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Exit les animaux d’élevage, Qorium cultive son cuir d’origine animale en laboratoire

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Lu il y a 12 minutes


Et si le cuir de demain était à la fois 100 % naturel, éthique et produit sans abattage ? Grâce aux biotechnologies, la start-up néerlandaise Qorium relève le défi en cultivant des cellules animales in vitro pour créer un matériau révolutionnaire.

Produire un vrai cuir animal sans abattage. L’idée peut faire sourire et paraître utopique, c’est pourtant ce que propose la start-up néerlandaise Qorium. Pour ce faire, elle s’appuie sur les biotechnologies. Plus précisément, sur la culture de cellules in vitro. « Notre technologie a été mise au point par Mark Post*. Depuis près de 20 ans, il se consacre à l’ingénierie tissulaire et à l’utilisation des techniques de culture pour concevoir des tissus destinés aux consommateurs », raconte Michael Newton, président-directeur général de Qorium.

Avant de s’amuser : « Sa première entreprise, Mosa Meat, est devenue un acteur majeur du secteur des aliments cultivés. Son produit principal est la viande de bœuf cultivée ». C’est justement au cours de sa première aventure que le scientifique a pris conscience du fait que les applications de la culture cellulaire sont bien plus vastes que le seul secteur alimentaire. Sur le papier, le principe est simple : exploiter des lignées cellulaires bien spécifiques pour fabriquer des produits essentiellement naturels, mais de façon optimisée. « Qorium a été créé il y a environ quatre ans pour appliquer cette technologie au marché du cuir », rappelle Michael Newton. Si les experts de la culture cellulaire se sont intéressés au cuir, c’est pour deux raisons principales : le cuir est un matériau très attractif – son prix au kilogramme est bien plus intéressant que celui des aliments -et il n’existe pas de cadre réglementaire pour ce matériau car il ne s’agit pas d’un aliment. Il est donc plus facilement commercialisable.

Un procédé inspiré du vivant

La technologie de base s’appuie tout simplement sur le principe de multiplication et de différentiation cellulaire. « Nous allons tout d’abord prélever des cellules via une biopsie sur une vache. Il s’agit d’un processus indolore, comparable à une simple injection » , détaille Michael Newton. Une fois le prélèvement effectué, il est nécessaire d’identifier les cellules qui permettront d’obtenir le matériau final. Il s’agit ici de fibroblastes, des cellules du derme responsables de la formation du tissu conjonctif qui, naturellement, sert de soutien à la peau. « Une fois les fibroblastes isolés, nous pouvons les modifier génétiquement afin de leur conférer des caractéristiques spécifiques qui nous seront utiles dans notre processus », explique Michael Newton. Ainsi, les équipes de Qorium sont en mesure d’obtenir des cellules en capacité de former des liaisons particulièrement fortes entre les protéines de collagène ou encore des mécanismes plus simples tels que l’immortalisation cellulaire. Une fois les cellules souhaitées obtenues, les équipes de Qorium réalisent une multiplication cellulaire. « Nous cultivons ces cellules jusqu’à en obtenir des milliards », raconte le p-dg. Une fois ce processus achevé, les cellules sont placées dans un équipement développé et mis au point par Qorium : un bioréacteur tissulaire. Concrètement, les cellules sont déposées sur une surface et reçoivent les nutriments et conditions nécessaires pour stopper leur prolifération. Leur comportement est ensuite modulé de façon à augmenter la sécrétion de collagène, une protéine naturellement présente en grande quantité dans l’épiderme. Grâce à ce dispositif, les cellules développent des couches uniformes de collagène et grâce à leurs processus de réticulation (voir encadré), créent des feuillets de tissu.

Ainsi, Qorium est en mesure d’obtenir un produit final équivalent à un cuir de vache. L’un des avantages majeurs avancé par l’entreprise est « l’absence de souffrance animale », et une réduction de l’empreinte environnementale du produit, même si le cuir classique n’entraîne pas de souffrance spécifique en tant que sous-produit de l’élevage destiné à l’alimentation. « Nous optimisons un processus naturel de manière très ciblée pour obtenir un produit vraiment beau, homogène et précis, qui offre aux consommateurs un meilleur produit tout en préservant la planète », insiste le dirigeant. En effet, en se concentrant sur l’utilisation des fibroblastes, le procédé de Qorium permet d’obtenir des plaques de cuir dépourvues d’imperfections : de poils, de vaisseaux sanguins, de marques, de traces de morsures ou encore de vergetures… Cette qualité du produit permet de réduire la phase finale de traitement du cuir. « Notre valeur ajoutée réside donc dans un processus de fabrication très efficace, pour un produit final de meilleure qualité pour nos clients », estime Michael Newton.

