
Le conseil d’administration de Soitec ne tente pas deux fois le même pari. Pour remplacer Pierre Barnabé, un dirigeant aguerri mais étranger au monde dans semi-conducteurs qu’elle avait nommé à sa tête en 2022, l’ETI grenobloise est allée chercher l’actuel vice-président de son concurrent allemand Infineon, Laurent Rémont. Nommé nouveau directeur général de Soitec jeudi 8 janvier, il prendra ses fonctions en avril mais arrivera dans l’entreprise dès le 16 mars comme conseiller de Pierre Barnabé, démissionnaire depuis le mois d’octobre, officiellement pour raisons personnelles.
Cet ingénieur de 54 ans a fait toute sa carrière dans le monde des semi-conducteurs, dont 15 ans passé chez le fabricant franco-italien STMicroelectronics. «Sa connaissance du secteur des semi-conducteurs et des chaînes de valeur, d’amont en aval, correspond pleinement au profil que recherchait le conseil pour soutenir la mise en œuvre des priorités stratégiques du groupe», a déclaré, dans un communiqué, le président du conseil d’administration Frédéric Lissalde.
«Sur le papier, le profil est plutôt positif»
Le profil semble aussi rassurer les syndicats. «Notre souhait était d’avoir un connaisseur du milieu des semi-conducteurs, tourné vers le business et capable de relever les défis de croissance, et un Français ou du moins quelqu’un qui soit acculturé au modèle social français, explique Vivien Renauld, délégué syndical CFE-CGC chez Soitec. Sur le papier, le profil de Laurent Rémont est donc plutôt positif.» Ce dernier a surtout travaillé chez des fabricants de semi-conducteurs, qui sont les clients de Soitec. Et sur des marchés qui sont aujourd’hui clé pour la société iséroise. «Il dirige ou a dirigé des business unit [direction d’activité] dans laquelle il y a de l’IA, de la téléphonie mobile et de l’auto : ce sont des lignes de produits qu’on adresse aussi chez Soitec», observe Vivien Renauld.
Chez le fabricant allemand de semi-conducteurs Infineon Technologies, centré sur les marchés de l’automobile, de l’électronique grand public et de la sécurité intégrée, Laurent Rémont dirige la division Mems (des systèmes électromécaniques miniaturisés de détection des grandeurs physiques externes) et capteurs magnétiques, après avoir été directeur de l’activité radiofréquence et capteurs. Avant de rejoindre Infineon en 2019, Laurent Rémont a été directeur technique de Kontron AG, un groupe allemand spécialisé dans les systèmes embarqués et les objets connectés (IoT) pour l’industrie. Celui qui a débuté sa carrière chez Philips a également occupé diverses fonctions pendant quinze ans chez STMicroelectronics, aussi implanté dans la vallée grenobloise.
Baisse du chiffre d’affaires et chômage partiel
A la tête de Soitec, Laurent Rémont aura le défi de transformer la diversification entamée par le groupe en réussite commerciale. Fondée en 1992 par deux chercheurs du CEA-Leti pour industrialiser la fabrication du silicium sur isolant (SOI), Soitec a réussi à sortir de sa dépendance à ce produit pour proposer aujourd’hui cinq lignes de produits, qui dépassent chacune les 100 millions de dollars de chiffre d’affaires. Mais l’entreprise aux 2200 collaborateurs a vu son chiffre d’affaires baisser de 24% au premier trimestre de son exercice décalé 2025-2026.
Elle fait notamment face à des problèmes de surstocks chez ses clients, constitués après la pénurie de semi-conducteurs survenue lors de la pandémie de Covid et qui peinent à se résorber, en raison d’un marché automobile en berne et d’une croissance ralentie sur celui des smartphones. Autant d’éléments qui ont poussé la direction de Soitec à mettre en place une période de chômage partiel de six mois sur son site de Bernin (Isère), qui constitue son siège et sa principale usine.
Ces éléments mettent toute l’électronique française en difficulté. STMicroelectronics s’est ainsi engagé dans un plan de restructuration qui doit déboucher sur 2800 départs volontaires d’ici à 2027, dont 1000 en France. Mais pour la CGT, les difficultés de Soitec sont aussi liées à une crise de gouvernance qui a entravé la capacité de la direction à anticiper et prendre en compte ces problèmes de surstocks. En 2023, le groupe avait vu partir trois de ses cadres dirigeants. Laurent Rémont aura aussi pour mission de stabiliser l’équipe dirigeante. A la CFE-CGC, Vivien Renauld résume ainsi ce qu’il attend du nouveau directeur général : «du leadership et une capacité à rassembler, pour remettre Soitec sur les rails d’une croissance pérenne».


