
L’entreprise strasbourgeoise a développé une solution tout-en-un pour réaliser des tests de stérilité en un temps réduit. En capitalisant sur l’automatisation et en diminuant au maximum l’intervention humaine, Redberry a réduit à seulement quatre jours ces tests qui prennent
généralement deux semaines. De quoi susciter l’intérêt de Lonza, qui vient de racheter cette pépite alsacienne
À l’origine de Redberry, il y a une problématique. Dépasser les contraintes de temps imposées par la microbiologie pasteurienne, basée sur la culture en boîtes de Petri, sur des géloses. « Nous souhaitions nous affranchir au maximum de ces temps d’incubation et de croissance », se remémore Jonathan Macron, qui a cofondé l’entreprise avec Joseph Pierquin, en 2017.
Les dirigeants voulaient alors déployer leur technologie sur plusieurs domaines de la microbiologie industrielle : l’industrie pharma mais aussi l’eau et la cosmétique. Redberry fait appel à un principe technologique déjà connu, et utilisé par d’autres entreprises, la cytométrie en phase solide. Une technique permettant de compter les cellules bactériennes présentes dans un échantillon, même de grand volume. « Cette technologie a été souvent présentée comme le Concorde de la microbiologie », rappelle Jonathan Macron, soit une technologie rapide, en avance sur son temps mais qui n’a pas connu le succès escompté.
Là où s’est démarquée l’entreprise, pour démocratiser l’approche, c’est dans la volonté de proposer une version automatisée, rapide à déployer et robuste. Un équipement capable de donner des résultats de quelques heures à quelques jours, en respectant le haut degré de qualité exigé dans la pharma. La solution de Redberry minimise ainsi le nombre de manipulations de l’échantillon, « qui pose la question du coût par test mais fait aussi peser un risque de possibles contaminations croisées », résume Jonathan Macron.
L’innovation apportée par Redberry ne s’arrête pas là. « Nous disposons d’une innovation brevetée », poursuit Joseph Pierquin, co-fondateur et directeur technique de Redberry. « Nous observons la cinétique d’assimilation d’un composé fluorescent, dans la bactérie. Cette dynamique est liée à la viabilité du micro-organisme, nous pouvons ainsi distinguer ce qui est viable et non viable, une différence importante en microbiologie », détaille-t-il, cette analyse offrant l’avantage de pouvoir être réalisée de manière automatisée, sans passer par une validation à l’aide d’un microscope optique.
Une technologie déjà déployée sur trois types d’analyses
Redberry propose trois types d’analyses. Sa solution peut tout d’abord fournir un premier test rapide, en dix minutes. « Cela permet de donner un premier résultat. Bien sûr, cette approche a des limites, notamment pour détecter des spores par exemple, mais elle est bien adaptée pour les thérapies cellulaires qui nécessitent un résultat rapide », explique Joseph Pierquin.
Redberry parvient ainsi à dépasser des approches comme l’ATPmétrie ou la cytométrie en flux, qui peuvent donner des résultats très rapides mais beaucoup moins précis. Pour les produits non stériles, la solution peut donner des résultats de bioburden en quatre heures, en couvrant l’intégralité des micro-organismes recherchés et définis dans la pharmacopée, en incluant les spores sous la forme sporulée.
Enfin, Redberry offre des tests de stérilité réalisables en seulement quatre jours, au lieu des quatorze jours nécessaires dans l’approche traditionnelle, par culture. Au-delà des quatre jours, la solution permet aux clients de poursuivre l’analyse selon les techniques traditionnelles puisqu’elle est compatible avec les différents milieux de culture existants.
Une façon aussi de rassurer et favoriser l’adoption chez les clients pharma. Redberry peut compter sur quelques grands noms pour soutenir son développement. Sanofi et Novo Nordisk ont communiqué comme étant des utilisateurs. « Un de nos enjeux a été de confronter rapidement notre approche sur le terrain, avec les industriels », explique son dirigeant qui a installé l’entreprise près de Strasbourg… à proximité des importants marchés suisses et allemands. De quoi apporter de précieux retours pour les deux dirigeants. « Nous avons affiné l’interface logiciel, les données remontées sont compatibles avec la norme CFR Part 21 », précise Jonathan Macron.
Pourtant, la solution ne se cantonne pas à un type de clients souligne le dirigeant. Plusieurs types d’entreprises pharma peuvent bénéficier de ces analyses : les laboratoires avec suffisamment de volumes, les acteurs de la sous-traitance analytique, mais aussi les fabricants de produits à haute valeur ajoutée et à faible durée de vie. « C’est le cas des thérapies cellulaires et des produits radiopharmaceutiques », précise le dirigeant de Redberry qui cite en exemple « des produits à plus faible coût mais à fort volume, comme les produits d’ophtalmologie. Réduire de 14 à 4 jours la libération de certains lots permet de diminuer le stock et son impact financier », rappelle-t-il.
Ce gain économique, avec la possibilité d’amener plus rapidement des produits sur le marché, reste un argument fort pour Redberry. « Mais la vraie question posée par nos clients, c’est la performance, sa répétabilité et la validation », insiste Jonathan Macron.
Une méthode testée et éprouvée
Par le passé, des méthodes rapides ont pu se confronter aux embûches de la réglementation pharma. « Nous avons réalisé 90 % du travail de validation en montrant que la solution est capable de détecter les micro-organismes référencés dans la pharmacopée et démontré l’équivalence de notre méthode avec la méthode traditionnelle », explique Joseph Pierquin qui met en avant « un travail significatif d’une validation primaire, menée à son terme par une jeune société. Le travail restant à la charge du client est la validation de la méthode sur le produit à libérer auquel notre équipe apporte son support et son expertise ».
L’approche de Redberry a été validée en externe par Eurofins BPT en Italie. Plusieurs centaines d’échantillons ont été testés, sans générer de faux positifs ou négatifs. Et pour finir de convaincre les clients d’adopter sa solution, la jeune entreprise peut désormais compter sur un allié de poids. L’innovation a convaincu le géant suisse de la CDMO, Lonza, de racheter récemment l’entreprise (voir notre encadré).
Redberry voit là l’occasion de pouvoir à la fois se renforcer à l’international et crédibiliser son offre de services pour s’adresser à d’autres grands noms de la pharma. « Cette opération nous fait clairement gagner du temps dans notre développement », estime Jonathan Macron. Invités à se projeter à moyen et long terme, les dirigeants se veulent confiants dans l’avenir des méthodes rapides. « Nous espérons pouvoir amener sur le marché, d’ici à deux ans, un test de stérilité en moins de 48h et permettre aussi une libération de lots de produits cellulaires dans la journée », projette Joseph Pierquin.
De quoi peut-être aboutir définitivement à la démocratisation des méthodes rapides et à leur pleine intégration dans les pharmacopées. « Ces méthodes sont de plus en plus adoptées par les industriels, leur reconnaissance dans les référentiels réglementaires est la dernière étape à franchir », anticipe le directeur technique de Redberry.