Et si le dirigeant est persuadé de la qualité de son produit, c’est parce que l’un des co-fondateurs de la société, Rutger Ploem (directeur des produits), est la sixième génération d’une famille de tanneurs. « Il connaît l’industrie du cuir mieux que quiconque. Il sait à quel point le cuir est une matière merveilleuse, mais il sait également combien elle est néfaste pour l’environnement, les animaux et les personnes impliquées dans cette chaîne d’approvisionnement », raconte Michael Newton.

Préserver l’essence du cuir et l’environnement

C’est donc habité par l’envie d’être celui qui parviendra à préserver l’essence du cuir tout en préservant l’environnement que Rutger Ploem s’est associé à Mark Post pour trouver une alternative au cuir sans faire de compromis sur la qualité des matériaux. « Le seul moyen de remplacer véritablement le cuir est d’utiliser du vrai cuir » , affirme Michael Newton. Avant de tempérer : « Beaucoup de gens font des cuirs végétaux, à partir d’ananas ou d’autres végétaux, et ce sont effectivement d’excellents matériaux que nous soutenons car ils permettent de remplacer des matériaux plastiques ou des matériaux polluants. Cependant, ils n’ont pas la qualité du cuir véritable ». À l’heure actuelle, la jeune société est encore au stade du laboratoire et dispose donc de volumes très restreints. « Notre production est actuellement volontairement limitée car nous nous concentrons sur le développement et l’industrialisation de notre procédé, et sur l’amélioration continue de son efficacité », précise Michael Newton. En effet, Qorium estime que ses coûts de production sont pour l’instant trop élevés. Mais la société espère améliorer rapidement son procédé afin d’atteindre des capacités de production commerciales. Elle s’appuiera notamment sur une récente levée de fonds de 22 millions d’euros, réalisée en novembre 2025 et réunissant divers acteurs européens. Ce tour de table permettra à la start-up d’équiper son laboratoire de Maastricht (Pays-Bas) de nouveaux bioréacteurs. « À mesure que nous nous développerons et progresserons dans ce processus industriel, nous prévoyons d’atteindre rapidement des capacités de production de plusieurs milliers de mètres carrés de cuir par an. À terme, nos installations commerciales auront une capacité de production de plus d’1 Mm2/an », s’enthousiasme le p-dg, qui se prend même à envisager plusieurs millions de mètres carrés d’ici à cinq ans.

Une internationalisation du procédé

Pour atteindre de tels volumes de production, la start-up voudrait construire des unités de production en Europe, dans un premier temps. « Ce qui est formidable avec notre processus, c’est qu’il est totalement indépendant des régions et zones géographiques. Il n’y a aucune raison de ne pas pouvoir le mettre en œuvre partout dans le monde » , pointe Michael Newton. L’approche de l’entreprise est de trouver un juste équilibre entre ce qui est pertinent pour ses clients et ce qui est le plus efficace. Il semblerait que le premier choix pour une unité internationale soit l’Europe, voire même la France. « Nous nous concentrons sur ce continent. Il faut reconnaître que la France s’est montrée très progressiste et a apporté un soutien considérable aux entreprises durables comme celle-ci », estime le p-dg. Il est également important de noter que l’un des principaux investisseurs de la start-up est une institution financière française : Sofinnova Partners. De plus, de grands noms du luxe français sont des spécialistes du cuir et pourraient être très intéressés par les produits de Qorium. Si pour l’instant la start-up se concentre sur le cuir de vache, qui représente la grande majorité du marché du cuir, sa technologie pourrait très bien s’appliquer à d’autres types de cuir (porc, autruche, agneau… ). « On nous a même demandé si nous étions capable de faire du cuir d’éléphant », s’est amusé Michael Newton.

*Dr. Mark Post est un pharmacologue néerlandais, professeur d’angiogenèse en génie tissulaire à l’université de technologie d’Eindhoven. Il est considéré comme le pionnier de la culture de viande de synthèse.

LA RÉTICULATION : QUAND LE RÉSEAU ASSURE LA STABILITÉ

Dans la production de cuir, la réticulation des cellules joue un rôle essentiel pour donner au matériau sa solidité, sa stabilité et sa durabilité. La peau brute est composée d’un réseau de fibres de collagène.

Lors du tannage, ces fibres sont réticulées, c’est-à-dire qu’elles sont renforcées par des liaisons supplémentaires qui stabilisent la structure naturelle de la peau.

Cette réticulation empêche la dégradation biologique, améliore la résistance mécanique et donne au cuir ses propriétés caractéristiques : souplesse, tenue dans le temps, résistance à l’eau et à la chaleur. Grâce à ce processus, la structure fibreuse d’origine se transforme en un matériau homogène, durable et adapté à de nombreux usages, comme la maroquinerie, l’ameublement ou la chaussure.

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11324_636938_k4_k1_1519871.jpg La technologie de la start-up a été mise au point grâce aux travaux de Mark Post.



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