
Pour Olivier Lluansi, 2026 doit marquer le retour d’une culture du temps long dans un secteur industriel obsédé par la vitesse. L’économiste du Cnam plaide pour mobiliser l’épargne nationale et dépasser le conservatisme administratif qui freine son renouveau.
Invité du webinaire de L’Usine Nouvelle «Ce que 2026 réserve à l’industrie : anticipations, innovations et classement des ingénieurs», Olivier Lluansi voit 2026 s’ouvrir sous le signe de l’incertitude. Le professeur du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) et ancien délégué aux Territoires d’industrie refuse pourtant le pessimisme. L’incertitude, dit-il, «peut être une chance comme un risque». Chance, si la France sait consolider son socle industriel malgré les turbulences politiques à l’approche de 2027. Risque si elle continue de différer les décisions «qui ne demandent ni loi ni budget».
Mobiliser l’épargne vers l’industrie
L’auteur du fameux rapport publié en 2024 qui critiquait l’objectif gouvernemental de porter la part de l’industrie à 15% du PIB d’ici 2035 est précis : la France dispose des moyens d’agir, mais ne les utilise pas. Son exemple fétiche est celui du financement qui pousse PME et ETI françaises vers des capitaux étrangers alors que l’épargne nationale avoisine 6600 milliards d’euros. «Il suffirait d’en mobiliser quelques pourcents», plaide-t-il.
Même constat du côté des marchés publics : sans violer les règles européennes, la France pourrait, à l’image de l’Allemagne, réserver davantage ses achats à son industrie. «Quinze milliards de chiffre d’affaires supplémentaires, un quart de notre déficit commercial, sont à portée», calcule-t-il. Rien n’empêche cette réorientation sinon un «conservatisme administratif» et une «surtransposition dans les têtes» du principe de non-préférence nationale.
Réhabiliter le temps long
Mais le temps presse. Le pays compte assiste impuissant à la perte annuelle de 20000 postes dans l’industrie manufacturière. Dans la chimie, prévient Lluansi, chaque fermeture d’usine dans la vallée du Rhône crée un risque d’effondrement en chaîne. Face à cela, l’économiste en appelle à une réhabilitation culturelle de l’industrie. Il plaide pour des carrières mieux rémunérées que les services et un ancrage territorial fort. Pourtant, l’image publique demeure figée dans les années 1980. «On commence à accepter que finalement, l’industrie c’est le temps long dans une société qui a beaucoup privilégié, non pas le collectif, mais la réussite individuelle, l’éphémère, le rapide», assure-t-il.


